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Présentation | Patrick Bouchain, hors-la-loi? (22-06-2016)

«A-t-on besoin d'aller ailleurs pour aborder la nécessité avec du cœur ?», s'interroge Patrick Bouchain, lui qui n'aime pas prendre l'avion. «Ce qui m'intéresse, c'est le droit !», revendique-t-il. Aussi, le dernier projet de l'architecte a été de s'attaquer au logement social mais... dans un village ! Un travail avant tout administratif et réglementaire qui «signe la fin d'une vie». Le tout exposé au sein de l'exposition constellation.s, à Bordeaux.

Logement individuel | | Patrick Bouchain

Le logement social s'est fait en masse. Aujourd'hui, il est pensé à coup d'opérations de taille moyenne, prétendue «humaine». Patrick Bouchain a, dans ce contexte, tenté l'impossible en ayant réalisé, en cinq ans, trois maisons 'sociales' dans un village de l'Ardèche. «Ce n'est pas un modèle que je défends mais un procès», dit-il.

C'est en somme «le pouvoir de faire» qu'il cherche à mettre en valeur. «Il s'agit de faire plutôt que d'attendre qu'on fasse», déclare-t-il. L'ambition implique, selon lui, de «retourner à la loi», un exercice, de loin, fastidieux.

«On a souvent dit que je ne la respectais pas. Bien au contraire. Il faut, à mon sens, en faire une lecture pour la mettre, ensuite, à l'épreuve et aller jusqu'à la jurisprudence. Il y a toujours des lacunes et la loi n'est jamais fermée», affirme-t-il.

Le Code Civil est donc devenu sa «Bible». «Nous sommes dans un monde disloqué où chacun applique son propre règlement. Or, pour réunir, il faut un sujet et un objet. Aussi, j'ai très tôt compris que le lieu de la réalisation pouvait être un facteur de réunion», souligne-t-il.

02(@RodolpheEscher)_S.jpgPour mener à bien un projet, il faut donc une communauté ; dans ce cas, une commune de l'Ardèche, Beaumont. L'enjeu était, à cet endroit, de construire des logements sociaux «dénormés» qui «n'abiment pas la nature». Cette localité se retrouve, en effet, depuis quelques années face à une situation contradictoire : sa population ne cesse de baisser mais son foncier est de plus en plus inaccessible. La commune compte une centaine d’habitations permanentes, quelque cent cinquante résidences secondaires, une quarantaine de gîtes pour le tourisme saisonnier, et moins d’une dizaine de logements locatifs à l’année. L’installation de jeunes actifs s'avère donc particulièrement difficile.

Conscient de cette situation, le maire, Pascal Waldschmidt, a, en conséquence, décidé une politique audacieuse. Son ambition est de «démonter l’habituelle hiérarchie maître d’ouvrage /architecte /entrepreneurs /futurs habitants pour la remplacer par une synergie où chacun apporte sa part, en y associant artistes et population : faire de l’acte de construire un acte culturel fondateur», résume l'édile.

Pour ce faire, il fallut de prime abord réviser un PLU pour prévoir notamment «une urbanisation maîtrisée autour de l’habitat existant, la création de deux nouvelles zones de trois ou quatre habitations, et le projet du Blat, au hameau du Serre, pour des logements 'sociaux' en accession progressive à la propriété».

Tous pour un

La conception du projet 'des Bogues du Blat' a ainsi été confiée à Patrick Bouchain. Ce n'était pas là l'occasion d'un projet en «auto-construction». Il s'agissait, au-delà, d'impliquer la participation de tous. Et pour cause, il était important pour le maire de «laisser dans le logement dit 'social' la place à une part d’auto-finition, voire de l’organiser, pour baisser les coûts et faire en sorte que chacun fasse sien son logement et par conséquent le respecte».

03(@LJulienne)_S.jpgLa réalisation du projet a donc été laissée à la communauté, à savoir à des artisans locaux, sauf la charpente. Le but était avant tout d'impliquer un futur habitant qui soit aussi «un métier».

Ce même habitant, par les travaux qu'il a réalisé, rentre dans le capitale d'une Société Civile Immobilière d'Accession Progressive à la Propriété (SCI APP). «C'est un format d'épargne populaire fléché», précise l'architecte. Les loyers servent au final l'acquisition, à terme, du bien immobilier.

Voilà donc une approche concrète, loin de ces «démocraties participatives bavardes» que Patrick Bouchain dénonce volontiers.

Aussi exemplaire puisse être cette opération, Patrick Bouchain a pris sa décision : «Je tourne la page de l'architecture et souhaite désormais ouvrir une école primaire», dit-il. Une école «privée et gratuite».

Pour ce faire, une solution, la même : le retour à la loi !

Jean-Philippe Hugron

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