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Visite | La Canopée, une régression (06-04-2016)

La Canopée peut paraître, dans l'immédiateté d'une inauguration précipitée, deux ans avant l'achèvement des travaux, digne d'intérêt. Toutefois, le temps, bientôt, la rattrapera. Le vieillissement mais aussi l'Histoire. Dans une évolution des formes et des techniques, l'édifice imaginé par Patrick Berger et Jacques Anziutti semble signer une étonnante régression.  

Bâtiments Publics | Transport et ouvrages d'art | Commerces et hôtels | Acier | 75001 | Berger et Anziutti

Femmes et hommes y marchent sans ombre. Pourtant, ce jour-là, le soleil brille sur la Canopée du Forum des Halles mais, la structure filtre tant la lumière que toute notion de contraste s'y perd. Chacun déambule alors, la tête en l'air, les yeux rivés sur l'improbable et imposant enchevêtrement d'acier et de verre pour y percevoir, par endroit, entre deux «ventelles», un coin de ciel bleu.

02(@JPHH)_S.jpgEncombré d'un lot considérable de préjugés, le visiteur qui s'en va découvrir la nouvelle Canopée des Halles, est sans doute à même de s'offrir la plus belle occasion d'être surpris.Ce projet que nombreux aiment critiquer peut, in fine, s'avérer, loin de la catastrophe attendue, étonnant. La Canopée ne peut réellement révulser. Elle ne peut, en revanche, véritablement enthousiasmer.

En effet, l'exécution relativement méticuleuse sauve le projet. Il n'y a guère qu'à quelques endroits où certaines jonctions mal aisées correspondent vraisemblablement au grand fatras administratif où les responsabilités des uns se sont frottées à celles des autres. Plusieurs maîtrises d'ouvrage et maîtrises d'oeuvre ont, en effet, cohabité sur le même site.

Toutefois, si les deux grands bâtiments qui embrassent la nouvelle place sont élégants, la Canopée qui les relient est incongrue. Tout ceci, flambant neuf, brillant et rutilant, ne choque pas encore. D'autant plus, sous un magnifique ciel bleu.

Mais voilà que d'aucuns peuvent d'ores et déjà s'inquiéter de voir les pigeons s'adonner à leurs roucoulades... plus encore, craindre les affres du temps d'autant plus que rares sont les bâtiments, à Paris, à ne pas souffrir d'un manque d'entretien. Il se murmure aujourd'hui que le budget pour maintenir la Canopée s'élèverait à 400.000 euros par an. Interrogée à ce sujet, la Mairie n'a pas daigné confirmer.

03(@JPHH).jpgLes chiffres de ce projet donnent, de toute évidence, le tournis autant d'ailleurs que la virevolte de la municipalité pour les justifier. Désormais – et c'est officiel – le budget alloué n'a connu qu'un dépassement de 14% et la Canopée n'aurait coûtée, à elle seule, que 216 millions d'euros. Pourtant, le montant total des dépenses touche le milliard. Le flou est superbement entretenu et la maigre transparence de la verrière en devient le troublant symbole.

Ces sommes colossales viennent donc alimenter le doute et gâcher la visite. L’entrelacs de verre et d'acier s'en retrouve plus pesant encore et la courbure nécessaire à la réalisation de cette grande portée donne l'impression d'un inexorable affaissement.

04(@JPHH).jpgUne architecture à 142 euros/kg !

Dans son discours inaugural, Anne Hidalgo assura n'avoir compris l'architecture qu'en devant adjointe à l'urbanisme de Bertrand Delanoë. Dans cette confession publique, la maire de Paris avoua même n'avoir jusqu'alors compris d'un art qu'une question de «tonnage». Depuis, il en irait davantage de «sensibilité».

05(@JPHH)_S.jpgPourtant, ici et là, les acteurs du colossal chantier aiment à répéter, malgré ce triste aveu municipal, que la Canopée pèse 7.000 tonnes, soit 500 de moins que la Tour Eiffel. N'en déplaise à Anne Hidalgo, l'architecture est aussi une question de poids. Plus encore quand l'un des architectes de la Canopée, Patrick Berger, défendait, il y a quelques temps, avoir travaillé à Stuttgart dans l'atelier de Frei Otto.

Le Pritzker allemand doit, sur ce souvenir, s'en retourner dans sa tombe. Celui qui n'a eu de cesse de défendre la légèreté fut cité pour expliquer la Canopée. Pourtant, cette école architecturale anglo-saxonne qui, baignée d'ingénierie, a donné corps à l'architecture High Tech, n'a eu de cesse de rechercher «l'économie de matière». La Canopée en est la belle insulte.

Rappelons aussi que l'un des chantres de cette haute technicité, Norman Foster, n'a qu'une obsession en tête : savoir combien pèse ses constructions. Et pour cause, l'histoire de l'architecture métallique n'a été motivée que par ce seul aspect : gagner en souplesse, en gracilité et en lumière. Le Grand Palais peut, à Paris, aisément en témoigner.

La Canopée ne peut donc s'extraire d'une chronologie évidente. Et même un regard rétrospectif distrait pourrait, dans ce contexte, également s'arrêter, 58 ans plus tôt, rond-point de La Défense. Le CNIT donnait alors ses lettres de noblesse au béton. Par la contrainte naissait le résultat le plus gracieux.

06(@JPHH)_S.jpg

La Canopée, aussi lourde qu'une structure de 300 mètres érigée au XIXe siècle signe donc une incompréhensible régression. 

Et tout cela au nom de quoi ? D'un «toit dans un jardin».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

AP | 09-04-2016 à 09:56:00

"La canopée est l'étage supérieur de la forêt, directement influencée par le rayonnement solaire. Elle est parfois considérée comme un habitat ou un écosystème en tant que tel, notamment en forêt tropicale où elle est particulièrement riche de biodiversité et de productivité biologique."
Quel orgueil !!! Il ne faut pas être biologiste pour s'apercevoir que un arbre ne s'élève pas sans tronc!!!.
Quel est la justification à une aussi grande portée sans porteurs... Se démarquer du commun, faire dans le spectaculaire... Le résultat est une structure tellement lourde que peu de lumière passe , l'espace devient anxiogène, le budget est explosé...
Quel vanité de la part des concepteurs! Remettez les pieds sur terre!
Vous les architectes dirigeants de grandes agences d'architectures, soyez au moins exemplaires... Vous êtes le plus souvent professeur dans des écoles d'architecture...
Prenez vos résponsabilités...et justifier vos choix, vos projets comme vous l'enseigner.


Jean | architecte | ILE DE FRANCE | 07-04-2016 à 18:38:00

Bravo à Jean Philippe Hugron pour cet article pertinent et cultivé

Anne | Architecte | IDF | 07-04-2016 à 14:06:00

Cher Jean-Philippe,
C'est un impeccable article qui met la lumière sur certaines zones d'ombre mais pas toutes! Même si le touriste débarqué à Paris ne voyait en cette "aérienne" canopée qu'un centre commercial de plus bien implanté, les parisiens, et surtout les habitants du quartier, peuvent en dire beaucoup plus! Et si on s'amusait à montrer quelques défauts à peine la canopée inaugurée? J'aimerais que tu retournes au même endroit un an plus tard, puis deux ans puis trois pour constater les dégâts et en parler comme tu sais bien le faire. Ne jamais délaisser ce nouveau "patrimoine" qui ne va probablement pas durer. Amitiés!

brak | architecte | IDF | 07-04-2016 à 13:34:00

la question du poids pèse évidemment sur le plan environnemental :
trop de matière pour des formes où d'autres ont prouvé qu'il en fallait moitié moins est une vraie question : trop de matière= trop d'énergie gaspillée.
faire compliqué et pesant , un vrai problème culturel
et faire apparemment simple et pesant ( 2 fois et quelques le poids nécessaire) , comme la toute récente passerelle entre l'Ile Seguin et Sèvres, un autre problème éthique...

BiM | 07-04-2016 à 12:28:00

éminemment bien senti !
la comparaison avec Frei Otto ou Foster est extrêmement douloureuse.

épuikoahenkor | designer et architecte | Lyon | 07-04-2016 à 10:33:00

Bien d’accord avec M. Hugron. Arrêtons d’encenser l’architecture inutile du n’importe quoi à n’importe quel prix comme le défend visiblement FC/architecte IDF qui, de plus, ne connaît pas sa grammaire. Quant à l’autre, il n’écrit rien d’intéressant. A toute vitesse, sa bêtise, ou en panne d’inspiration ? Il construit encore des villas « Ile de France » ? Et si l’architecture, au lieu de chercher à faire du style (ou de l’art ??) bidon (même pas bidonnant) redevenait de l’architecture pour y mettre des gens dedans au lieu de vouloir faire de l’esbroufe extérieure à la Gerhy ou à la Hadid (paix à son âme) à n’importe quel prix alors qu’il n’y a pas assez d’argent pour construire des logements sociaux avec un minimum de gueule ? Ou de donner un toit, même en tôle ondulée aux SDF, migrants ou non.

julescemoi | aucune | sud | 07-04-2016 à 10:12:00

sans compter une écriture qui gagnerait à être travaillée !

fc | architecte | idf | 07-04-2016 à 04:31:00


Vous avez monsieur Hugron visiblement une équerre dans le tréfond. Or votre corps comporte des courbes que l'on vous a visiblement appris à détester. Pourtant toute forme a son intérêt et ses qualités propres. Dans l'attente que vous puissiez un jour jouir et ainsi,arrêter de polluer de votre aigreur le paysage médiatique de l'architecture...

Tretiack | 06-04-2016 à 22:04:00

Parfaitement pesé

Et mon Architecture toute vitesse, qu'est-ce qu'il en pense le Hugron ?
Mon salut

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