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Actualité | Lumière dans la jungle de l'absurdité, le Pavillon péruvien (01-06-2016)

Le Pavillon péruvien, couronné d'une mention spéciale par le jury de la XVe Biennale d'Architecture de Venise, a le double mérite de présenter une initiative généreuse et par la même de souligner l'absurdité du monde... Bref, de l'architecture parfois sur le front de l'obscure bêtise !

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 | Education |

Pour découvrir le Pavillon péruvien, il faut, à l'Arsenal, monter un étage... puis s'enfoncer dans un sombre couloir... Sur les noirs panneaux de tissus qui enserrent le passage, quelques images hallucinées de plantes exubérantes, quelques visages d'indigènes... Voilà qui laisse penser à une plongée dans un autre monde.

Arrive ensuite un fatras de chaises suspendues... enfin, il est question d'architecture, plans et maquettes en attestent. Il s'agit de découvrir là le «Plan Selva», littéralement le «Plan Forêt», une initiative du gouvernement péruvien visant le développement de territoires souvent déshérités de toutes attentions, en particulier la forêt amazonienne laquelle couvre près de 60% du pays.

«C'est un projet qui repose sur un changement de paradigme. Nous sommes volontairement loin de la vision occidentale de la préservation de la forêt, celle qui prône la constitution de parcs naturels laissant les 'bons sauvages' dans leur état premier», indique Jean-Pierre Crousse, co-commissaire de l'exposition avec Sandra Barclay et José Orrego. Ainsi plus que la réclusion, l'ouverture !

Ceci étant dit, le Pérou a toujours considéré la forêt comme un espace marginal voir comme une frontière. La zone est délaissée même si elle fait l'objet de convoitises pour ses ressources en matières premières. «C'est la région la plus pauvre du pays. On y compte pas moins d'un million et demi d'habitants et 47 langues différentes. En tout 15.000 écoles existent sur ce territoire dont beaucoup n'ont ni égout, ni électricité... voilà notre front !», explique-t-il au Courrier de l'Architecte.

L'enjeu n'est pas d'acculturer ces populations mais de créer un zone de rencontres entre occident et Amazonie. «Nous avons beaucoup à apprendre de ces populations. Une grande partie des plantes utilisées pour la recherche médicale contre le cancer vient, par exemple, de la forêt. Ce projet ne cherche donc pas à appauvrir ces cultures mais à les aider à conserver leurs identités et à leur offrir de plus grandes opportunités pour éviter tout phénomène d'exode vers les villes», poursuit-il.

02()_B.jpgL'enjeu est alors à «la transculturation». Pour ce faire, des écoles ! Le Plan Selva est donc, ni plus, ni moins, un vaste projet éducatif mais aussi architectural. L'ambition est de créer ici et là, y compris dans des zones particulièrement reculées, de nouveaux équipements pédagogiques.

Onze architectes, tous formés à l'Université Catholique du Pérou, tous anciens élèves de Jean-Pierre Crousse et Sandra Barclay, ont rejoint le ministère de l'éducation pour mener à bien ce projet. Tous avait fait partie du programme des «brigades aux frontières», ces groupes d'étudiants et de jeunes architectes allant onstruire quelques modules en urgence pour améliorer les conditions de vie de ces populations.

«C'est un engagement fort !», assure le co-commissaire de l'exposition. Une carrière de fonctionnaire n'est, au Pérou, ni valorisante, ni très lucrative, sauf à avoir, peut-être, des visées politiques. «Tous travaillent ici par vocation», répète-t-il à l'envi.

«Beaucoup ont abandonné leur travail pour rejoindre cette équipe. C'est un choix d'autant plus remarquable que le Pérou est un pays en plein essor où il n'est pas si difficile d'accéder à la commande», rappelle Jean-Pierre Crousse.

04()_S.jpgDe ce combat est donc né un concept, «un kit modulaire» permettant de créer rapidement des écoles adaptées à tous types de situation. Plans et schémas exposés présentent très clairement le dispositif qui s'avère des plus simples. Toutefois ces documents laissent à penser que la structure est métallique... Curieux choix en pleine forêt. «Ils avaient tout d'abord pensé travailler avec des matériaux locaux mais construire en bois aurait été faire la promotion de l'abattage des arbres», explique-t-il.

03()_B.jpgLe Pérou est pourtant, en la matière, exportateur d'essences plus ou moins rares. «Certes. Le bois est destiné à l'exportation mais il fait l'objet d'une certification très stricte. Si nous avions voulu construire en bois, il aurait fallu abattre les arbres sur place, les amener à Lima pour les faire certifier puis les faire revenir...», dit-il. A ce voyage absurde imposé par la norme, le choix de l'acier relevait donc du bon sens.

Depuis, dix écoles ont déjà été livrées il y a quelques jours. Soixante-dix sont en chantier. «L'accès aux sites est parfois difficile... les ponts sont écroulés, les routes défoncées... C'est un peu Fitzcaraldo !», sourit Jean-Pierre Crousse.

L'initiative est longtemps restée méconnue du grand public avant qu'elle ne soit promise pour Venise. El Commercio, l'un des plus grands quotidiens du pays, est l'un des partenaires du Pavillon péruvien. Il a donc largement rendu compte de ce vaste projet qui, semble-t-il, a reçu, depuis, la faveur populaire. Reste à savoir si le Plan Selva fera l'objet d'un consensus politique et si les élections présidentielles du 5 juin prochain n'y mettront pas un terme... A suivre !

Jean-Philippe Hugron

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