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Actualité | Pendant ce temps, à New York, Santiago Calatrava... (06-04-2016)

Alors que Paris inaugure dans la précipitation la Canopée des Halles, New York découvre la nouvelle gare du World Trade Center signée Santiago Calatrava. Deux projets qui se chiffrent en milliard(s) d'euros ou de dollars... Deux projets qui soulèvent la polémique.  

Bâtiments Publics | Transport et ouvrages d'art | New York | Santiago Calatrava

Déjà, à Liège, Santiago Calatrava avait livré une gare ayant éveillé la controverse. Bien des Belges fustigent encore l'architecte et son délire mais aussi la ville qui a commandé cet ouvrage disproportionné. Ceci étant dit, celui qui découvre, voyageant en train, cette grandiose porte ouverte sur la ville ne peut que s'émerveiller. Si par le plus grand des hasards ce voyageur connaît aussi la Canopée des Halles... Il ne pourra que regretter de n'avoir la même chose chevillée au ventre de Paris.

Qui plus est, la gare de Liège a coûté deux fois moins cher que sa pataude rivale parisienne. Santiago Calatrava, qu'il soit l'homme de l'art le plus décrié, n'en est pas moins un sculpteur hors pair. Quand la jaunasse Canopée semble s'affaisser sur les Parisiens, la blanche et lumineuse gare s'élève au dessus des Liégeois.

Toutefois, ce parallèle trouve une actualité plus troublante. Le 5 mars dernier, il y a donc tout juste un mois, Santiago Calatrava livrait justement une partie du nouveau «hub» de transport, l'Oculus, sur le site du World Trade Center, à New York. Une architecture spectaculaire. Une facture aussi, estimée à 4 milliards de dollars. Bref, de quoi agiter, de nouveau, la critique.

02(@MMuraz)_B.jpgLa presse locale est, à ce sujet, assez unanime. Le New York Times dénonce, dans un titre choc, le «symbole d'un immense gâchis». Michael Kimmelman, l'auteur de cet article paru le 2 mars 2016, ne décolère pas de voir cette «carcasse de dino» abriter une gare, plus encore d'avoir fait de la dix-huitième station la plus fréquentée de la ville, un centre commercial et ce, à l'aide d'un financement public.

Certes, le critique convient qu'«à première vue, l'architecture de Calatrava peut presque faire oublier ce gâchis épique. Au centre de l'Oculus, cette vue virginale peut vous décrocher la mâchoire», note-t-il.

«Mais, cette nouvelle cathédrale, ce nouvel espace public immaculé deviendra très prochainement le temple d'un nouvel Apple Store et d'une boutique John Varvatos. Les commerces arriveront cette année même. L'Oculus sera loué pour des événements. Les autorités auront besoin de trouver des fonds pour couvrir les importants frais d'entretien afin d'éviter de rapidement paraître misérable», poursuit-il.

Mâchoire raccrochée, Michael Kimmelman se montre, à mesure des lignes, plus virulent encore. A ses yeux, ce nouveau «hub» ne supporte pas la comparaison avec Grand Central Station ou encore le Terminal de la TWA d'Eero Saarinen. Pour lui, cet «objet» relève d'un «Pokémon» géant érigé à la gloire d'un client «vaniteux» et «soumis».

03(@MMuraz)_S.jpgMême son de cloche au Wall Street Journal où Julie V. Iovine assure que ce «hub signe l'apogée d'une architecture qui impressionne plus qu'elle n'élève, d'une architecture emblématique d'une époque qui privilégie l'éclat à la cohérence esthétique ou encore la robinetterie dorée en forme de cygne aux détails mesurés».

Dans ce concert de critiques, la voix de Paul Goldberger, dans les colonnes de Vanity Fair, détonne. Le journaliste se montre plus raisonnable. S'il regrette, lui aussi, la place dévolue aux commerces dans le projet, il retient surtout l'effort d'avoir créé un espace public de qualité à New York.

«Si l'on veut bien oublier les métaphores évoquant dinosaures et autres oiseaux ainsi que les questions d'argent, chacun peut profiter d'une expérience architecturale qui pourrait lui redonner foi en ce qui concerne l'espace public à New York», écrit-il.

04(@JJBers)_S.jpg«La réalité est que dans une ville qui a érigé si peu de bâtiments publics ces cinquante dernières années, dans une ville qui aujourd'hui n'aspire que trop rarement à la grandeur dans l'espace public, ce projet rappelle que tout n'a pas été complètement abandonné. Alors oui, c'est excessivement cher, […] mais ce coût dispendieux était du à ce défi extraordinaire d'ingénierie de créer une gare à cet endroit sans oublier que le client était l'une des plus fastidieuses bureaucraties au monde : la Port Authority», rappelle-t-il.

Quoi qu'il en soit, la question du coût semble toujours entacher celle de la «grandeur» et la question de l'entretien celle du fonctionnement. La postérité jugera peut-être mieux encore de la pertinence de cet héritage. Pour l'heure, les grandes métropoles mondiales tentent d'ériger d'imposantes et coûteuses structures non pas pour enrichir le patrimoine mais pour encourager une course à l'image. Un Pokémon peut bien chasser une canopée. A terme, arriveront, dans la plus grande inconsience, bien d'autres fantasques dinosaures médiatiques... laissant tout le reste à l'ombre de l'indifférence. 

Jean-Philippe Hugron

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