vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Architecture Studio sur le grill (09-03-2016)

Coup de génie à Jussieu ! Architecture Studio rend agréable voire séduisante la froide modernité du grill d’Edouard Albert, une architecture inachevée, dénaturée avec les années, qui trouve aujourd’hui une superbe qu’elle n’a peut-être jamais eu. Le mérite aux deux associés en charge du projet, Marie-Caroline Piot et Jean-François Bonne.

Education | 75005 | AS.Architecture-Studio

Architecture Studio a donc révélé les qualités d’un endroit qui jusqu’alors pouvait paraitre des plus inhospitaliers de la capitale. Au cœur du Ve arrondissement, le long de la rue des Fossés Saint-Bernard, l’architecture rationaliste d’Edouard Albert pouvait en rebuter plus d’un. Des travaux ont donc été entrepris, depuis plus d’une décennie, à cor et à cri.

Plus à cri d’ailleurs. D’aucuns pouvaient rire d’une restructuration qu’une simple allumette aurait facilitée ; détruire Albert par les flammes aurait pu être une solution. Il lui fut préféré une réhabilitation en bonne et due forme, un brin coûteuse aussi, tant et si bien que la Cour des Comptes en fit, à plusieurs reprises, sa bête noire.

Il faut dire que l’opération nécessita, entre autres, de reconstruire, à deux reprises, bien des laboratoires. Une première fois, en provisoire, à l’extérieur. La suivante, au sein des murs réhabilités de l’université.

03(@AntoineDuhamel)_S.jpgQuestion architecture, le secteur Ouest fut confié à Reichen & Robert, la tour Zamansky à Thierry van de Wyngaert et la partie Est à Architecture-Studio qui parachève ainsi l’opération de modernisation dans le respect de l’œuvre originale. «Nous voulions conforter le parti d’origine et ne pas heurter la logique initiée par Reichen & Robert», explique Jean-François Bonne. Dont acte.

Il n’y avait pourtant, en 2008, qu’une méthodologie à rendre ; la maîtrise d’ouvrage se laissait ainsi plus de temps pour affiner son projet. Architecture Studio, dans l’expectative, imagina tout d’abord ouvrir l’université sur la ville. Un système de douves et de grilles l’en séparait jusqu’alors physiquement. «Nous voulions créer une liaison forte, une esplanade en pente douce. Nous avions prévu de couvrir les fossés et de faire en sorte que la ville pénètre dans le campus», explique Marie-Caroline Piot. Rien ne fut fait en ce sens.

«Nous avons rencontré le même problème à la Maison de la Radio, dans le XVIe arrondissement de la capitale. Nous avions prévu une importante esplanade reliant l’équipement à la Seine. A chaque fois, nous obtenons le satisfecit des autorités, du maire, des ministres… puis, nous nous confrontons à un blocage complet dans le plan opérationnel», s’étonne encore Jean-François Bonne.

Ceci étant dit, la ville a bien réaménagé (à l'économie) l’espace public et laissé en place la misérable fontaine quand un magistral stabile de Calder, prévu pour Jussieu, attend, dans des caisses, depuis de longues années, un avenir plus urbain. Les douves, quant à elles, sont toujours là et la grille – vigipirate oblige – est omniprésente. Tout un chacun peut néanmoins, moyennant l’ouverture de son sac, pénétrer dans les lieux et se rendre compte du travail accompli.

02(@LucBoegly)_S.jpgArchitecture Studio a particulièrement soigné ses interventions sur les circulations extérieures mais aussi sur les cours du grill. Ainsi, les larges galeries laissées à l’air libre par un savant jeu structurel disposant toutes les salles de classe sur pilotis sont désormais magnifiées par la restitution des effets plastiques d’origine. Au sol, les compositions abstraites de Jacques Lagrange ont été restaurées. Au plafond, les poutres-gondoles ont été nettoyées et parfaitement mises en valeur.

Plus encore, pour faciliter l’orientation dans cet ensemble labyrinthique – bien que rationnel –, Architecture Studio a créé au cœur de chaque cour un pavillon, une installation, un équipement… bref, autant d'«objets symboliques» qui n’obstruent en rien l’extraordinaire transparence du rez-de-chaussée.

Ainsi, l’une des cours a été recouverte d’une structure en ETFE. Un sol irrégulier y offre une assise pour quelque réunion improvisée ou encore un déjeuner sur le pouce. Un édicule de verre, finement exécuté, permet l’accès à un nouvel auditorium situé en sous-sol.

Plus loin, la bibliothèque, autrefois sombre et encaissées, ne bénéficiant que d’étroites ouvertures donnant sur un sombre entresol, est aujourd’hui baignée de lumière grâce à deux constructions asymétriques. L’étudiant, le professeur ou encore le visiteur occasionnel peut ainsi observer à travers de larges baies vitrées de sérieux élèves bûcher leurs ouvrages scientifiques.

04(@LucBoegly)_S.jpgEnfin, clou de l’opération, un tipi d'acier, qui se veut une douce évocation du parti structurel d’Edouard Albert. Les pailles de métal tourbillonnent et dessinent la figure d’une tente indienne. Le lieu doit abriter expositions et événements temporaires. La création de cet espace fut l’opportunité d’abaisser d’un étage le niveau du sol et d’apporter de la lumière à des locaux autrefois dépourvus d’éclairage naturel.

Cette collection d’objets délicats pourrait laisser croire que le reste fut négligé. Les bâtiments furent savamment restructurés. Les façades imaginées par Albert, inadaptées aux règles de sécurité actuelles, furent préservées. Pour ce faire, il fallut, entre autres, les accompagner d’un dispositif structurel supplémentaire visible depuis l’intérieur.

05(@LucBoegly)_S.jpgEnfin, les équipements techniques nécessaires aux nombreux laboratoires présents ont été reportés en toiture. Jussieu s’est dès lors vu surélevé d’un niveau. Cette intervention a signé l’impossibilité de restituer une œuvre majeure, mise à mal avec les années ; la cinquième façade n’était autre qu’une monumentale composition abstraite signée Jean-Claude Bedard. Elle ne fut jamais achevée et, appartenant au Paris invisible, personne ne s’en émut jamais, pas même de sa dégradation.

Ainsi, après avoir rénové la Maison de la Radio, Architecture Studio réalise l’exploit de rendre attrayante une modernité qui, à force d’avoir été malmenée, s’est montré ennuyante, voire «inhumaine».

Alors que le campus universitaire de l’UNAM à Mexico datant des années 50 est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO  (l’ensemble réunit à travers plusieurs bâtiments magistraux, une génération d’architectes et d’artistes modernes mexicains), Jussieu n’a – toute proportion gardée – plus à pâlir et peut s’ériger fièrement comme un exemple retrouvée de l’architecture moderniste dite «cartésienne».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

je ne sais pas | arch | idf | 10-03-2016 à 15:03:00

architecture studio fait l'architecture toujours ?
parce que....ça ce n'est pas vraiment l'architecture

Réagir à l'article


tos2016
vz

Actualité |MuCEM, le symbole de l'amateurisme d'Etat

La cour des comptes vient de publier ce 11 février 2015 son rapport public annuel dont l'un des chapitres porte sur le MuCEM. Le titre en est éloquent : 'Une gestation laborieuse, un avenir incertain'. La difficile gestion et la...[Lire la suite]

vz

Présentation |Loci Anima : troisième lieu pour septième art

Françoise Raynaud, fondatrice de l’agence Loci Anima, aime à citer le sociologue américain Ray Oldenburg et son concept de «troisième place». «Comment donner l’envie d’aller au...[Lire la suite]


vz

Visite |Le Mécano de flint

A La Courneuve, dans les ruines de l'ancienne usine dénommée Mécano - dont il ne restait que quelques piles, deux-trois plateaux et une structure métallique - ont été installés une...[Lire la suite]

vz

Présentation |La guérilla de Santiago Cirugeda 

«Je n’ai aucun intérêt à être fonctionnaire», lance Santiago Cirugeda. L’architecte espagnol, lauréat du Global Award en 2015, milite pour une autre pratique de l’architecture. Pour ce...[Lire la suite]

vz

Visite |Keramis et les cinq mousquetaires

Un bâtiment en peau de girafe. La proposition est étonnante d’autant plus qu’elle revêt le musée de la céramique de La Louvière. Sans doute faut-il y voir une allusion aux craquelures du...[Lire la suite]

vz

Présentation |L'Histoire allemande ne peut s'offrir de symbole

Le programme est sensible et la page historique loin d’être blanche. Sur papier, il s’agissait de concevoir un centre de documentation sur le nazisme. A Berlin, Peter Zumthor s’y est cassé les dents. La charge...[Lire la suite]