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Exposition | Des stars ? Non ! Des étoiles ! (22-06-2016)

Présenté du 2 juin au 25 septembre, constellation.s se veut le nouveau temps fort d'Arc-en-Rêve, quinze ans après Mutations et six ans après Insiders. L'institution bordelaise, en 2016, continue donc de briller et, par la même occasion, interroge son public à travers cette nouvelle exposition. En effet, plus que la thématique de «l'habiter» qu'il promet d'aborder, l'événement questionne en filigrane une profession.   

Arc en Rêve | Bordeaux

La nef des Entrepôts Lainé est pleine. Rangées en ordre de bataille, des histoires merveilleuses...toutes suspendues et reliées les unes aux autres par de fines structures. Arc-en-Rêve rend des contes ! Ici une ville éphémères de plusieurs millions d'habitants. Là, un village reculé en Ardèche.

L'effort de compilation est remarquable. Deux ans de travail ! Il rappelle, toute proportion gardée, la XVe Biennale d'Architecture de Venise avec qui constellation.s partage bien des positions. Il y a, sur les grands panneaux exposés autant de 'succes stories' qu'aux Giardini et à l'Arsenal. Aussi, d'aucuns peuvent même retrouver à Bordeaux comme à Venise, les recherches de Manuel Herz sur les campements sahraouis, celles de l'ETH Zürich sur le Caire ou encore celles portant sur le Kumbh Mela.

02(@RodolpheEscher).jpgArc-en-Rêve propose également d'autres projets. Parmi eux, ceux de Patrick Bouchain, du PEROU (exclu du pavillon français de Venise !), de Nicole Concordet ou encore celui d'Assemble, cette agence britannique qui a su préserver de la destruction Granby Four Streets, un quartier composé de maisons victoriennes à Liverpool, pour le transformer en logements sociaux.

Des films sont également présentés. L'un d'eux, d'Ila Beka et Louise Lemoine, illustre un scandale architectural en Italie, un complexe érigé à l'occasion du G8, abandonné avant même d'être utilisé. En effet, Silvio Berlusconi a préféré une autre adresse que la Maddalena, cette île faisant face à la Sardaigne, pour accueillir les puissants du monde. Dès lors, les prestigieuses infrastructures imaginées par Stefano Boeri et construites à coup de millions d'euros ont été laissées sans affectation. Ila Beka et Louise Lemoine suivent patiemment l'architecte parcourir ces ruines contemporaines. Parallèlement, un autre film présente une sorte de Robinson Crusoé qui, habitant non loin des bâtiments incriminés, récupère des éléments de façades charriés par la mer pour les transformer en fauteuil et autres objets du quotidien.

Il y a aussi d'autres 'histoires' qui s'avèrent plus éloignées de l'architecture ; Michel Lussault, géographe et président de l'institution bordelaise, se plaît d'ailleurs à le répéter : «ce n'est pas une exposition d'architecture». Des sujets plus lointains sont donc abordés. Un film intitulé The All-Hearing porte sur le bruit et la censure au Caire. Ce court métrage de Lawrence Abu Hamdam étonne... et laisse le visiteur éprouver même un certain malaise par le parti pris du réalisateur.

City Songs, un film de Florent Mazzoleni, porte sur la musique, ou encore YuYu, de Marc Johnson, sur un apiculteur de Chonqing... Voilà qui laisse à penser que le goût pour la narration reste omniprésent dès qu'il s'agit d'architecture en France.

03(@RodolpheEscher).jpgPour autant, que peut révéler cette exposition sur l'art de bâtir ? constellation.s témoigne d'une appétence renouvelée pour l'informel. «Un acte ou une réalité spatiale relèvent de l'informel lorsqu'ils échappent à une régulation publique explicite et à ses normes, tout en étant également hors du marché officiel», précise une définition affichée au cœur de la nef de l'entrepôt Lainé.

Il faut alors sans doute comprendre que ce goût est une réaction au trop plein réglementaire qu'une profession affronte de plein fouet. Aussi bon nombres de sujets abordés par l'exposition cible des 'architectures sans architectes'.

L'ailleurs est aussi célébré et ce parti pris n'est pas sans poser question : ce sont généralement des architectes occidentaux qui, accompagnés des stars de la photographie d'architecture – ceux-là même qui ne se déplacent qu'en hélicoptère –, se retrouvent à étudier des phénomènes aussi étrangers qu'étranges. Au-delà, ce sont des dizaines voire des centaines d'étudiants embarqués dans ces projets de recherche. L'exotisme de bons nombres de situations observées depuis un confortable occident ne peut que satisfaire la curiosité. Pour autant, que peuvent dire ces études du métier d'architecte ? Qu'il serait celui d'un géographe ? D'un statisticien ? D'un sociologue ? D'un ethnologue ? Quand l'architecte perd de ses prérogatives en occident, il semble, par un jeu de compensation, vouloir retrouver de sa puissance et de son omniscience à travers ces travaux loin de chez lui. In fine, ce mouvement illustré par l'étude, somme toute marginale en 2008, de l'OMA et de Rem Koolhaas sur le cas de Lagos, prend, huit ans plus tard, toute son ampleur.

Néanmoins, plus que de verser uniquement dans ces situations 'extraordinaires', constellation.s propose des contrepoints pertinents et des contextes autrement plus familiers, à savoir européens voire français. Toutes ces propositions, bien plus proches et réalistes, témoignent du «pouvoir de faire»... mais au prix de quelle énergie ? Cinq ans pour faire trois maisons dans un village... un record.

In fine, constellation.s permet de comprendre que l'exception – aussi belle soit-elle – ne fait pas la règle. 

Au pire, peut-être même, elle la confirmerait...

Jean-Philippe Hugron

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