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Edito | Aux Halles, le 'participatif', ce péché originel ? (06-04-2016)

La belle affaire. A la veille de l'inauguration de la Canopée, l'association Accomplir a émis un communiqué de presse comme pour se dédouaner de toutes responsabilités dans le fiasco des Halles. C'est pourtant cette même association qui fit entendre sa voie pour militer en faveur du projet de l'agence SEURA. C'est cette même association qui se félicita, aux premières heures, du choix Berger Anziutti. Aujourd'hui, face au monstre d'acier, elle verse dans le lamento.

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Les Halles sont avant tout le résultat d'un clientélisme de bas étage. En 2004, alors que les projets de Rem Koolhaas et de Jean Nouvel soulevaient une part d'enthousiasme, la proposition de l'agence parisienne SEURA, quant à elle, aussi fade qu'ennuyante, remportait les suffrages de riverains, en tête, ceux de l'association Accomplir.

A cette époque, il ne fallait pas, outre mesure, creuser le sol et mettre en péril un jardin que personne n'osait fréquenter. Il ne fallait pas, non plus, envisager de constructions trop hautes. Il fallait surtout ne pas avoir d'ambition. Exit la densification du site par Jean Nouvel ou encore l'excavation des galeries souterraines par Rem Koolhaas. «Un toit dans un jardin» suffisait amplement.

Sauf que le projet n'était pas assez marqué, dit autrement, assez «iconique». Tout politique rêvait, il y a dix ans, d'un Cornichon, mieux encore d'une ou deux virgules de titane. Alors, un concours fut lancé.

L'association Accomplir faisait, bien entendu, parti du jury aux côtés, entre-autres, d'Ann-José Arlot, David Mangin, Rudy Ricciotti, Kajuyo Sejima, Jacques Herzog, Dominique Jakob... *

C'est alors que le projet de Berger et Anziutti fut choisi à l'unanimité. Peut-être, en toute logique d'ailleurs : le duo avait été le seul à faire «un toit dans un jardin» et ce, à hauteur d'arbustes, d'où son nom : la Canopée.

Les propositions concurrentes peinaient à séduire ; nombreuses agences ont cherché à s'émanciper du «carreau de verre» prôné par SEURA. Il y eut des ronds, des biduloïdes, des blobs... Bref, un aveu : la solution envisagée n'était pas la meilleure.

Et pour cause, ceux qui fréquentent les Halles savent pertinemment que le problème était (et reste), avant tout, souterrain. Il n'y a guère que Paul Chemetov qui a su, dans les années 80, doter ce vaste complexe d'une cathédrale souterraine, spacieuse et aérée. Le reste n'a toujours été que sombres boyaux... pour, certainement, rappeler ce «ventre de Paris».

Aussi, plus que d'étriper ce tortillard souterrain, la mairie de Paris a pris le parti de construire, sous la pression des associations locales, hors sol, un édicule monumental, tout en étant à «taille humaine», en somme une construction bâtarde pour satisfaire le plus grand nombre d'aboyeurs. Berger et Anziutti, aussi sérieux que consciencieux, ont respecté la demande à la lettre.

Ils ont toutefois accouché d'un monstre. Parce qu'il fallait ne pas éveiller la polémique, parce qu'il fallait faire plaisir à des associations bruyantes, mais aussi parce qu'il fallait un «geste» architectural. La ville s'est donc embourbée dans une politique du consensus mou et a donné corps à un symbole : un projet lourd et poussif, aussi pesant qu'écrasant.

Voilà donc incarné la ville participative, la ville sans courage qui a préféré s’empêtrer douze ans durant dans un processus complexe.

Aujourd'hui, riche de cette expérience, la municipalité rejette son rôle et confère, sans pudeur aucune, la fabrique de la ville au secteur privé. Si Anne Hidalgo a récemment déclaré qu'elle ne souhaitait pas qu'un mouvement d'indignés s'installent place de la République en dénonçant la «privatisation» d'un espace public par un groupe... alors que dit-elle des Halles ? Que dit-elle de Réinventer Paris ?

La Canopée est le produit d'une époque et le symbole de toute une politique.

Jean-Philippe Hugron

* Le jury était composé de :
Jean-Pierre CAFFET, Adjoint au Maire de Paris chargé de l’Urbanisme et de l’Architecture
Pierre MANSAT, Adjoint au Maire de Paris chargé des Relations avec les collectivités territoriales d’Ile-de-France
Jacques BOUTAULT, Maire du 2e arrondissement de Paris
Jean-François LEGARET, Maire du 1er arrondissement de Paris
Florence BERTHOUX, Conseillère de Paris

ARCHITECTES INVITÉS
Jacques HERZOG, architecte
Dominique JAKOB, architecte
Willem JAN NEUTELINGS, architecte
Rudy RICCIOTTI, architecte
Kajuyo SEJIMA, architecte

COLLÈGE DES PERSONNALITÉS QUALIFIÉES
Ann-José ARLOT, Architecte, Inspectrice générale de l’administration des affaires culturelles,
Ministère de la Culture et de la Communication
Jean-Marie DUTHILLEUL, architecte, ingénieur
David MANGIN, architecte, Agence SEURA
Philippe MEYER, journaliste, France INTER
Elisabeth BOURGUINAT, Association Accomplir.

Réactions

Elisabeth Bourguinat | 30-04-2016 à 10:38:00

Voir mon droit de réponse à cet article ici : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article
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JZL | Professeure | Ile de France | 07-04-2016 à 21:05:00

Les éléments fournis restituent de manière un peu en décalée ce que furent les véritables enjeux de cette "nouvelle bataille des halles" et les facteurs de décision. Le point de vue apporté sur une "participation" qui n'en fut pas une mérite d'être confronté à des analyses plus approfondies.
Pour entrer de manière plus précise dans ce dossier de la Canopée des Halles, et plus généralement, du réaménagement du site entre 2002 et 2010, et notamment les intérêts financiers qui ont présidé aux choix de la ville à l'époque, je vous invite à lire les contributions que notre équipe de recherche a écrites sur le sujet après 8 ans d'enquête et d'observation participante au coeur même des dispositifs dits de "concertation" organisés par la ville, et notamment la thèse de ma doctorante Camille Gardesse aujourd'hui maître de conférences à l'École d'Urbanisme de Paris..

Consultable en ligne via :
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00765856

GARDESSE (Camille), La concertation citoyenne pour le projet de réaménagement du quartier des Halles à Paris. Les formes de la démocratisation de l'action publique en urbanisme et ses obstacles. Thèse soutenue le 2 décembre 2011, dans le cadre de l’École Doctorale Villes et Territoires, PRES Paris Est.

Jodelle Zetlaoui-Léger
Professeure à l'ENSA Paris La Villette

JZL | Professeure | Ile de France | 07-04-2016 à 08:44:00

Les éléments fournis restituent de manière un peu en décalée ce que furent les véritables enjeux de cette "nouvelle bataille des halles" et les facteurs de décision.
Pour entrer de manière plus précise dans ce dossier de la Canopée des Halles, et plus généralement, du réaménagement du site entre 2002 et 2010, et notamment les intérêts financiers qui ont présidé aux choix de la ville à l'époque, je vous invite à lire les contributions que notre équipe de recherche a écrites sur le sujet après 8 ans d'enquête et d'observation participante au coeur même des dispositifs dits de "concertation" organisés par la ville, et notamment la thèse de ma doctorante Camille Gardesse aujourd'hui maître de conférences à l'École d'Urbanisme de Paris..

Consultable en ligne via :
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00765856

GARDESSE (Camille), La concertation citoyenne pour le projet de réaménagement du quartier des Halles à Paris. Les formes de la démocratisation de l'action publique en urbanisme et ses obstacles. Thèse soutenue le 2 décembre 2011, dans le cadre de l’École Doctorale Villes et Territoires, PRES Paris Est.

Jodelle Zetlaoui-Léger
Professeure à l'ENSA Paris La Villette

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