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Exposition | En Corée, la survie de l'architecte (01-06-2016)

Le front sud-coréen n'est certainement pas sa triste frontière avec son délirant voisin nord-coréen. Non, le front, là bas, c'est la norme ! La règle urbaine ! Celle avec qui l'architecte se bat quotidiennement. Le Pavillon coréen fait toutefois une lecture particulière de ce combat acharné. Il le présente tel un jeu, le «Far Game». In fine, c'est un peu, encore et toujours, la même rengaine : de la contrainte naît la créativité... mais, au-delà, il en va de la survie d'une profession. Explications.  

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FAR est l'acronyme pour «Floor Area Ratio»... grosso-modo un COS. «Ce terme semble faire partie du jargon professionnel. En Corée, il n'en est rien ! Tout le monde connaît le FAR. Faites un test sur un moteur de recherche et vous verrez...», affirme Sung Hong Kim, commissaire du pavillon coréen, au Courrier de l'Architecte.

Sur les murs, des statistiques à n'en plus pouvoir. Des graphiques, des diagrammes, des schémas... «la croissance compressée», «la polarisation des typologies», «le ratio de travailleurs indépendants»... le plus souvent, rouge sur fond blanc, totalement illisibles.

Au centre, des maquettes accompagnées de leurs fastidieuses explications. La compréhension est d'autant plus difficile, que «les règles du jeu» appellent des mécanismes complexes. Retraits, limites de parcelle, hauteurs, cône de visibilité... mais aussi parking, loggia...

Tout cela semble exiger des architectes bien des stratégies qui sont ici présentées comme autant de «tactiques»... «volumétriques», «planimétriques» ou encore «sectionnelles».

03(@ACK)_B.jpgLe jeu est d'autant plus ardu que la valeur d'une construction n'est rien à côté du prix du foncier. Sung Hong Kim l'explique volontiers ; à Séoul, un édifice n'est jamais observé pour sa qualité mais pour son adresse.

De fait, l'espace se réduit et le «FAR Game» devient d'autant plus terrible qu'il implique des jeux de compensation. La création d'une loggia – non comptabilisée par les autorités – permettra la création d'un autre volume au sein du même immeuble. Cette même loggia peut ensuite devenir un espace capable que quelques habitants pourront – parfois illégalement – fermer pour agrandir leur maigre unité d'habitation.

«Savoir jouer à ce jeu est une question de survie, lance Sung Hong Kim. Y compris pour les architectes». Pour s'expliquer, le commissaire invite à regarder de plus près quelques photographies de Séoul.

02(@YJung)_S.jpgAu premier plan, l'observateur verra un fatras de construction «sans architecte». Plus loin des ensembles de barres. «C'est la République des Appartements», indique Sung Hong Kim. En paraphrasant le titre de la recherche de Valérie Gelézeau, géographe française, il évoque ces énormes complexes immobiliers destinés à une classe moyenne supérieure : «Il y a eu, pour ce projet, tout au plus, deux architectes», sourit-il.

L'homme pointe ensuite l'improbable méli-mélo de maisons et autres petits immeubles du premier plan : «le travail pour les architectes est ici, dit-il. Le FAR Game doit devenir un jeu qualitatif». Il s'agit donc d'amener l'architecture là où il n'y a que «construction».

04(@KyungsubShin).jpgFinalement, cette exposition qui semblait être une fastidieuse présentation d'un système normatif se révèle exposer l'enjeu d'une profession en Corée. «Nous avons, jusqu'à il y a peu, l'habitude de construire ces grands ensembles, souvent bien plus rentables pour ses promoteurs. Toutefois, nous nous dirigeons, petit à petit, vers un travail de rénovation où les architectes ont tout à gagner», dit-il.

La complexité réglementaire serait donc une chance pour le métier... du moins, vue de Corée. In fine ce pavillon reste malgré tout une belle campagne de promotion pour plus d'architecture.

Jean-Philippe Hugron

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