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Chronique | Battre Pavillon français... (08-06-2016)

L'heure du «bashing» est-elle arrivée ? Il est peut-être de bon ton de critiquer encore et toujours le Pavillon français de la Biennale de Venise... mais le faut-il, cette année aussi ? Si les présentations liminaires laissaient craindre un indigeste fourre-tout, les «Nouvelles Richesses» présentées à Giardini sont finalement une belle exposition d'architecture, un peu sage, certes, mais loin du fiasco annoncé. En tout cas, elle illustre parfaitement le pays comme il va.

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 | France

Il y avait au départ, un sujet bateau : «Les Nouvelles du front»... Alejandro Aravena en appelant à la présentation de «succes stories» laissait le titre de sa biennale sans problématique. A chacun donc de l'interpréter tant bien que mal.

L'Institut Français qui organise le Pavillon français  s'est décidé, suite à un «concours» jugé par un «jury» (un terme paraît-il «pompeux»*), à confier l'événement à Obras, grand prix d'urbanisme, et aux AJAP 14 qui ont défendu l'idée de présenter des architectures «d'intérêt public» sous l'appellation «Nouvelles Richesses». Beaucoup se sont montrés, aux premières heures, réservés, circonspects voire même ouvertement critiques..

En effet, la problématique se révélait peu intelligible. Peut-être, est-elle même, inexistante. Plus que de s'embarrasser d'une question pour tenter d'y répondre, ce prestigieux groupe a préféré, plus que la démonstration, la monstration.

03(@SophieScher)_S.jpgDirection Venise donc. L'ennuyeuse colonnade du Pavillon français franchie, chacun peut alors découvrir un premier espace : bitume au sol et panneaux publicitaires aux murs. Aïe... retour en force de la France moche ? Si jusqu'à présent Frédéric Bonnet (Obras) s'en était défendu, voilà une scénographie qui engage le visiteur à s'interroger.

De part et d'autres, trois salles adjacentes présentent des projets, le tout dans une atmosphère beige, ou du moins, 'ton pierre'... élégante mais un peu austère. Bonjour tristesse.

Au-delà de la forme, des projets sont finement présentés à force d'images, de sons et d'entretiens. Le Pavillon français expose l'invisible, à savoir ces petites opérations méconnues d'architectes qui exercent hors des sentiers médiatiques.

Transformations de logements sociaux avec de petits moyens, urbanisme dans villages reculés, programmes rares (granges, étables...) ... le Pavillon français expose ces lieux où l'architecte n'est parfois pas attendu.

Certes, les photos ont été prises l'hiver, les arbres sont dénudés, le ciel plombé...et rien ne transpire la joie ou le bonheur. Il y a là, pourtant, parmi ces projets, de géniales pépites ! Mais la présentation transpire le labeur et la difficulté plus qu'aucun autre sentiment.

Aussi, si l'on éclipse la controverse du choix originel, ce pavillon est digne. Loin des manipulations politiques de l'Allemagne ou de l'angélisme de l'Autriche, il présente «un» front architectural.

Plus que le Pavillon espagnol, désigné Lion d'or par le jury de la Biennale, l'exposition française ne détourne pas le visiteur de problématique «professionnelle» par un trop plein d'esthétisme. Il y a donc là, une vérité tangible.

Toutefois, à trop vouloir bien présenter, le Pavillon français finit par trop bien représenter. Aussi, il incarne – malgré lui ? – ce climat tristounet, un tantinet morose, d'un pays qui malheureusement prend l'eau. A quand le rire et la bonne humeur ?

Jean-Philippe Hugron

*Lire à ce sujet notre article : La lacune de Venise et les nouvelles du front... institutionnel

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