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Entretien | A Oslo, institutions culturelles et usages informels (14-09-2016)

En 2015 et 2016, des étudiants de l’école d’architecture d’Oslo (AHO) ont été amenés à réfléchir à la question des usages informels au sein de bâtiments dits «culturels» dans le cadre d’un atelier conduit par Marianne Skjulhaug, directrice de l’urbanisme et du paysage à AHO, avec Joakim Skajaa (Eriksen Skajaa Arkiteker, Oslo), Umberto Napolitano et Maxime Enrico (LAN, Paris). Un entretien à paraître dans le prochain numéro de l'Architecture d'Aujourd'hui.

Culture | Oslo

AA : Quelle était l’ambition de cet atelier franco-norvégien et à qui s’adressait-il ?

Marianne Skjulhaug : Après avoir organisé un cycle de conférences avec des architectes français, nous avons eu la volonté d’interroger nos étudiants sur le développement des institutions culturelles à Oslo. Nous avons pris la décision d’intégrer cette problématique à l’enseignement de l’urbanisme que tout étudiant en école d’architecture doit suivre, à Oslo, dès la troisième année. C’est en général la première fois qu’ils se frottent à une thématique plus vaste, dépassant l’échelle de l’architecture. C’est un moyen pour eux d’appréhender la complexité de la société.

AA : La culture est, effectivement, devenue le faire-valoir des politiques d’aménagement urbain. Pour autant, d’Oslo à Paris, entendons-nous tous ce concept de la même manière ?

Joakim Skajaa : Les étudiants ont bien entendu approché la question posée par un exercice de définition. Pour eux, comme pour nous, Norvégiens, la culture recouvre les arts mais aussi le sport, la nature et la religion. Les Français ont fait montre d’une approche beaucoup plus spécifique de ce concept.

Umberto Napolitano : Lier culture et sport ? -Voilà qui serait impossible en France. De cette collaboration franco-norvégienne, j’ai pu également noter d’autres différences importantes, notamment en matière d’urbanisme. Si la France arrive à avoir une vision sur le très long terme – le Grand Paris en témoigne –, si elle défend un urbanisme -négocié et pragmatique, la Norvège semble être dans une vision à plus court terme. En revanche, cette attitude lui
permet vraisemblablement d’insuffler une dynamique -sociale à travers l’architecture. La vie se greffe bien plus vite et dépasse les usages originellement prévus. J’en veux pour preuve la manière dont les habitants d’Oslo se sont approprié les pans inclinés de l’Opéra imaginé par Snøhetta.

02()_B.jpgAA : Quelles méthodologies avez-vous mises en œuvre pour analyser deux situations urbaines : Oslo et Paris ?

Marianne Skjulhaug : Il s’agissait de réaliser un travail cartographique. Dans un premier temps, nous avons mené avec les étudiants un
document réunissant tous les équipements culturels d’Oslo et de sa banlieue. Pour chacun d’entre eux, une carte d’identité a été rédigée. Le but de cet exercice était d’obtenir un outil à même de servir une vision critique. En effet, la géographie des institutions culturelles d’Oslo connaît d’importants changements. Une stratégie a récemment été mise en place pour centraliser les plus prestigieux musées en front de mer laissant, en centre-ville, des bâtiments sans affectation.

AA : Si cette cartographie est un outil critique de choix, quelle problématique avez-vous, in fine, privilégiée ?

Umberto Napolitano : Il s’agissait d’appréhender le -potentiel de toutes ces architectures vides. La question abordée était finalement celle de l’usage ; comment une institution culturelle de quartier peut-elle engendrer de nouvelles pratiques ?
Quelles sont les caractéristiques qu’une architecture doit avoir pour s’ouvrir à des usages informels ? Ces questions sont liées à l’art de bâtir, mais aussi à la manière dont chaque culture réagit. Les évidences sont toujours singulières et locales.

AA : Derrière la question de l’usage, cet atelier ne porte-t-il pas les germes d’une critique sur la manière d’aborder les programmes culturels aujourd’hui ?

Marianne Skjulhaug : C’était tout l’intérêt de cet échange franco-norvégien. Nous sommes allés avec quelques étudiants à Paris observer le fonctionnement de différentes institutions culturelles dont le Centquatre et la Maison des Métallos. Nous y avons vu des usages informels parfaitement intégrés. Finalement, l’idée portée par le parc de La Villette s’est réalisée quelques années plus tard au cœur du Centquatre !

Joakim Skajaa : Le Centquatre est effectivement intéressant dans sa manière d’être ouvert, mais aussi dans sa façon d’intégrer parfaitement de nouveaux usages. C’est une exception ! De nos jours, les institutions culturelles se fondent toutes plus ou moins sur un modèle européen hérité du xixe siècle ; au pire, elles sont des outils immobiliers superficiels. Ce que la France a réussi à faire dans les années 1960, nous devons parvenir à le faire, aujourd’hui, en Norvège.

Umberto Napolitano : Il s’agit en effet de trouver enfin une réponse adéquate face aux nouvelles grandes institutions culturelles qui s’apparentent davantage à des machines consuméristes. Pour cela, il nous faut utiliser ces lieux désormais abandonnés et continuer à perpétuer ce mouvement de transformation de la ville sur elle-même.

03()_B.jpgAA : Quelle est la prochaine étape de cet atelier ?

Umberto Napolitano : Ce sera un nouvel échange ; nous allons présenter à un photographe norvégien différents lieux culturels parisiens où l’espace public est particulièrement important et où les interactions avec le quartier sont fortes. Pour ce faire, nous ne nous limiterons plus aux vingt arrondissements de la capitale, mais nous irons aussi en banlieue.

Marianne Skjulhaug :  Nous ferons de même, à Oslo, avec un photographe français. Cet échange fera l’objet d’une exposition lors de la prochaine Triennale d’Oslo.

Cet entretien fait partie d'un dossier consacré à la coopération franco-norvégienne entre l'Institut Français d'Oslo et l'Ecole d'Architecture d'Oslo publié dans le numéro 414 de l'Architecture d'Aujourd'hui.

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