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Actualité | Zaha Hadid, vers l'au-delà (31-03-2016)

«Le plus passionnant au sujet des Russes, n'est pas que leur graphisme furent intéressants mais que leurs expériences ne furent jamais terminées ; il n'y eut jamais de conclusion», déclarait Zaha Hadid en 1984. Par un curieux hasard, en disparaissant trente deux ans plus tard, l'architecte, semble suprématiste jusqu'au bout...

Royaume-Uni | Zaha Hadid

Constructivistes et Suprématistes russes furent, en effet, pour Zaha Hadid, un «point de départ». Ainsi l'expliquait-elle, en 1984, dans un jeu de questions-réponses animé par Alvin Boyarski, alors directeur de l'AA School of London.

L'Architecture d'Aujourd'hui qui rapportait cet entretien lui consacrait même la couverture de son numéro 233. Zaha Hadid était alors à peine connue. Elle était, au mieux, une femme d'image. En effet, ses dessins firent les premières heures de sa réputation.

En France, elle apparaît en 1982. Son agence n'avait que deux ans d'âge. Elle participait au concours pour le Parc de La Villette, cette époque où, une jeune avant-garde avait droit de citer pour les plus grands projets.

«Le parc est pour moi un terrain à investir. Je n'aime pas particulièrement la nature et je pense qu'un paysage n'est pas obligatoirement un parc et que les gens ne vont pas à la campagne seulement pour voir des arbres, mais pour jouir de l'espace ; ils vont là où il y a des champs presque ininterrompus au-delà de ce que l'oeil peut voir ; une idée très réconfortante. Je pensais qu'il serait plaisant de faire dans la ville, là où le terrain est rare, un maximum de terrains plats où seraient disposés des jardins mobiles surélevés […]. J'aime l'eau, le sable et toutes ces choses mais je déteste les paysages pittoresques», disait-elle.

Ce goût de la provocation l'avait vraisemblablement rapprochée de Rem Koolhaas. Avant de fonder son propre bureau, elle fit partie de l'OMA avec qui elle participa au concours pour le parlement hollandais. La proposition fut classée deuxième.

Cette rencontre fructueuse eut pour théâtre l'AA School of London. Toutefois, Zaha Hadid n'était pas, pour l'institution londonienne qu'éloges. Elle la jugeait volontiers «très anglaise». Elle assurait même que certains réussirent à lui donner «un sentiment d'inutilité» qui lui «fut par la suite profitable».

Ainsi, avant de devenir la gloire «irako-britannique» que chacun sait, elle fut considérée d'abord «comme une riche arabe [faisant] la danseuse».

Voilà qui a pu préparer une personnalité à la critique qui a, très tôt, visé ses dessins de commentaires acerbes. «On m'a souvent fait remarquer qu'à l'exception des mouches, personne n'aurait jamais les visions aériennes que je représente ; c'est vrai, mais ce procédé permet de visualiser globalement ou autrement le sujet», répondait-elle.

Un projet «Malevitch», une maison à Miami, le concours du Pic de Hong Kong ont été l'occasion d'exercices exploratoires. Pour ce faire, en lieu d'un crayon, Zaha Hadid usait d'un pinceau : «il faut en peinture connaître les limitations de la technique et savoir les utiliser», assurait-elle.

«Les gens pensent souvent aujourd'hui que certaines choses sont impossibles, inconstructibles, irréalistes et que pour des raisons économiques, elles ne pourront jamais se matérialiser. Je pense, au contraire, que comme architecte, ou comme designer, vous devez conserver votre optimisme parce qu'autrement vous ne pouvez rien faire, vous pouvez tout aussi bien rester assis et ne rien faire», affirmait-elle alors.

Entre temps, elle s'associa, fit carrière, reçut, en 2004, les honneurs d'un Pritzker – la première femme ! -, construisit avec force logiciels et programmes informatiques et donna enfin réalité à ses aspirations de jeunesse.

Bref, de quoi attirer des foudres mais aussi de quoi dépasser les limites pour, toujours, aller au-delà.

Jean-Philippe Hugron

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