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Chronique | Mulatu Dibaba, la leçon normande (20-04-2016)

Dibaba où t'es ? En Normandie ! Après ses études à l'école d'architecture d'Addis Abeba, Mulatu Dibaba a décidé de partir en Europe se confronter à un environnement difficile. Son travail porte sur la réactivation des techniques ancestrales et la réactualisation des formes bâties vernaculaires en Europe de l'Ouest.

France

Mulatu Dibaba découvre en janvier 2014 le bocage normand. Aux verts pâturages succèdent d'imposantes haies végétales. Ce paysage millénaire est encore intact sauf en marge des villes.

Le jeune architecte prend alors connaissance de la misère architecturale. Il dénonce dans un texte manifeste «Discovering Normandy» – publié à quelques exemplaires qui s'arrachent aujourd'hui à prix d'or sur ebay – la destruction d'un patrimoine paysagé au nom de la modernité.

Sans conscience aucune, les populations locales ont, en effet, privilégié des constructions en béton particulièrement inadaptées aux conditions climatiques de leur région pluvieuse et fraîche. Mulatu Dibaba a donc pris le parti de fonder une ONG, «Building & Caux» pour former les autochtones aux techniques ancestrales.

Il a ainsi rencontré René Bovard. L'homme, âgé d'une cinquantaine d'années, n'a pas eu de formation particulière en bâtiment. Il est d'une nature joyeuse et souvent, René Bovard rit. «Ce fut une rencontre riche. J'ai beaucoup appris de sa culture en échangeant avec lui. René m'a souvent raconté les histoires de son pays, notamment les dernières épopées de Myrta Torres, dans Plus Belle la Vie», assure Mulatu Dibaba.

Après de longues recherches sur les traditions constructives de la région. Mulatu Dibaba a réuni autour de René, plusieurs jeunes désoeuvrés, sans formation, afin de les sensibiliser et surtout de leur construire un abris, à eux qui rêvent d'un pavillon Phoenix avec wifi, TNT, HD, 4G, écran plasma...

«Nous sommes parti ensemble à la recherche de matières premières : du silex, du bois de chêne, des roseaux, des ronces et du calcaire extrait des marnières de la région», explique l'architecte. «Nous sommes allés dans les marais couper les roseaux, ce fut un souvenir incroyable. Il pleuvait dru ce jour là», poursuit-il.

Mulatu Dibaba a également montré à quelques autochtones volontaires le meilleur moyen d'extraire la terre argileuse présente en quantité sur le site de construction. «Il nous faut utiliser les ressources présentes in situ», répète-t-il. Ce n'était alors que le début d'un chantier éprouvant mais pédagogique.

Mulatu Dibaba, avec force conviction, a expliqué le bien fondé de son plan prévoyant la création d'un sous-bassement de pierre et de silex. L'enjeu était d'éviter que l'humidité du sol n'imprègne les murs. Il s'agissait aussi d'offrir une assise solide aux colombages à venir.

Autour d'un chant rituel «Waka waka» (It's time for Europa!), tous ont préparé le torchis à partir d'un mélange d'argile, de fibres végétales, de paille de blé, d'orge et de foin. Aux yeux de Mulatu Dibaba, ce matériaux est d'une solidité remarquable et un isolant thermique exemplaire !

Pour parfaire l'expérience, Mulatu Dibaba a fait venir d'Addis Abeba de jeunes étudiants en master ainsi que des stagiaires qu'il ne paye pas afin qu'ils participent, eux aussi, à la réactivation de coutumes ancestrales.

Tous ont bénévolement participé au chantier de construction. Ils ont érigé la charpente en colombages puis ont appliqué un badigeon de chaux. Ils ont également lié les roseaux avec des tiges de ronces pour donner forme à une toiture exemplaire.

Mulatu Dibaba, une fois le chantier fini, a demandé au photographe Iban Wann de «shooter», depuis son hélicopter, cette maison et de saisir, les pieds sur terre, le sourire angélique de René Bovard. Les clichés ont depuis fait le tour du monde via internet. Ils ont fait l'objet d'expositions ici et là, à Kigali, Yamoussoukro ou encore Yaoundé et ont été, à de nombreuses reprises, publiés par les plus grandes revues du continent.

Mulatu Dibaba a, depuis, présenté dans les plus grandes écoles d'Afrique son projet. Il parcourt le monde, de conférence en conférence et milite corps et âme pour la réactivation des techniques ancestrales en Europe de l'Ouest.

Selon lui, la quête d'un habitat standardisé répondant à un idéal moderne et bourgeois n'est pas une réponse adaptée au contexte normand. Il prône ainsi pour des populations en déshérence, pour des populations ayant perdu tous sens de la construction traditionnelle la revalorisation des techniques vernaculaires. 

Chacun espère aujourd'hui que son message sera compris. 

A bon entendeur...

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Lou | 21-04-2016 à 10:11:00

Bonjour, je ne trouve aucune information à propos de ce projet sur internet. Est-ce une histoire fictive? Si oui, elle me plait beaucoup. La France entière bénéficierait d'un retour aux techniques et savoir-faire anciens. Merci pour votre réponse ou lien vers une source, Cdt.

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