tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Compte-rendu | Patrice Doat, la classe avant tout ! (11-05-2016)

Un enseignant plus qu'un architecte. Le Global Award fait montre, une nouvelle fois, d'ouverture pour sa dixième édition. En récompensant Patrice Doat, le jury a pris le parti de saluer l'association CRAterre créée en 1979 et le travail de recherche et de promotion de la terre mais aussi une forme salvatrice d'enseignement.

Global Award | France

«Hola !», lance Patrice Doat. Ses étudiants, en nombre, lèvent les bras et répondent à l'appel. «Pour éduquer les gens, il faut leur faire fermer les yeux 40 minutes», assure-t-il.

Ironie du sort, il les fit ouvrir, gros et grand. «Dessinez d'abord avec la main un carré. Dessinez ensuite, avec l'autre main, un rond. Enfin, dessinez simultanément un rond et carré avec les deux mains... c'est comme ça que nous sélectionons nos étudiants à Grenoble», sourit Patrice Doat face à une assemblée conquise par l'exercice.

«Comment enseigner à nos étudiants ? Comment innover dans ce domaine ? Comme apprendre par l'expérimentation ?». Voilà résumées les principales questions posées lors de cette conférence aux allures de performance.

«En quarante ans de travail, je retiens la difficulté de monter un laboratoire de recherches. Plus encore, la difficulté de diffuser le savoir. J'ai donc fait créer en 1998, à l'UNESCO, une chaire 'architecture de terre, cultures constructives et développement durable'. Depuis, nous intervenons dans 44 pays», dit-il.

Aujourd'hui, après ces batailles menées des décennies durant, l'architecte veut avant tout parler d'enseignement... en somme, une autre diffusion qui semble, peut-être, de par trop malmenée. Alors, Patrice Doat réfute toute pédagogie scolaire. «Il faut dérouter et secouer», dit-il.

02(@ENSAG)_S.jpgEn guise d'exercices, Patrice Doat préconise, dès les premières heures passées sur les bancs de l'école, de faire faire plan, coupe et élévation de la cathédrale de Chartres, de faire dessiner les sept merveilles du monde et de faire tracer le plan du village de Kirikou et la Sorcière pour finir par le portrait d'un mouton à cinq pattes.

«L'impossible est possible», assure-t-il. Autant que de retourner un œuf dans un verre sans l'aide des mains. «Il faut décomplexer l'étudiant en l'incitant à laisser aller son imaginaire, en sollicitant la créativité, de la plus ciblée à la plus débridée», dit-il.

Alors, il faut, à ses yeux, «introduire des méthodologies où il est fait recours à la dimension ludique et au travail». Comment donc ne pas rire d'un exercice visant à faire atterrir en douceur un œuf jeté dans le vide à 30 mètres au dessus du sol ? «Chacun devait, bien évidemment, imaginer un dispositif pour protéger l'oeuf», explique-t-il. A l'image, parachutes et armures high-tech.

Habiller le corps, plier la feuille, réflexions sur les entrelacs de l'art islamique, apprentissage de la géométrie sont les étapes longuement décrites par l'enseignant. Enfin, connaissances acquises, il s'agit de laisser les étudiants expérimenter la construction par le faire : construire avec du sable, avec des brique... Et ce, parfois à l'ombre de Wang Shu dont les relations avec CRAterre ont déjà six ans d'âge.

03(@DR)_B.jpgEnfin, il s'agit de «bâtir avec ce que l'on a sous les pieds !». «A partir de rien, nous expliquons comment sortir la matière de terre. On rentre alors dans la passion», affirme Patrice Doat.

In fine, il ressort de toute cette pédagogie – aujourd'hui menacée, semble-t-il – un éloge à la simplicité. Plus encore, au plaisir. Le tout, «pour rendre heureux».

Pour toujours ?

Jean-Philippe Hugron

*Wang Shu a créé avec une équipe CRAterre un labo Terre sur le campus de Xiangshan à Hangzhou au nom de la construction cyclique qu'il y enseigne. Le nouvel équipement a pris place dans un bâtiment conçu par Wang Shu et Lu Wenyu, premier bâtiment public chinois réutilisant le pisé.   

Réactions

Dev | 12-05-2016 à 09:27:00

Un enseignant atypique, loin des grandes théories universitaires. L'enseignement par le pratico-pratique, la manipulation des matériaux, voilà ce qui devrait être mis d'avantage en valeur dans le cursus des étudiants en architecture.

JFD | Chef | Antony | 12-05-2016 à 08:58:00

Je retiens surtout de l'intervention de Doat un incroyable numéro de bateleur et de manipulateur de foire, qui l'amène à ridiculiser sur scène Jana Revedin et Guy Amsellem, notamment. J'ai trouvé sa prestation révoltante, et son numéro d'emprise particulièrement déplacé. J'ai quitté la salle au bout de quelques minutes.

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Portrait |DATA, de Christian Hauvette à l'OMA

Hommes des années 80. «Provinciaux», dixit Léonard Lassagne. Lui est Stéphanois, le second - Colin Reynier -, Carpentrassien. A l'orée de la trentaine, le duo a créé en 2010 son agence, DATA (pour...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Marina Tabassum, une architecte à Dacca

Lauréate du Prix Aga Khan 2016 pour la mosquée Bait-ur-Rouf située à Dacca, Marina Tabassum dessine les contours d'une pratique originale de l'architecture au Bangladesh, loin des majors de la construction et autres grands...[Lire la suite]


elzinc novembre

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Fernando Higueras, un brutaliste en l'île

A l’heure où l’architecture peut se limiter à quelques effets de façade – peut-être le seul espace de liberté d’une profession – les regards se tournent, nostalgiques, vers le...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Samuel Delmas, archi-sensible

Crèches, unités psychiatriques, centres de formation… En somme, des programmes de la banalité. Samuel Delmas transmue ce quotidien en espaces de qualité. Son art est, de fait, précis. Il repose sur «le...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Rifat Chadirji, architecte en noir et blanc

Bagdad, aussi inconnue que méconnue. Des années de conflits armés ont détourné architectes, historiens et photographes d'une capitale moderne dont Rifat Chadirji en fut l'un des plus éminents acteurs....[Lire la suite]