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Compte-rendu | Patama Roonrakwit cherche moyens pour classes moyennes (11-05-2016)

Pour préfigurer l'avenir, Patama Roonrakwit (Case Studio) s'interroge : «qu'est-ce que la pauvreté ?». A cette question aux allures de sujet de dissertation, l'architecte n'apporte pas réellement de réponse. Toutefois, ses années passées dans les bidonvilles d'Asie l'ont amenée, aujourd'hui, à orienter son regard vers les classes moyennes. La méthode de travail reste, quant à elle, rigoureusement la même. 

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Patama Roonrakwit, plus que la présentation de ses projets, préfère livrer au public sa fascination pour bidonville, autoconstruction, formes spontanées et architecture sans architecte. «Je travaille avec les pauvres depuis pas mal de temps et suis ébahie par la manière dont chacun arrive à construire», dit-elle.

A travers une série de photographies, elle présente un inventaire extraordinaire de constructions tantôt édifiantes, tantôt surprenantes. Ainsi, cette maison, «la plus petite qu'elle n'ait jamais vue» à Phnom Penh. «C'est une construction située sur le toit d'un ancien cinéma de la ville», préciste-t-elle.

Elle évoque aussi des quartiers autrefois riches ; profitant de leur proximité avec le canal, ils avaient attiré une population aisée. Depuis l'avènement de l'automobile, ces adresses sont devenues parmi les plus reculées. Un bidonville s'y est progressivement formé. Mumbai ou Bangkok sont aussi l'objet de curiosité ; plus encore d'un fin travail d'analyse. 

02(@CaseStudio)_S.jpgPatama Roonrakwit s'interroge aussi sur l'archéologie de ces constructions spontannées ou encore, leur devenir. Pour cela, elle s'en retourne au Japon, sur les traces d'architectures informelles, transformées, adaptées ou reconstruites. Tout est question, in fine, de regard, assure-t-elle.

Pour illustrer son propos, l'architecte présente la maison d'un sans-domicile-fixe à Osaka, une construction faite en cannettes et autres bouteilles. «Pourquoi regardez-vous cette maison ? C'est une maison de pauvre !» ; Patama Roonrakwit se rappelle l'étonnement de l'homme face à l'intérêt d'une architecte thaïlandaise pour son abris.

«J'ai montré cette maison en Thaïlande. Certains y ont vu un tas de détritus. Je suis retourné sur place quelques années plus tard. La maison n'était plus là. Elle avait été acquise par une galerie d'art. D'autres ont pu ainsi voir dans cette construction, une oeuvre», dit-elle.

Voilà qui témoigne des perceptions différentes. «Je cherche toujours à penser comme les autres même si on ne peut jamais réellement tout comprendre», dit-elle. Du reste, le meilleur moyen, selon elle, d'obtenir des informations est de collaborer avec... des enfants !

03(@CaseStudio)_B.jpg«Les adultes hésitent toujours à parler». Aussi, les enfants sont une mine d'informations. Enfin, Patama Roonrakwit esquisse sa méthode de travail. Voilà qui lui permet d'apprendre sur les «habitudes» de ces quartiers populaires. «J'ai cherché à comprendre pourquoi ces populations ne souhaitaient pas aller vivre dans des immeubles de grande hauteur», poursuit elle. Pouvoir vendre, au sein d'un tel complexe résidentiel, ses poulets grillés ou encore aller à la rencontre d'un moine pour lui donner à manger semblent des réflexes inenvisageables dans d'autres formes bâties.

04(@CaseStudio)_B.jpgLe travail avec les communautés exige donc, non pas des solutions radicales, mais des interventions plus ou moins sensibles. «Il s'agit d'amender sinon d'améliorer leurs conditions de vie», assure-t-elle. «Nous pouvons construire avec eux autre choses». Elle évoque alors la création d'allées dignes de ce nom au sein de bidonvilles, la transformation des façades, leur mise en couleur... Le tout selon, bien évidemment, «une approche participative».

Patama Roonrakwit sent toutefois le vent tourner. Cet urbanisme spontané – son parcours en est l'illustration – ne cesse de fasciner. Il attire à lui des étudiants, des chercheurs, des architectes... Aujourd'hui, animée d'un sain opportunisme, Patama Roonrakwit décide de remettre en question la notion de pauvreté.

«Que signifie être pauvre ?», s'interroge-t-elle, elle qui vit «encore» chez sa mère. «Aujourd'hui, à mes yeux, la classe moyenne relève d'une pauvrette informelle. Elle ne peut bénéficier ni des subventions, ni des allocations. Elle ne peut aussi obtenir la confiance des banques et des organismes prêteurs», dit-elle.

Alors, elle a engagé un projet pilote à l'image des TEN House réalisées par CASE-Japan en 2004, destinées aux classes moyennes :  «J'ai visité cette opération. C'était très différent d'un habitat pour les pauvres. Cela ressemblait plus à une programme pour classes moyennes supérieures ! Cela m'a sérieusement fait penser à nous en tant que 'pauvres informels'. Nous avons lancé TEN House Bangkok et avons décidé de construire sans passer par une entreprise de construction», explique-t-elle.

Toutefois, dans ce cas, aucune communauté ne préexistait pour supporter les travaux. Il s'agissait donc de trouver de futurs «coopérants» pour travailler selon les méthodes de la ville précaire.

Ainsi, à la rencontre d'une classe (moyenne) sans architecte, Patama Roonrakwit préfigure des réflexions qui mériteraient d'être abordées, par ailleurs, dans bien des contextes occidentaux. 

Jean-Philippe Hugron

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