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Présentation | GG-loop, une architecture pour la famiglia (21-09-2016)

L'architecture pour Giacomo Garziano, fondateur de l'agence néerlandaise GG-loop, s'annonce comme une belle narration. En effet, les projets se racontent et s'argumentent avec force détails. Pas un choix ne se retrouvent sans motivation. Dès lors, sa dernière réalisation incarne l'histoire d'un lieu mais aussi d'un occupant : sa propre famille.

Logement individuel | Italie | GG-Loop

Dans une petite ville des pouilles, Altamura, dont les franges ont été dénaturées dans les années 70, quelques maisons – autrefois propriétés de paysans – résistent à l’appétit de promoteurs ambitieux. Plutôt décaties et malmenées, elles témoignent aujourd'hui d'un passé révolu.

L'une d'elle s'est toutefois récemment transformée. Façades rouges et pointes de diamant viennent la signaler aux yeux de tous. Une curiosité.

02(@MichaelSieber)_S.jpgSon architecte ? Giacomo Garziano. Formé à Florence par une génération d'enseignants gagnée par une «attitude organique et futuriste», il n'en fut pas moins bercé par la Renaissance. «Je suis également influencé par le rock progressif des années 70», sourit-il. King Crimson ? Assurément ! Mais aussi la musique électronique et même les travaux de Iannis Xenakis.

Son diplôme avait ainsi pour thème : «Resonating spaces». «J'aime toujours à citer Goethe pour qui l'architecture est une musique figée», dit-il.

Restait à faire, soi-même et en son nom propre, une «première oeuvre» qui pourrait entrer, justement, en résonance avec ces aspirations. L'amélioration des conditions thermiques d'une maison familiale fut une page blanche offerte ; le jeune architecte a su saisir l'occasion pour surprendre et attirer à lui bien des regards.

03(@MichaelSieber)_S.jpgD'un volume anonyme, Giacomo Garziano a taillé une forme expressive. Un geste gratuit ? «Un processus organique», répond-t-il. Le tout inspiré par le «génie du lieu». Difficile à croire mais l'homme de l'art s'explique de façon convaincante : «Le genius loci a été, ici, perturbé. Des immeubles de piètre qualité ont été construits depuis les années 70. Il fallait donc un élément expressif pour donner conscience de la faiblesse de cet environnement bâti», dit-il.   

Pour autant, voilà qui n'explique pas entièrement l'intention. «Un jour, un historien s'est présenté à la maison. Il nous a signalé la présence de grandes pierres. Il s'agissait là du reliquat d'une tour défensive liée à l'invasion turque en Italie. De cette mémoire, nous avons voulu retrouver l'idée d'un empilement de modules et même l'aspect d'une tourelle», poursuit-il.

04(@MichaelSieber)_S.jpgIl n'y a plus alors qu'à défendre motifs et couleur. «Pour les triangles, c'est l'histoire de ma famille. La forme choisie se résume à trois parties sur deux axes, en somme, moi et mes sœurs face à nos deux parents. Les variations correspondent aux moments calmes et à ceux, plus chaotiques, que peut traverser une famille», dit-il.

Le rouge, quant à lui, appelle diverses justifications. La teinte est «inévitable». elle représente l'amour, la force, le feu mais peut également se parer d'une connotation négative. «Chacun la perçoit différemment ; cette couleur, plus qu'une autre, se révèle être le miroir de nous même», soutient l'architecte.

Pour autant, est-elle une réponse au génie du lieu ? «Le rouge appartient à la culture locale. Les bâtiments officiels, mairies et autres palais, mais aussi les institutions culturelles étaient peints en rouge autant, d'ailleurs, que certaines maisons de campagne. Aujourd'hui, cette tradition s'est perdue», regrette-t-il. Et de renouer, encore une fois, avec le passé.

05(@MichaelSieber)_S.jpgEnfin... comment ne pas citer la référence picturale : Raphaël ! «Souvent, ses tableaux présentent deux personnages, l'un en bleu, l'autre en rouge. La façade, par son jeu de prismes mais aussi par sa brillance, reflète le ciel. D'aucuns peuvent percevoir cette juxtaposition des deux teintes typiques du célèbre peintre», souligne-t-il.

Et puis...la pochette du disque «in the court of the crimson King» n'était-elle pas, elle aussi, bleue et rouge ?

Voilà donc nombre de références pour ce qui ne devait être, à l'origine, qu'isolation et couches d'enduit.  «Chaque projet est une narration. L'architecture ne peut pas être une seule et unique réponse fonctionnelle. Chaque réalisation doit raconter une histoire. Chacun, tôt ou tard, comprendra cette profondeur», assure Giacomo Garziano.

Pour l'heure, l'architecte s'évertue à composer une autre fable. Cette fois-ci, à Amsterdam où GG-loop a ses bureaux. Les quatre collaborateurs de l'agence planchent, en effet, à la conception d'un immeuble de logements au cœur d'un quartier nouveau là où, autrefois, il n'y avait que la mer. Corsaires et vieux gréements servent l'imaginaire. Après tout, les bons contes ne font-ils pas les bons projets ?


Jean-Philippe Hugron


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