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Présentation | Un Musée Palestinien ! (18-05-2016)

La politique par la pierre. Le premier réflexe d'une nation est souvent d'ériger un musée à sa gloire, un «musée national». Tel fut le cas au XIXe siècle mais aussi au XXe siècle, tout comme aujourd'hui encore, non loin de Ramallah, par exemple. En effet, un musée palestinien y a été érigé pour signifier l'existence d'une patrie aux yeux du monde ; un édifice sans grandiloquence mais riche de symboles, le tout signé par l'agence irlandaise Heneghan Peng Architects.

Culture | Pierre | Moyen Orient

Il aura fallu vingt ans pour que ce musée souhaité sur les hauteurs de Birzeit par la Taawon-Welfare Association, une ONG privée, voit enfin le jour. Initié en 1997, ce projet devait célébrer les cinquante ans du Nakba, terme qui, littéralement, signifie le désastre et désigne l'exode massif de 700.000 palestiniens en 1948, suite à la première guerre israélo-arabe.

Il aura également fallu l'aide de mécènes et de généreux donateurs palestiniens et arabes pour financer les 24 millions de dollars de ce grand projet d'initiative privée.

A quelques heures de l'inauguration, la joie est donc de mise et l'optimisme, de rigueur. Toutefois, la nouvelle institution ouvrira ses portes sans proposer aucune exposition. Et pour cause, «nous ne pouvons rien ramener sauf sous couverture consulaire, ce qui signifie qu'il sera toujours problématique de faire venir et d'échanger des objets», explique Omar Al Qattan, conservateur du musée, au quotidien moyen-oriental anglophone The National.

04(@AlaaAbuAsad)_B.jpgCe contrôle des autorités israéliennes n'est pas, non plus, sans avoir été étranger au retard pris par le projet. «Des panneaux lumineux autrichiens pour signaler des issues de secours ont été refusés […], un système de protection d'origine anglaise a vu son prix doubler lors de l'importation alors qu'un fournisseur israélien a introduit en contrebande des portes coulissantes. Le paysagiste jordanien n'a également jamais réussi à obtenir son visa... ». Voilà autant d'exemples relayés par Oliver Wainwright.

Dans son article du 17 mai 2016, le critique du Guardian, insiste donc sur ce défi mais aussi sur le symbole architectural que constitue ce projet. Il rappelle alors que la constitution d'une collection n'est pas la priorité de cette institution ; «nous ne voulons pas réunir les oeuvres les plus précieuses de Palestine au risque qu'elles soient l'objet de problèmes voire qu'elles soient confisquées par les Israéliens. Ce lieu n'est absolument pas le récipiendaire d'un patrimoine national», explique Omar Al Qattan au quotidien britannique.

02(@PalestinianMuseum)_S.jpgEn attendant, le conservateur assure au New York Times que les prochaines expositions exploreront «les significations culturelles du martyr, le débat sur ceux qui habitaient les premiers ces territoires et si cette question fait sens d'un point de vue historique ou encore, porteront sur le départ de minorités religieuses ou ethniques».

Pour l'heure, le vide ne laisse pas d'étonner. Toutefois, sur les collines de Birzeit, l'incroyable origami de pierre, émanation des courbes de niveau du site, expose aux yeux du monde un exploit, sinon l'expression d'une communauté nationale palestinienne. Une date dans l'Histoire.

Jean-Philippe Hugron

03(@PalestinianMuseum)_B.jpg

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