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Livre | Pourquoi l'informel est-il il séduisant ? Bruno Zevi aurait trouvé la réponse (22-06-2016)

Pour bien faire, il faudrait aller voir l'exposition constellation.s présentée à Bordeaux du 2 juin au 25 septembre 2016 à Arc-en-Rêve, avec, sous le bras, les Dialectes architecturaux de Bruno Zevi récemment publiés aux éditions du Linteau(1). En effet, ce texte paru pour la première fois en 1996 retrace les rapports entre l'architecture vernaculaire et l'architecture savante, une problématique ô combien présente dans le débat architectural contemporain.

France | Bruno Zevi

En 2016, les expositions sur les architectures spontanées, vernaculaires, temporaires sont légion. A Venise, la réactivation des techniques traditionnelles et leur actualisation sont également défendues, lors la XVe biennale, par nombre d'architectes.

D'aucuns regardent alors avec curiosité les villes éphémères en Inde, les bidonvilles ou encore les campements de réfugiés. En somme, voilà un retour fracassant de «l'architecture sans architectes», celle-là même que Bernard Rudofsky avait étudiée dans nombre d'ouvrages publiés au détour des années 70.

Ceci étant dit, comme tout serait affaire de cycle et de recommencement du même, il n'y aurait rien de surprenant à voir ce thème réapparaître quelques décennies plus tard. Sauf qu'il serait trop facile de se retrancher derrière une telle affirmation qui n'expliquerait en rien cette soudaine appétence pour un sujet.

Aussi, pour trouver l'explication, il faut sans doute s'en remettre à la fine analyse que Bruno Zevi a livré dans ses Dialectes architecturaux. L'un des chapitres, en effet, s'intitule «architecture without architects».

Bruno Zevi y rapporte les termes de Bernard Rudofsky : «en survolant les cinquante premiers siècles, les chroniqueurs nous présentent un appareil d'architecture 'formelle', une façon arbitraire de nous introduire l'art de la construction, comme si l'on datait la naissance de la musique à partir de l'avènement de l'orchestre symphonique».

02()_B.jpgEn somme, voilà «une approche discriminatoire» de l'architecture qui a engendré, en réaction, l'observation des cavernes, des troglodytes ou encore des taudis...

Bruno Zevi y voit une «action de désacralisation» également insufflée au même moment par Robert Venturi à travers Learning from Las Vegas.

«A l'époque de la révolte étudiante, de jeunes Américains et de jeunes Européens, à peine débarqués à l'aéroport de Fiumicino, traversaient rapidement la ville sans même s'arrêter pour contempler les ruines romaines, Michelangelo, Borromini, les places baroques : ils couraient vers les zones des taudis et des baraques, souvent adossés aux antiques aqueducs. Là, pour eux, se trouvaient la vitalité et la vie, une réalité existentielle, dans tous les cas, plus effervescente que celle de la vieille ville monumentale», écrit-il.

Bruno Zevi rapporte également les propos Piero Pierotti, urbaniste et historien, qui voit dans les bidonvilles un «exemple singulier d'urbanisme démocratique» : «les habitants ont opéré en réalité dans un régime de pleine disponibilité des surfaces et n'ont pas du se soumettre à des contraintes de plan régulateur».

Sans faire l'apologie du bidonville, Piero Pierotti précise que cette forme marque toutefois «la limite au-delà de laquelle la société technique de consommation ne permet ni liberté, ni capacité d'initiative, en obligeant à déléguer ses propres possibilités créatives à l'élite culturelle».

Voilà qui pourrait désormais avoir toute son actualité. Si le carcan théorique moderne avait pu entraîner, par opposition, un désir chez de jeunes étudiants de basculer dans l'informalité, le corset réglementaire actuel introduit, en réaction, ce même mouvement.

Au-delà, c'est aussi le starsystème architectural où les mêmes noms s'interchangent de par le monde qui laisse émerger de nouveau ce culte de l'architecture sans architectes...sans auteurs!

Jean-Philippe Hugron

(1)Dialectes architecturaux ; Bruno Zevi ; Editeur : Editions du Linteau ; 150 pages ; 21 euros.

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