vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Entretien | En Ordre, après Réinventer Paris (21-09-2016)

La polémique ne fut pas vaine ! Le Conseil National de l'Ordre des Architectes se montre depuis vigilant face à une potentielle dérive de la commande publique. Retour, avec Catherine Jacquot, sur ces nouvelles procédures mais aussi sur la loi L/CAP et les prochains enjeux du CNOA.

France

Le Courrier de l'Architecte : Qu'en est-il aujourd'hui du dossier « Réinventer Paris » contre lequel l'Ordre avait pris courageusement position ?

Catherine Jacquot : « Réinventer Paris » est une polémique désormais close mais la question que nous avons posée reste entière. Comment inventer de nouveaux process de fabrication de la ville, comment favoriser la recherche sur le long terme qui soient pérennes et donc respectueux du travail de tous ? Nous sommes bien sûr très vigilants sur les consultations de ce type. Nous avons notamment travaillé avec le Conseil Régional d'Ile-de-France dans le cadre de cette autre consultation qu'est « Inventons la Métropole ».

In fine, nous pouvons affirmer que la polémique autour de « Réinventer Paris » a été utile. Sur ce point, les promoteurs ayant participé à l'appel à projets sont d'accord avec nous.

Qu'en est-il de la rémunération des architectes ?

Nous avons fait des propositions au président de la métropole du grand Paris pour qu'il y ait, en échange de prestations, rémunération soit par la puissance publique, soit garantie par elle .

Nous sommes en tout cas disposés à dialoguer avec les élus , les aménageurs et les promoteurs afin d'encadrer les prochaines consultations. Nous voulons être constructifs pour que l’innovation, la qualité urbaine qui sont des objectifs communs, passent dans les faits.

N'avez-vous rencontré personne à la Mairie de Paris suite à « Réinventer Paris » ?

Jean-Louis Missika, adjoint au maire à l'urbanisme, n'a pas souhaité s'entretenir avec le conseil national. Nous avions aussi écrit à Mme Hidalgo pour la rencontrer. Nous n'avons, à ce jour, reçu aucune réponse. Ils ont, cependant, approché le Conseil régional de l'Ordre des architectes d'Ile-de-France et les syndicats d’architectes, l’important est que le dialogue existe. Je sais que le CROAIF est très actif et vigilant.

Comment la Métropole a-t-elle, de son côté, réagi à vos sollicitations ?

La Métropole a souhaité travailler avec les architectes dans le cadre de la consultation qui est lancée sur de nombreux sites d’île de France autour des gares du grand Paris express. Nous avons fait des propositions concrètes , le conseil régional d’Ile-de-France et l’UNSFA Ile-de-France travaillent conjointement avec la Métropole à l’élaboration du cahier des charges de la consultation.

Comment réagissez-vous face à la multiplication de ces consultations d'un genre nouveau ? Comment, d'ailleurs, les expliquez-vous ?

Ces consultations se multiplient du fait de la privatisation de la maîtrise d’ouvrage et du financement de la ville. La fabrique urbaine est, de plus en plus, le fait du secteur privé. La commande reste d’initiative publique mais ce sont les acteurs privés qui sont en charge des études et de l’opérationnel. Nous constatons le même phénomène dans la construction des logements sociaux qui sont, pour près de la moitié, désormais réalisés en VEFA par des promoteurs privés. Dans ce contexte, il nous paraît important que les élus se montrent, plus que jamais, garants de l'intérêt public autant que de la qualité architecturale et urbaine. Pour cela, ils mettent en œuvre des règlements d’urbanisme et détiennent toutes les autorisations. Il faut toutefois aller plus loin ; les collectivités locales doivent mettre en place des procédures vertueuses qui encadrent les consultations qu’elles lancent, et par différents mécanismes de contrôle tout au long de la conception, elles doivent s’assurer que les objectifs de la collectivité soient respectés ainsi que les concepteurs qui y travaillent.

Faut-il comprendre que la commande privée déteint sur la commande publique ?

En commande privée, il y a entre les acteurs d'un projet, promoteurs et architectes une méconnaissance du rôle de chacun. Il y a nombre d’incompréhensions qui toutes se traduisent par une défiance réciproque. Les missions confiées à l’architecte sont partielles. L’équipe de maîtrise d’œuvre est fragmentée ; voilà qui nuit considérablement à la qualité des projets.

La commande publique se réduit et change de forme : les contrats globaux, comme la conception réalisation, sont de plus en plus employés. Avec cette procédure, qui parfois se passe bien, nous constatons de plus en plus, une réduction des missions de la maîtrise d’œuvre, et la mission de l’architecte peut finalement se cantonner au permis de construire.

Les marchés publics sont néanmoins de plus en plus dominés par les missions de conception réalisation...

Dans le cadre de ces missions nous constatons de graves dérives : les missions de la maîtrise d’œuvre se réduisent, seules les entreprises générales de taille importante peuvent répondre aux consultations, cela minimise la concurrence entre les entreprises et les PME sont largement écartées autant qu'un grand nombre d’agences d’architecture. L’indépendance de la maîtrise d’œuvre est remise en cause par le rôle contractuel de l’entreprise comme mandataire dès le début de la conception et pour le suivi de travaux. C’est pourquoi, dans la loi L/CAP et dans la loi Sapin, nous nous sommes battus et avons obtenu l’identification de la maîtrise d’œuvre dans ces contrats pour la conception et le suivi des travaux.

Pourtant l'organisation de concours en bon et due forme a récemment été menacée par Bercy...

Effectivement, nous avons failli perdre le caractère obligatoire du concours. Voilà qui aurait été une vraie régression alors que, depuis la loi MOP en 1985, cette procédure a eu pour effet d'augmenter la qualité des équipements publics.

Si nous avons évité aujourd'hui le pire avec la remise en cause des concours publics, nous devons rester vigilants afin que toutes les procédures de marchés publics se déroulent convenablement et que toutes prestations soient dûment rémunérées. Suite à la loi Macron, nous avons édité avec le ministère de la Culture et la FNCAUE, un mini guide de la commande publique.

Quelle est la position de l'Ordre par rapport à la loi L/CAP ?

Cette loi signe une véritable avancée. Elle élargit l'intervention de l'architecte dans des secteurs où il était peu présent jusqu’à maintenant: la maison individuelle et l’aménagement des lotissements. C'est la première fois depuis quarante ans qu'une loi réaffirme la nécessité de la qualité architecturale sur des territoires péri-urbains et ruraux, mettant en valeur l’architecture du quotidien.

La procédure du lotissement, telle qu’elle s’est imposée et rigidifiée en modèle d’aménagement de maisons individuelles, n’est pas compatible avec un aménagement durable des territoires et nuit à la vitalité des bourgs et des villages qui se désertifient. En effet, construire sur des terres agricoles est plus facile que de reprendre l'habitat ancien d'un petit centre urbain existant. Il faudrait pourtant arrêter de penser de la sorte et cesser de consommer des hectares de terres agricoles. La loi L/CAP, en réponse, impose le recours à des équipes pluridisciplinaires et à l’architecte dans le permis d'aménager un lotissement.

Quels sont les moyens mis en œuvre pour lutter alors contre les signatures de complaisance ?

La loi sensibilise les services instructeurs des collectivités locales. Pour mieux lutter contre la fraude et, en application de la loi L/CAP, les Conseils régionaux de l’Ordre vont mettre en place un système déclaratif des permis de construire.

Par ailleurs, il sera obligatoire de signifier le nom de l'architecte sur le panneau de permis de construire.

Quels sont désormais les projets de l'Ordre à court et moyen termes ?

Nous travaillons sur tous les sujets prospectifs, permettant d’anticiper ce que sera notre profession dans vingt ans.

Accompagnant les réformes géopolitiques du territoire, nous réformons l’institution des architectes pour, mutualiser ses moyens et la rendre plus experte, plus efficace. Nous participons à la construction d’une ville durable, ouverte et sobre. Nous voulons l’accès à un logement décent pour tous et que l’architecture soit accessible, qu’elle se démocratise.

La transition écologique et la transition numérique sont deux enjeux majeurs des évolutions du cadre de vie et nous voulons aussi que ces nouveaux outils soient au service de l’architecture et de la réduction des effets de la crise climatique.

Face aux mutations de l’économie, face à la mondialisation, les agences d’architecture doivent être des entreprises structurées , responsables, si elles veulent avoir les moyens de réaliser une architecture, un urbanisme de qualité.

Nous incitons les architectes à s’associer avec d’autres compétences, à diversifier leurs missions, à aller sur des domaines où ils n’allaient pas. L’architecture n’est pas une plus-value, elle est valeur en elle-même, déterminante pour la qualité du cadre de vie.

Réactions

Degio | Chef | Berny-Cross | 22-09-2016 à 16:21:00

Très bien Catherine Jacquot!
JFD

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]

elzinc novembre

Notice |Casa MO par Gonzalo Mardones Viviani

Gonzalo Mardones Viviani aime à citer son maitre Alberto Cruz Covarrubias pour qui, un architecture sans idée relèverait simplement de la construction. «Il est à mon sens l’architecte le plus profond de la...[Lire la suite]



elzinc

Actualité |Niemeyer, d'outre-tombe

Cinq ans après sa mort, l'architecte brésilien promet encore des chantiers et des réalisations. Le dessin aurait été imaginé peu avant sa mort en 2012. Son commanditaire promet sa concrétisation d'ici...[Lire la suite]

elzinc novembre

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]

elzinc novembre

Présentation |«Faire de l'architecture devient la part intime du projet», assure Joe Vérons

La technique n'est plus le sujet. En revanche, l'administration et la lutte face à la bureaucratie devient un enjeu majeur. Coûts et délais en découlent. Dans ce contexte, faire de l'architecture semble annexe voire...[Lire la suite]

elzinc

Présentation |Ca plane pour SOM !

«890 millions de dollars» pour un édifice «culturellement significatif». Le magazine anglophone Sourceable, spécialiste des questions industrielles, ne tarit pas d'éloges quant au nouvel aéroport...[Lire la suite]