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Compte-rendu | Kengo Kuma, côté pile (11-05-2016)

La conférence donnée par Kengo Kuma avait l'ennuyante forme d'un catalogue de projets et de réalisations ; les diapositives laissaient même imaginer qu'elles avaient été préparées depuis longtemps et mises à l'épreuve de bien d'autres auditoires. Ceci étant dit, la remise d'un Global Award avait de quoi de surprendre et chatouiller la curiosité. En effet, la distinction couronne une approche oubliée, peut-être méconnue, que ce laborieux exposé a finalement illustré.

Global Award | Japon | Kengo Kuma

«Le monde commence à se réduire pour aller du grand vers le petit. L'humanité apprend à se priver des grands systèmes (comme l'énergie nucléaire) et nous-mêmes sommes en train de nous transformer, en nous servant utilement de nos mains et de nos ruses animales pour créer notre nid et notre énergie», écrivait Kengo Kuma en 2011, après la catastrophe de Fukushima.

Il y a là des contradictions qui pourraient irriter. Ce goût exprimé par Kengo Kuma pour le petit peut certes séduire. Il peut aussi interroger dès lors que son agence planche sur des projets de gratte-ciel et de stade olympique.

Il y a aussi des projets parfois polémiques qui peuvent éclipser les fondements d'une réputation. Deux FRAC notamment.

Toutefois, il y a désormais un Global Award. Voilà donc l'occasion d'ouvrir les yeux sur, peut-être, une production loin des projecteurs médiatiques.

L'architecte japonais a, pour ce faire, donné une belle occasion, lundi dernier, à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, de prendre connaissance de son travail.

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Dans son exposé, l'homme de l'art a retracé toutes les étapes de sa réflexion, avec, en propos liminaire, l'assertion suivante : «Je me suis toujours demandé comment concevoir après l'industrialisation et l'ère de l'acier et du béton».

Le séisme de 2011 a été, en ce sens, plus qu'une prise de conscience, le temps d'une vérification. «Nous sommes devenus arrogants en pensant que le béton pouvait résister à la nature», dit-il. Alors, sur les terres dévastées par le drame, l'architecte est allé voir quelques unes de ses réalisations. L'une, à moitié enterrée. L'autre, en bois, au pied d'une montagne.

Aucune photo récente n'atteste de leur état, mais, selon l'architecte, tout semble aller pour le mieux. Et pour cause, la relation au lieu était, à chaque fois, spécifique.

Voilà que, pour illustrer son propos, Kengo Kuma évoque aussi un musée qu'il a réalisé dans un autre petit village, au nord de l'archipel. Dédié à la construction en terre, l'équipement culturel devait être à même d'illustrer un art original de la construction. «Les artisans avaient oublié toutes ces méthodes», assure l'architecte. Ce projet fut donc l'occasion d'une 'réactivation'.

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Cloisons en papier de riz, murs en chaume, structures en bois ou en bambou, nombre de projets ont été l'opportunité d'expérimenter une alternative aux matières et techniques modernes.

Par ailleurs l'architecte invite même à se méfier des apparences et des effets d'image. A l'écran, un café Starbucks récemment livré à Tokyo. Le lieu présente un incroyable enchevêtrement de poutres : «Ce n'est pas de la décoration. C'est une structure !», lance-t-il.

L'inspiration est née de jeux d'enfants en bois mais aussi de techniques plus complexes, notamment celle dite des «joints de l'enfer».

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Dès lors, à travers bien des réalisations, l'idéal de Kengo Kuma se dessine progressivement. Il serait question de ne pas voir l'architecture comme un progrès sans fin, ni limite. Le regard se porte davantage sur la nature mais aussi le passé et ses techniques éprouvées.

«Je suis né dans une petite maison de bois. Une maison très flexible que nous avons agrandie avec le temps, dont nous pouvions modifier les cloisons très facilement. Je me souviens encore de l'odeur de la maison, évidemment très différente de celle d'un appartement en béton. J'allais dans une école primaire en bois également, comme il n'en existe pratiquement plus aujourd'hui. Je veux vraiment retrouver le Tokyo d'avant la Seconde Guerre Mondiale, une ville qui avait une silhouette basse avec une activité étonnante dans les rues. C'est la base de la culture japonaise», dit-il.

Voilà une belle nostalgie qui pourrait bercer un public conquis. Pour autant, la question demeure. Rattrapé par le star-système, l'exportation à outrance et la consommation effrénée de «signatures architecturales», comment Kengo Kuma ne pourrait-il céder qu'à cette soudaine mélancolie ?

Jean-Philippe Hugron

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