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Opinion | 'Le pavillon du pays qui n'existait pas' par Tarik Oualalou (08-06-2016)

Tarik Oualalou, commissaire du premier pavillion du Maroc à la biennale de Venise en 2014, partage son étonnement au Courrier de l'Architecte après avoir constaté la présence d’un «pavillion  du Sahara Occidental» dans les Giardini. Il dénonce une prise de position politique fantasque et dangereuse.

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 | France | Tarik Oualalou

Quand l’engagement n’était pas un style mais une cause. Cette Biennale devait être Notre Biennale. Celle d’une architecture qui s’ancre dans le monde, qui ne refuse pas son engagement politique, son inscription dans une dimension sociale et humaine, et qui veut vivre dans une économie réelle. On ne peut qu’être d’accord avec la position du commissaire, Alejandro Aravena, dans son ambition de partager sa trajectoire intime et personnelle, de rechercher dans le monde des échos et au fond d’essayer de constituer une scène alternative. Mais cette mondialisation trop rapide d’un discours se fait forcément en approchant les sites et les situations de manière générique, faisant disparaitre ce qui fait la nature de l’engagement : la connaissance des territoires. Nous sommes pris en otage d’une architecture bien pensante qui fait disparaître la dimension critique du projet et qui fabrique une écriture qui esthétise les stigmates de la misère humaine. On peut alors tout dire, tout montrer, tout falsifier pour autant que l’on se donne l’apparat de la Résistance.

02(@TommasoBernabo)_S.jpgAngélisme et naiveté. Quand le commissaire et la biennale proposent la réalisation d’un pavillon pour le 'Sahara Occidental' dans les Giardini, nous ne sommes plus dans la pensée critique et résistante mais dans un projet instrumentalisé de propagande. Je m’explique. Pour avoir moi-même assuré le commissariat pour un pays, je peux témoigner de la très grande précision de la charte de la Biennale dans la relation diplomatique et bilatérale que constitue la création d’un pavillon national. Il va s’en dire que cela se fait avec des pays existants… reconnus… et légitimement représentés. En d’autre termes, je n’aurais pas pu réaliser le pavillon de la république indépendante Vénitienne ou Tessinoise. La notion d’un état du Sahara Occidental est une fantaisie dangereuse sans base historique, qui s’est simplement infiltrée dans le processus de décolonisation du Maroc. Ici des populations sahraouies qui vivent dans des conditions infamantes, littéralement prisonnières dans des camps en Algérie et privées des droits les plus fondamentaux, sont prises en otage dans un projet personnel dont on a du mal à comprendre et la légitimité et la pertinence.

03(@TommasoBernabo).jpgAmbiguité ou ambivalence ? Il est nécessaire de parler de tout et l’étude architecturale de ces camps de réfugiés est un sujet passionnant. Il faut néanmoins le faire de manière savante et équilibrée et pourquoi pas… architecturale. Cette installation, volontairement indépendante du pavillon central, joue seulement de l’ambiguïté de son positionnement. Le responsable de ce «pavillon», Manuel Herz, affirme que cette «ambiguïté n’est pas un accident» mais un geste politique assumé. Par qui ? A vouloir forcer l’architecture dans une dimension politique caricaturale, on en oublie parfois de faire de l’architecture.  

Tarik Oualalou

Réactions

architecte marocain | 13-06-2016 à 23:11:00

Vous le dites tout simplement : les résolutions de l'ONU qui exigent depuis de très nombreuses années que le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination...donc il n'ya jamais eu de référendum d'autodétermination, comment pouvez vous amputer un pays d'une de ces parties en disant que c'est un état a part dans ce cas! il ne suffit pas de parler avec élégance pour que ces dires soient étayés! le sahara était marocain bien avant la colonisation par l'Espagne, et de nos jours la population et les villes qui s'y trouvent vivent en toutes quiétudes et ce sont des sahraouis! comment vous convaincre qu'une poignée de personnes vivant dans des camps dans un autre pays peuvent légitimement décider pour un demi million d'habitants d'une zone grande comme la moitié de la france?

tuiza | professeure | Suisse | 13-06-2016 à 16:36:00

Qui aurait cru qu'un travail de la qualité de Manuel Herz et de son équipe aurait déclenché de telles véhémences partisanes au lieu de reconnaître que cette proposition s'ancre dans une architecture du refuge et de la dignité, de la précarité et de l'espoir. C'est ce qui donne cette atmosphère tout à fait particulière aux camps de réfugiés sahraouis.On ne peut qu'attendre avec impatience de se rendre à Venise pour reconnaître l'intérêt manifeste d'une collaboration soutenue entre les architectes et la société civile réfugiée, ici l'union nationale des femmes sahraouies. Rappelons que la République arabe sahraouie démocratique a 40 ans cette année. Elle fait partie de l'Union Africaine et aucun pays n'a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. Qui ne connaît pas les résolutions de l'ONU qui exigent depuis de très nombreuses années que le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination soit respecté. Il ne s'agit pas ici de propagande mais tout simplement du respect du droit international.

Absolu | Arcehitect | Maroc | 10-06-2016 à 16:56:00

On a jamais lu de "politique" dans la production architecturale marocaine (c'est pas au programme ..) Si l'on m'avait fait la commande je n'aurais pas réagit avec un projet aussi "insolite" ou alors avec une touche "Bling-Bling" arabo-andalouse .. Bravo pour le concept, sobriété, percussion du message .. ça accroche et "ça" en impose !
Dans l'espoir que le Maroc sache profiter de l'enseignement du Désert et assimiler le génie du Lieu et de ses habitants ..

mounir | architecte | rabat | 09-06-2016 à 18:00:00

J'interpelle les personne critiquantes de l'article de se pencher dans les livres de l'histoire du Maroc pour comprendre qu'un pays qui a plus que 1000 ans d'existance n'a jamais existé sans le Sahara, et que plusieurs dynasties qui ont régnés sont venu de ce territoire sans oublier que beaucoup de tribus ont migrés du sahara au centre et vice versa, venir comme ça et comparer le Maroc à israel et le taxer d’occupant émane d’une stupidité et d’une ignorance profonde, moi je suis d’une famille d’où les origines sont de cette terre de Sahara et avant meme l’independance du Maroc les tribus du Sud prêtaient allégeance au Sultan du Maroc , allez vous instruire s’il vous plait …allez lire sur l’histoire de la résistance marocaine au Sahara, depuis Maeelainin et Mrebih rebou jusqu’ a la fin du protectorat

Karim | Architecte | 09-06-2016 à 17:10:00

Il faut toute raison garder face à ce drame humain qui dure depuis des décennies : le Maroc à été colonisé par l'espagne dans sa partie nord aussi. Pourquoi quand le colonisateur s'est retiré le nord n'a pas demandé d'être un état indépendant aussi? Il faut opposer arguments et contre-arguments sinon on avance pas. La personne qui dit qu'elle a visité laayoune et Dakhla qui sont dans le territoire objet du litige: quelles étaient vos sensations ? Croyez vous que cette population veut son indépendance ? Si non qu'elle est la taille de la population exilée dans les camps? Représentent t;ils vraiment une large frange?

Manuel Herz | 09-06-2016 à 15:20:00

Il semble y avoir un schéma récurrent: L'auteur du texte refuse de reconnaître aux Sahraouis le droit de parler pour eux-mêmes, et l' (anonyme) "humaniste" me refuse le droit de parler. Très révélateur ... Oui, j'ai construit en Israël, mais cela ne m'empêche pas d'être très critique de la politique israélienne. Contrairement à l'auteur de cet article qui semble avoir perdu son sens critique, et semble prendre une position néo-coloniale.

François de Font-Réaulx | 09-06-2016 à 13:52:00

Tant d'erreurs dans cet article cherchent à masquer la réalité du conflit. Pour n'en citer qu'une seule: étant parti en février 2016 dans les camps de Bojdour, el Aaiun et Dahkla, ainsi que leur capitale Rabuni afin de travailler avec l'Union Nationale des Femmes Sahraouies, je peux vous affirmer que non seulement leur situation est loin d'être celle de "prisonnières" de l'Algérie ( selon l'expression de Tarik Oualalou) ; mais encore, je me permettrai de préciser que ce projet a été réalisé en collaboration avec ces femmes, leur permettant de s'exprimer au grand jour!
Rappelez-vous aussi que l'Algérie a accueilli la population Sahraouie depuis 1975 et lui a offert la possibilité de se développer malgré leur exil, en attendant de retourner au Sahara Occidental et le tant attendu referendum d'autodétermination.

humaniste ! | Architecte | Paris | 09-06-2016 à 13:38:00

une telle comparaison est inacceptable , la colonisation espagnole la vrai est à l'origine de ce conflit identitaire, et l'histoire du Maroc ne commence pas par la décolonisation comme celle de la Palestine n'as pas commencé par la colonisation je vous invite monsieur Herz à faire une vrai recherche sur le sujet au lieu de pondre un objet aussi anecdotique que banal et immoral, qu'est cette tente du réfugié.
Et votre pseudo humanisme ne va pas avec vos projets réalisé en israél, donc la Palestine s'il vous plaît vous êtes le dernier architecte qui devrais en parler.

Manuel Herz | 09-06-2016 à 11:32:00

Quel rapport! Ceci est la position typique d'un occupant disant que lui seul a le droit de parler au nom du peuple qu'il occupe. Comme Israël qui dit que lui seul peut parler au nom des Palestiniens et ainsi s'opposant aux Palestiniens de parler pour eux-même. Le Sahara Occidental n'est PAS le Maroc. L'occupation par le Maroc n'a jamais été acceptée par les Nations Unies. La naïveté semble venir de l'auteur de cet article.

vraiement? | privé | Suisse | 09-06-2016 à 08:40:00

Qu'est-ce qu'il en est de toutes les résolutions de l'ONU concernant ce pays sois-disant inexistant? Fantasque? Vraiement?

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