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Visite | La parade Macdonald (24-02-2016)

Une matinée pluvieuse et froide n’avait, pour une sortie, rien d’engageant. Pas plus d'ailleurs que l’entrepôt Macdonal qui, ce jour là, était offert à la visite pour une presse spécialisée en architecture. L’a priori était donc négatif et rien ne promettait l'inverse. Une grande barre habillée d’un catalogue de formes et de matières... voilà qui pouvait paraître peu réjouissant, voire indigeste. En fait, il en est allé d'une fantastique parade !

Divers | Logement collectif | 75019

Un mic mac ? Un coup de génie ! Cette opération du boulevard Macdonald a le grand mérite d’avoir su révéler l’hypocrisie d’une politique urbaine corsetée dans un Plan Local d'Urbanisme des plus contraignants. A force de paragraphes, de sous-paragraphes et d’alinéas, la ville a perdu de sa spontanéité mais aussi de sa densité. La contradiction fut trouvée au fin fond d’un entrepôt.

Lutter contre une usine à gaz réglementaire n'appelait rien d'autre qu'une parade ! Un défilé d’architectes et de maîtrises d’ouvrage mais aussi un habile projet jouant des interstices laissés par la norme.

02(@JPHH).jpgA la tête de ce cortège, Rem Koolhaas, dans un premier temps, joua le rôle de Monsieur Loyal. Le fondateur émérite de l'OMA a toutefois mystérieusement disparu d'un long processus conceptuel laissé, in fine, à l'un de ses associés, Floris Alkemade qui, aux côtés de Xaveer De Geyter, finit par s'émanciper du maître batave.

L’archistar avait pourtant mené de front le projet. Il paraissait même prendre un étonnant contre-pied. Celui qui se moquait, jusqu'alors, éperdument du contexte avait proposé de construire la ville sur la ville et de préserver – chose curieuse – un bâtiment – le plus long de Paris ! – et d’en imaginer, par-dessus, le double – ce  «double mac» – dont l’écriture en lieu d’être rationnelle et industrielle serait diversifiée, voire torturée. Bref, porte-à-faux, percées et transparences étaient au programme de cette monumentale surélévation façon OMA.

Le dessin était à l'origine particulièrement séduisant. Plus encore, il se montrait des plus pertinents ! Travailler un reliquat dépourvu de qualité architectural au seul titre de son record de longueur pouvait paraître bel et bien gratuit. L’entrepôt était une arme de choix pour faire la ville autrement que selon les préceptes peu généreux du PLU.

En restructurant l’existant, la ville offrait, en réalité, la possibilité d’ériger, à cet endroit, un quartier particulièrement dense là où une politique de la table rase – soit une destruction totale – aurait obligé la constitution d’une ZAC et la mise en place de lots respectant à la lettre le plan d’urbanisme. Il en aurait résulté un ensemble beaucoup moins compact et ce, dans une ville en manque de logements. Premier 'bon point' pour ce projet.

Restait à gérer l’existant. S'il était peut-être évident de préserver cet entrepôt pour quelques historiens attentifs aux questions du patrimoine industriel, le béotien a du faire preuve de compréhension face à un travail fastidieux réalisé sur une encombrante mémoire. Il sera d'ailleurs d'autant plus étonné d'apprendre que les façades – sans grand intérêt – ont été reconstituées, en d'autres termes, détruites et refaites à l'identique. Un travail nécessaire pour justifier, sans doute, la belle parade.

03(@JPHH)_B.jpgPour réaliser cette opération complexe, l'ensemble fut acheté par la SEM Paris Est qui s'est chargée de remettre en état la structure, une condition sine qua non imposée lors de la vente des droits à construire. Au final, une trame de poteaux fut préservée et des noyaux d'accès furent créés. Logements, bureaux, foyers, écoles... furent imaginés par dessus.

04(@JPHH)_B.jpgChaque promoteur y est ensuite allé selon ses envies. Elles ont été toutefois mises à l'épreuve de différents 'workshops'. Des façades jaunes, rouges, blanches, miroitantes,... celle d'un foyer pour jeunes travailleurs se trouve même, sous le crayon hardi d'un Stéphane Maupin, monogrammé façon Vuitton. Voilà une douce et belle provocation.

L'ensemble propose ainsi, outre une variété matérielle, une richesse typologique en matière de logements. Les plus remarquables sont, sans doute, ceux de l'agence 'Habiter Autrement', fondée par Mia Hägg, avec AD LIB architecture pour la phase chantier. Tous sont en duplex et proposent d'imposants vides sur séjour. Parmi les autres opérations, bien des appartements, notamment ceux conçus par Nicolas Michelin, cadrent les vues sur une importante densité bâtie sans que celle-ci ne soit déplaisante. L'échantillonage de papiers peints si terrible depuis la rue prend, finalement, depuis chaque fenêtre des allures abstraites.

Toutes les opérations ne sont, malgré tout, pas dignes d'intérêt. Certaines feraient mieux d'être vite oubliées et ce qui pouvait paraître l'apothéose d'une hystérie architecturale se révèle finalement être une réponse adéquate à une forte compacité.

Bref, voilà le long char bariolé d'une gay pride urbaine,une parade efficace qui démontre que la densité n'est pas un mal urbain. Macdonald est certes daté mais montre efficacement combien la règle et la norme peuvent être absurdes.

Jean-Philippe Hugron

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