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Rencontre | Anne Holtrop, batave, barbar, batara (23-03-2016)

Anne Holtrop. Hollandais fringant. Architecte. Plutôt jeune. Habillé de noir. Derrière une paire de lunettes, deux yeux bleus, aussi ronds que curieux. Il serait de cette nouvelle avant-garde. Peut-être a-t-il même le profil d'une star en devenir. Pour le moment, son nom court de bouches en oreilles. Il fait aujourd'hui et jusqu'au 7 mai 2016 les belles heures de Solo Galerie, une nouvelle adresse du grand Marais dédié à l'art qui présente son exposition 'barbar, batara'. Rencontre.

France | Anne Holtrop

Les revues spécialisée n'en ont pas encore fait leur marronnier et les grands de ce monde n'ont toujours pas saisi l'esprit d'un architecte talentueux... Le label Pritzker, en effet, lui manque. Son œuvre est, après tout, encore bien trop jeune.

Ceci étant dit, il compte à son actif le remarquable musée Fort Vechten et le pavillon du Bahreïn érigé lors de l'exposition universelle de Milan en 2015. Ces deux réalisations ont attiré à lui quelques projecteurs et certains ont su reconnaître la qualité de son travail.

02(@AHoltrop)_S.jpgAujourd'hui, Anne Holtrop pour présenter ses obsessions autant que ses réflexions, transpose son approche en quelques œuvres d'art qu'il signe et expose à Solo Galerie dans le IIIe arrondissement de la capitale.

Derrière les vitrines estampillées au nom de l'événement «barbar, batara», le flâneur peut deviner quelques formes étranges. Toutes semblent nées d'une roche en fusion. De plus près, ces curiosités forment les éléments d'un vocabulaire architectural.

«Je ne m'intéresse pas à l'architecture en tant que construction d'éléments empilés les uns sur les autres. J'envisage cette discipline comme une sculpture. De la masse, peuvent s'extraire les espaces», affirme-t-il. Voilà donc une façon de faire «qui serait moins construite»  : «je débute toujours par des formes dépourvues de toute logique», renchérit-il.

05(@AHoltrop)_S.jpgPour illustrer son propos, Anne Holtrop évoque de prime abord sa fascination pour la ville de Pétra en Jordanie, taillée à même la roche. A ce sujet, il tient absolument à préciser que l'une des deux séries exposées «trouve son titre dans le mot arabe batara duquel vient le nom de Pétra».

L'accointance avouée, la méthode n'en est que plus claire : «J'ai pris le sable que j'ai sculpté, reprend-il, puis j'ai coulé le béton par dessus». Par un jeu de découpe, l'architecte a obtenu des éléments : un angle, un mur, un couloir.

Il y a dans ce processus «beaucoup de chance» : «rien n'est logique, rien n'est intentionnel. Tout est ouvert à l'interprétation». Anne Holtrop laisse donc tout un chacun faire son opinion et élaborer un discours à travers l'oeuvre qu'il construit.

03(@JAndreoneSolo galerie)_S.jpgLe propos peut passablement étonner dans un contexte dénigrant le geste architectural, plus encore un formalisme exubérant. «Mon travail n'a rien d'un discours critique sur l'architecture, soutient-il. Je cherche seulement à découvrir le potentiel de la matière».

Nombre de ces amis lui reprochent néanmoins d'être éloigné de toute contrainte et de ne pas faire, ce qu'ils estiment, eux, être de l'architecture. Anne Holtrop leur répond en toute sympathie avoir «avant tout une formation d'ingénieur». Mieux encore, d'ingénieur qui a pris le parti de se risquer dans le champ artistique en devenant l'assistant de Krijn de Koning, plasticien travaillant couleurs et espaces et faisant actuellement l'objet d'une exposition au 104.

«Il était mon tuteur à l'école d'architecture», précise Anne Holtrop. Les années passées à l'ombre de l'artiste ont été celles qui lui «ont ouvert les yeux». Depuis, l'architecte cherche une pratique différente de son métier voire «une manière de construire éloignée d'une perspective européenne».

04(@AHoltrop).jpgEn remportant le concours pour la réalisation du pavillon du Bahreïn à l'exposition universelle de Milan, en 2015, Anne Holtrop a saisi l'occasion de partir s'installer sur les bords du Golfe Persique. Désormais, il pense à l'Egypte ou encore à l'Inde, des destinations qui ne sont pas si étrangères à l'architecte. Alors qu'il travaille à la réalisation du nouveau souk de Muharraq à Bahreïn, il cherche à mettre en œuvre une pierre venue des rives du Nil.

Tout semble alors question «d'opportunités» et de hasard. «Je n'ai aucune argumentation», reconnaît, avec un brin de provocation, Anne Holtrop. L'architecte cite alors volontiers l'analyse de l'oeuvre de Cy Twombly par Roland Barthes où «le geste serait une action avec un surplus».

«Il n'y a pas une vérité dans mon travail. Je recherche avant tout l'ouverture. Ce qui m'émerveille est la manière dont chacun use de ses références et mobilise sa mémoire pour initier sa propre interprétation», conclut-il.

Bref, en creux, une «opera aperta».

Jean-Philippe Hugron

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