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Compte-rendu | Gion Antoni Caminada, Suisse devant l'éternel (11-05-2016)

Un suisse. Encore un. Et plus puriste, cette fois-ci, que Peter Zumthor ? Gion Antoni Caminada a fait d'un village – le sien – son grand œuvre. «C'est un lieu d'expérimentations. Ceci étant dit, ce n'est pas un projet, c'est une façon de vivre», dit-il. Vrin, au cœur des Grisons réunit à peine 250 habitants. De hautes montagnes, de verts alpages et une petite route sinueuse. Le tout, au bout du monde... d'un autre monde.

Global Award | Suisse

«L'idée n'est pas de sauvegarder le caractère pittoresque du village», prévient Gion Antoni Caminada. Pour l'architecte, il est davantage question de la «valorisation» d'une «chaîne de savoirs». Il s'agit, en fait, pour cet homme de l'art, de faire survivre une communauté rurale.

Pour ce faire, il justifie son approche à force de références. Il y a bien des penseurs français – parmi eux, Henri Lefebvre ou Bruno Latour – mais aussi quelques auteurs autrichiens, maîtres de la répétition. «Elle est, après tout, la meilleure façon d'apprendre», dit-il.

A l'encontre donc d'une société de consommation qui appelle, sans cesse, le renouvellement, ce goût pour la permanence se révèle original. «C'est aussi le meilleur moyen de ressentir les changements de façon plus nette», précise-t-il.

02(@ECurien).jpgPour autant, Gion Antoni Caminada ne se dédouane d'aucune contemporanéité. Il évoque notamment volontiers les «forces sculpturales» qui habitent ses projets. Toutefois, le jeu de plein et de vide qu'il défend reste résolument maîtrisé et contenu.

Alors, est-ce à dire qu'il s'agit là d'une architecture suisse parmi les autres ? Pas tout à fait. «Notre travail repose sur un principe fondamental : dépenser le moins possible. Chaque projet est un défi pour les artisans locaux. Nous avons à cœur de travailler sans support industriel», assure Gion Antoni Caminada.

03(@ECurien)_B.jpgPour cet ancien charpentier formé, sur le tard, à l'architecture à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, «la technologie arrange tout comme peut le faire un poumon artificiel. J'ai compris que n'importe quel lieu permet la production de produits, de savoirs et de valeurs», assure-t-il. Il s'agit donc, pour lui, de s'approcher au plus près de ce qui l'entoure.

L'enjeu est aussi de maintenir sinon de créer des emplois sur place. «Ce qui est spécifique à Vrin doit être encore plus spécifique. Il nous faut sauvegarder les forces sur place», affirme-t-il. Aussi, ce village, plus qu'une entité construite relève dans les paroles de cet architecte d'une «communauté». «L'homme ne peut développer sa conception du monde qu'au contact des autres», soutient-il. Sa vision du métier n'en est que plus évidente : «Il n'y a aucune délimitation entre le travail et la vie», assure-t-il.

Sa volonté est alors d'amener chacun «vers un autre monde». La Suisse, si proche culturellement, si européenne et occidentale, paraît alors extrêmement lointaine. Hors du temps, Gion Antoni Caminada relate la disparition de ses parents, les cortèges funèbres dans la grand rue du village...et la nécessité pour ses habitants de disposer enfin d'une chambre funéraire qu'il construisit, il y a dix ans déjà; à quelques mètres de l'église.

04(@ECurien)_S.jpgD'une cabine téléphonique à une étable, d'un internat à un refuge... tout devient prétexte à une emprise locale et une quête culturelle. Peut-être est-elle aussi sentimentale. Même si Gion Antoni Caminada assure que «les atmosphères ne sont ni subjectives, ni affectives», comment ne pas s'interroger, du moins, sur les fondements de cette relation si intense avec un territoire...

Jean-Philippe Hugron

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