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Actualité | Raj Rewal bientôt sous le coup des bulldozers (27-04-2016)

Parmi les plus célèbres architectes d'Asie, Raj Rewal, figure émérite du modernisme indien, voit son œuvre menacée, notamment ses réalisations sur le site de Pragati Maidan accueillant le parc des expositions de New Delhi. L'homme de l'art y a érigé trois constructions, le Hall des Nations, le Hall de l'Industrie et le Pavillon Nehru promis aujourd'hui à une destruction prochaine. Du vandalisme.

New Delhi

Le quotidien local Hindustan Times rapporte dans son édition du 18 avril 2016 la décision de détruire un ensemble remarquable du modernisme indien érigé par l'un des architectes les plus prolifiques du pays, Raj Rewal.

En effet, l'Indian Trade Promotion Organisation souhaite démolir plusieurs constructions dans le cadre d'une politique de modernisation du complexe Pragati Maidan afin qu'il puisse rivaliser avec les autres centres d'exposition du monde.

03(@RajRewal).jpg«Ces trois bâtiments occupent pourtant moins de 2% du Pragati Maidan et peuvent être intégrés dans n'importe quel projet de redéveloppement. Ils peuvent être également facilement rénovés et fournir des prestations aussi modernes que l'air conditionné et pouvoir ainsi accueillir de nouvelles fonctions», explique Arun Rewal, auteur d'une pétition (1) pour la sauvegarde de cet ensemble.

Nombre d'architectes se sont déjà mobilisés pour défendre ce patrimoine architectural, parmi eux Balkrishna V. Doshi, Gautam Bhatia, Rahul Mehrota et même Divya Kush, président de l'Institut Indien des Architectes. Tous ont sont signataires de cette pétition adressée au Premier ministre, Narendra Modi, pour que le Hall des Nations, entre autres, ne soit pas détruit.

02(@RajRewal)_B.jpg«C'est une part importante du patrimoine indien contemporain autant que le Jantar Mantar, la tombe d'Humayuns ou le Purana Quila», affirme Arun Rewal. Conçu et réalisé entre 1969 et 1972 pour célébrer l'indépendance du pays, l'ensemble du Hall des Nations a été, de plus, applaudi dans le monde entier.

«Ce projet est le résultat de diverses alternatives pensées selon des contraintes de temps, de travail mais aussi de disponibilité des matériaux. Il devait aussi refléter symboliquement et technologiquement la place de l'Inde dans le concert des nations», notent Anupam Bansal et Malini Kochupillai dans leur livre sur Delhi (2).

Le Hall des Nations est d'autant plus lié à l'histoire du pays que la guerre avec le Pakistan infligeait au moment de la construction une grave pénurie de métaux dont l'industrie de l'armement faisait largement usage. Voilà pourquoi le béton fut ici privilégié par Mahendra Raj, ingénieur, pour la réalisation de cette audacieuse structure.

04(@RajRewal).jpgA quelques pas, le Pavillon Nehru est lui aussi menacé. Cet ensemble relève pour Anupam Bansal et Malini Kochupillai d'une «architecture sans prétention présentant les prémices d'une monumentalité et adoptant les qualités exceptionnelles d'un homme en l'honneur de qui a été construit ce projet». Une exposition dont la scénographie a été conçue par Charles Eames y est d'ailleurs présentée.

Aussi, Arun Rewal rappelle, outre les qualités de ces trois projets réinterprétant des figures traditionnelles de l'architecture indienne, que dans un pays où les ressources sont limités et où, au nom des forces du marché, s'opère une planification sans âme, il y a lieu de lutter contre les petits intérêts. «L'intégration des structures historiques est la clé de tout développement intelligent», dit-il.

Pourtant, la Haute Cour de Delhi ne s'est pas prononcée en faveur de la préservation de ces constructions. En réponse à un procédure d'intérêt public (PIL) et suite à une demande de l'Union nationale indienne pour l'art et le patrimoine (INTACH) réclamant l'arrêt des démolition, la Haute Cour a stipulé, selon le Hindustan Times, que des bâtiment en tant que monuments historiques ne pouvaient être à l'origine d'un retard des travaux de restructuration du complexe Pragati Maidan.

Ne reste plus alors qu'un dernier espoir, la réaction du ministre du développement urbain ou, mieux encore, du Premier ministre. Affaire à suivre.

Jean-Philippe Hugron

(1) la pétition est accessible ici : https://www.change.org/p/the-prime-minister-of-india-save-hall-of-nations-halls-of-industries-and-nehru-pavilion-at-pragati-maidan-new-delhi-india-from-demolition-and-also-to-allow-these-buildings-to-be-put-to-active-public-use

(2) Delhi, Architectural Guide ; Auteurs : Anupam Bansal et Malini Kochupillai ; Editeur : DOM Publishers ; 399 pages. (en anglais)  

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