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Portrait | Loci Anima, de la discrétisation au cabinet de curiosités (27-04-2016)

Connaissez-vous seulement les post-it solaires ou encore les façades-gouttières ? Il n'y a, chez Loci Anima, pas un projet sans une nouvelle expression. Alors, pour Françoise Raynaud, sa fondatrice, le bonheur paraît bel et bien dans le champs...lexical ! Et pour parfaire le tout, l'agence se montre multilingue, du moins anglophone. Bref, de quoi envisager un statut international... de Paris à New York.

France | Loci Anima

Chien et chat parcourent l'agence. Tantôt en haut. Tantôt en bas. Peut-être qu'un dialogue de bêtes permettrait d'en savoir un peu plus sur la manière dont Loci Anima travaille... quoique les véritables maîtres des lieux n'en sont pas moins diserts. La locution latine réunit d'ailleurs quatre associés, Françoise Raynaud en tête.

02()_S.jpgA ses côtés, Pierre Mas et Alexandra du Couëdic. Tous deux se font discrets. «C'étaient mes deux premiers clients», précise Françoise Raynaud. L'agence balbutiait alors et la perspective de construire, grâce à eux, un projet pour l'America's Cup, à l'autre bout du monde, en Nouvelle Zélande, était des plus réjouissantes. Depuis, une amitié est née et tous deux gèrent l'agence d'une main de fer.

Jonathan Thornhill est, quant à lui, arrivé un peu plus tard. «J'ai connu Françoise aux Ateliers Jean Nouvel où elle travaillait. Avant de rejoindre Loci Anima, j'ai collaboré avec Shigeru Ban», précise-t-il. L'accent britannique laisse imaginer la tentation internationale de l'agence dont les références à l'étranger se multiplient. «Nous venons d'être désignés lauréats face à Rafael Viñoly pour un projet de tour à New York !», s'enthousiasme-t-il.

Voilà une consécration sans hasard. Françoise Raynaud était, pour Jean Nouvel, «Madame Gratte-ciel». Elle a eu en charge les projets de Tour sans Fins, restée de papier, mais aussi du premier immeuble de grande hauteur réalisé par les Ateliers, le Dentsu Building de Tokyo. «Je suis resté dix-sept ans chez AJN», rappelle-t-elle. «Toutefois, je ne voulais plus me limiter à un seul type de programme» ; les débuts de Loci Anima ont donc été motivés par la quête de l'autre et dorénavant de l'ailleurs.

03(@LociAnima)_S.jpgDepuis quatorze ans maintenant, Françoise Raynaud, en plus de tours, imagine des cinémas, des médiathèques... même des hippodromes, plus ou moins aériens... A cet inventaire à la Prévert, l'architecte ajoute une pétulante classification. Exit les dossiers rangés selon programmes et budgets. «Nos bâtiments sont vivants», dit-elle. Aussi, pour Loci Anima, il y a des familles de projets : cryptiques, mimétiques, hybrides, magnétiques, tectoniques, migrateurs, héliotropes, symboliques...et même les «jolis coeurs» ; «ce sont ceux qui veulent se montrer et être dans la séduction», dit-elle.

Cette folle nomenclature n'est pas éloignée d'une approche originale de l'architecture mêlant l'âme des lieux – loci anima en latin – et les philosophies asiatiques. «Quand j'ai eu mon diplôme, j'ai voulu travailler chez Glenn Murcutt. J'ai sonné à sa porte. J'ai été fasciné par sa façon non-occidentale de travailler le rapport à la nature», dit-elle. Tout était alors tracé.

05(@JPPorcher)_S.jpgAujourd'hui, roches vivantes et Feng Shui en Asie, ouvriers maoris en Nouvelle-Zélande sont autant de conditions et de rencontres qui forgent une approche architecturale. «Il n'y a pas de hasard. Chacun déclenche les événements de sa vie», dit-elle.

Alors Françoise Raynaud est proactive. Elle cherche, teste, encourage l'expérimentation. Voilà que Jonathan Thornhill, pour illustrer ce propos, sort les esquisses d'un tipi et pas n'importe lequel : 200 mètres de haut ! En arrière plan, le skyline de New York. «Alors que nous parcourrions la ville, nous nous sommes confrontés à des bunkers implantés ici et là», débute Françoise Raynaud.

«Il s'agit de data centers. Voilà l'abstraction numérique qui touche enfin terre et qui se révèle largement présente dans le paysage urbain», poursuit-elle. Au détour d'une rue de New York débute alors une réflexion sur ce que pourrait être un tel équipement dans la grosse pomme. Quant à sa forme...un cube ? Une barre ? Une tour, pardi ! «La plus primitive possible ! Il n'y a aucune prouesse à faire un tipi», sourit-elle.

04(@LociAnima)_S.jpgLa localisation, en plein Hudson, n'est pas un hasard. Il s'agit de refroidir les ordinateurs avec l'eau du fleuve. Si la proposition est en tout point logique, il y a matière à être surpris. Comment, depuis Paris, une agence qui vient de livrer un cinéma dans le XIIIe arrondissement et une médiathèque à Angoulême se retrouve à penser un tel projet ? On peut «être fasciné par la découverte de l'univers» ou encore par «le stockage de l'énergie», pour autant, pourquoi cette proposition ?

«Nous avions, il est vrai, travaillé il y a dix ans sur les plans d'un data center pour un client. Aujourd'hui cette problématique devient de plus en plus importante d'un point de vue économique mais aussi géopolitique. Plus les sources sont proches, moins la circulation des données coûte cher et enfin, il y a un véritable enjeu stratégique à rapatrier les données au niveau national», explique-t-elle. Selon l'architecte, Google aurait très bien compris l'enjeu ; la compagnie n'a d'ailleurs pas hésité à débourser plusieurs milliards de dollars pour faire l'acquisition de fonciers à Chelsea là où tous les câbles arrivent de l'océan. Bref, prospective et prospection sont à l'unisson sous le prodigieux tipi.

A ce sujet, Loci Anima assure aujourd'hui avoir trouvé quelques oreilles attentives. New York regorge de possibilités et semble, plus que Paris, se réinventer sans qu'il ne faille pour cela un ordre de l'Etat. En tout cas, il n'aura fallu que quelques mois pour convaincre un promoteur américain sur les bien faits d'une tour, cette fois-ci, résidentielle dont tous les appartements proposeraient un jardin avec vue.

07(@ArteFactoryLab).jpgLe projet rappelle d'ailleurs ces autres tourelles en construction, à Issy-les-Moulineaux. 50 mètres. Pas plus. Et huit ans d'études... Aujourd'hui, Françoise Raynaud semble bouleverser le calendrier des événements, et ce dessin qui a, dans les fait, inspiré la tour de New York tend à devenir son dérivé.

Ces échanges transatlantiques attisent une appétence pour le détail et la maîtrise du projet. «J'ai reçu une formation très technique mais ici, en France, l'entreprise prend toujours le dessus. Nous sommes pourtant équipé pour faire des projets comme les anglo-saxons. En d'autres termes nous sommes tout à fait capables de réaliser les plans d'exécution», assure Jonathan Thornhill. A Angoulême, l'agence a enfin réussi le pari de mener le projet jusqu'au bout.

06(@PhilippeLeRoy)_B.jpg«C'était aussi l'occasion de mener une recherche sur le tiers lieu», reprend Françoise Raynaud. Il s'agissait là de faire d'un équipement un endroit familier, propice à la rencontre. Un espace public certes, mais plus encore, un écrin à même de générer plus de sociabilité. Pour ce faire, l'architecte aime à citer Ray Oldenburg, le sociologue américain...

Alors, l'occasion était toute trouvée d'ouvrir, à mesure de la conversation, une bibliothèque de références et Françoise Raynaud va jusqu'à citer des textes sur «l'animisme post-industriel»... In fine, Loci Anima dévoile ses projets et, d'une somme d'espaces, de formes et de programmes finit par donner corps à un véritable cabinet de curiosités.

Voilà donc, à n'en point douter, une agence hybride, magnétique, tectonique, héliotrope...

Jean-Philippe Hugron

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