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Chronique | Oslo Monopoly (14-09-2016)

Un opéra de Snøhetta. Un musée de Renzo Piano. Des grues par dizaines, en front de mer, pour de nouvelles institutions culturelles : une bibliothèque nationale, un musée national, un musée Munch... pourtant Oslo disposait déjà de tels équipements. Alors, ce jeu de chaises musicales ne cache-t-il pas une fuite en avant ?  

Oslo

Il était une fois un royaume prospère. Sa capitale disposait, en bon ordre, d'un château, d'un parlement, d'un théâtre national...de quelques édifices néoclassiques... bref de l'apparat nécessaire à son prestige.

Ici et là, en ville, une multitude de musées pour parfaire son rayonnement. Celui du film, celui du design, celui d'architecture...tout y passe ! Toutefois, il en fallait vraisemblablement davantage quitte à brouiller les cartes et la bonne géographie d'institutions disséminées sur l'ensemble du territoire. L'enjeu urbanistique et...médiatique se situe désormais en front de mer...et pour habiller Jean, il faut, bien entendu, déshabiller Paul.

Les villes européennes se prêtent à cette joute via musées interposés. Qui aura l'équipement le plus spectaculaire ? Qui profitera le plus de cet effet Bilbao, devenu depuis 1998 de plus en plus hypothétique? Peu importe, Oslo se dessine, depuis une décennie, une nouvelle identité.

02(@JPHH).jpgMission réussie. L'opéra conçu par Snøhetta sert aujourd'hui l'image de la ville. Pas un logo, pas une carte postale, pas une brochure sans qu'il n'apparaisse. Son positionnement, en front de mer, reste toutefois énigmatique. L'édifice surgissant d'une darse ne se tourne ni vers les eaux salées du fjord, ni ne s'adresser réellement à la ville. La précieuse calade de marbre blanc semble paraître sans cesse de côté. A l'image, l'édifice trouve pourtant un rayonnement qu'il n'a curieusement pas, aussi superbe soit-il, in situ. D'ici quelques années, sa perspective sera même encombrée d'un prestigieux voisin : le musée Munch.

04(@SigurdRage).jpgAujourd'hui les pans inclinés se détachent seulement d'une étrange silhouette urbaine. Si les Jivaros affectionnaient les têtes réduites, les Osloites apprécient les skylines comprimées. Nom de code ? Barcode ! Autrement dit, code barre. Logements et bureaux, ni trop hauts, ni trop bas dessinent les contours d'un quartier d'affaires donnant au port sa dimension économique. L'opération peine pourtant à séduire tant elle semble compressée et n'être faite que d'immeuble à touche touche dont les vis à vis paraissent invivables. Néanmoins, la question des d'usages remisée, ces immeubles servent assidûment, eux aussi, l'image de la ville.

Voilà donc le sujet : l'usage et l'image. Oslo semble se perdre dans une course effrénée. Il ne lui fallait pas seulement un opéra ni un semblant de skyline, il lui fallait aussi de nouvelles institutions. Les opérations de logements se multiplient, face au large, comme aimanté par ses prestigieux projets qui en sont, quant à eux, encore à leurs fondations.

03(@JPHH)_S.jpgIl n'y a bien, de l'autre côté du port, que le musée Astrup Fearnley du nom de l'important groupe norvégien spécialisé dans le transport maritime. Conçu par Renzo Piano, l'ensemble a été livré il y a quatre ans. Ses façades de bois montre d'ores et déjà des signes de faiblesse qu'un geste architectural – une pataude verrière – peine à relever. La construction immortalisée à son achèvement présente sur toutes les photographies une superbe suffisante. Aucun autre projet, à Oslo, n'offre une telle distorsion entre réalité et représentation.

Au delà de ses travaux titanesques, se pose la question du devenir des autres constructions abritant jusqu'alors ces institutions. Le constat est sans appel. Le monumental déménagement à venir d'ici quelques années va laisser, derrière lui, nombre d'édifices sans affectation...

Fort de ce constat, l'Institut Français et l'Ecole d'Architecture de la ville ont proposés des ateliers pour imaginer à terme le devenir de ses adresses. Pour l'heure, le travail est exposé en marge de la Triennale. Il n'en est certes qu'à l'analyse et à la compilation de ses espaces abandonnés ou promis à la déshérence. Reste à mener plus avant la réflexion et à aborder enfin la question programmatique.

Ceci étant dit, le cri d'alarme est lancé ! Reste à savoir désormais si les usages prendront leurs droits sur l'image dans une ville, pour lors, en représentation.

Jean-Philippe Hugron

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