vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Actualité | Picolla Roma, pouah ! (16-03-2016)

Un patrimoine trop encombrant ? Il est encore possible de le passer sous silence. Toutefois, la promesse d’un classement au patrimoine mondial de l’humanité pourrait assurer, à l’inverse, un éclairage international. Aussi, à Asmara, capitale de l’Erythrée, des édifices exemplaires réalisés lors de l’occupation italienne, sont amenés à être préservés. Outre la marque de l’impérialisme européen, ces constructions portent le sceau de l’idéologie fasciste. Bref, de quoi éveiller le débat dans un pays qui a, pourtant, bien d’autres préoccupations.

Patrimoine | Afrique

Fasciste fashionista? Fendi vient d’installer ses bureaux, à Rome, dans le célèbre bâtiment voulu par Mussolini au cœur de l’EUR42 pour abriter le Palais de la Civilisation Italienne. Le symbole est certes étrange mais l’architecture sublime.

Par un hasard du calendrier, un autre débat fait rage en Italie. Il porte sur la création d’un musée dédié au fascisme dans la ville natale du Duce. Célébration d’une figure honteuse ? Pas vraiment. La commune de Predappio cherche, au contraire, à endiguer le flot de pèlerins nostalgiques du régime fasciste pour les confronter à l’horreur d’une époque.

A des miles de la Botte italienne, une controverse plus ou moins similaire fait également les belles pages de journaux locaux. La ville d’Asmara, cette «Rome africaine», est en passe d’être classée à l’UNESCO. Et pour cause, la capitale de l’Erythrée présente un patrimoine remarquable datant des années 20 et 30.

02(@Sailko).jpgBien des bâtiments érigés pendant l’occupation italienne (1889-1941) peuvent être considérés comme de remarquables exemples du modernisme ou encore du rationalisme italien. Pour autant, ces constructions affichent, pour beaucoup, les marques de l’impérialisme européen mais aussi la signature du pouvoir mussolinien.

Ce patrimoine préservé de par l’isolement de l’Erythrée sur la scène internationale forme un ensemble architectural unique en Afrique. La ville d’Addis Abeba, qui avait été également occupée par l’Italie, a connu, quant à elle, d’importantes transformations ayant mis à mal les constructions d’alors.

03(@Sailko).jpgAussi, dans ce contexte, Asmara fait figure de cas d’école. Son particularisme lui permettrait donc un classement au titre de patrimoine mondial de l’humanité dès 2017. Par voie de conséquence, la municipalité pourrait bénéficier d’aides financières afin d’engager progressivement une politique de restauration.

Mais voilà qui serait mettre en avant une période obscure de l’histoire érythréenne. Alors, certains, en lieu de vanter la «piccola Roma», préfère évoquer la «Miami africaine», même si l’architecture opulente et théâtrale de Floride n’a rien à voir avec les lignes rigoureuses d’Asmara. In fine, rien ne pourra changer l’histoire, pas même un sobriquet.

Ainsi, dans un concert de louanges appelées par la plus grande curiosité, quelques voies discordantes se font entendre. Parmi elles, celle de Zekre Lebona dans les colonnes de l’Asmarino Independant. L’article qu’il signe ce 11 mars 2016 dénonce, à travers cette entreprise de classement, la mise en avant d’une «archéologie de la violence».

«Les Nations Unies ne devraient pas reconnaître les construction de l’Italie fasciste comme patrimoine. Ces édifices représentent la violence ; ils n’ont rien d’un gigantesque Buddha souriant», écrit-il.

L’auteur débute son argumentation par un fait historique, la destruction dans les années 90 de la statue de Ras Alula, général éthiopien ayant lutté contre l’invasion italienne au XIXe siècle. Il y voit un signe de mauvais augure.

04(@Sailko).jpgIl poursuit plus avant sa réflexion en usant d’un autre symbole, le bâtiment Fiat Tagliero, une structure parmi les plus spectaculaires érigée pendant l’occupation italienne. D’aucuns y ont vu un prodige structurel marqué par deux imposants porte-à-faux.

«Architecturalement, les caractéristiques essentielles portées par ce bâtiment sont la violence, le racisme et le mépris pour les peuples du continent africain ; particulièrement pour des nations victimes comme la Libye, la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée. L’idéologie fasciste a érigé cette structure pour indiquer la force du pouvoir moderne de la race blanche contre les conditions 'immuables et statiques' des autochtones. Cette icône célèbre le rôle subjugant de l’avion dans un royaume jugé 'arriéré et pratiquant l’esclavagisme'. Cette icône est un témoignage du pouvoir de la guerre industrielle mais aussi une revanche de l’Italie après sa défaite imposée par les peuples d’Afrique lors de la bataille d’Adwa (1896). Cette icône signifie avant tout la guerre totale […]. Alors, pourquoi ce qui serait considéré comme une horreur partout ailleurs est chéri des Asmarins devenu depuis les maîtres ?», écrit-il. 

Pour certains lecteurs, la position affichée par l’auteur est trop «simpliste» ; l’un d’eux relate l’histoire de son grand-père originaire des campagnes qui, devenu fonctionnaire de police est venu s’installer à Asmara. Acquérir sa propre maison d’une famille italienne suffisait à ses yeux pour démontrer la «revanche» prise sur l'occupant. Le patrimoine, passé à d’autres mains, serait ainsi pleinement érythréen.

05(@Sailko).jpgPour autant,  Zekre Lebona préférerait largement que les Nations Unies participent à la restauration du «vrai patrimoine populaire » qui « permettrait d’aider un peuple à recouvrir une identité perdue dans la confusion et le désespoir, un peuple qui n’a pour seule obsession […] que d’embarquer dans un véritablement avion, cette fois-ci, pour rejoindre l’Europe voire le reste du monde».

Ainsi, en lieu d’un passé fasciste, l’Erythrée ne regarde qu’un présent autoritaire et violent qui n’appelle rien d’autres, chez ses compatriotes, que la fuite.

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Présentation |Ca plane pour SOM !

«890 millions de dollars» pour un édifice «culturellement significatif». Le magazine anglophone Sourceable, spécialiste des questions industrielles, ne tarit pas d'éloges quant au nouvel aéroport...[Lire la suite]

elzinc

Présentation |Fernando Menis, volcan, soupe et kilomètre zéro

Depuis Tenerife, Fernando Menis imagine une architecture tellurique, quasi volcanique. La plupart de ses édifices sont d’imposantes structures minérales, plus ou moins torturées, autant que peuvent l’être...[Lire la suite]


elzinc novembre

Présentation |Un art de la douceur, Atelier Martel

Sur un élégant dossier consacré à la Maison d’Accueil Spécialisée pour épileptiques à Dommartin-lès-Toul, Atelier Martel fait figurer son nom en lettres capitales ainsi que les mots...[Lire la suite]