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Actualité | David Adjaye, au risque de la caricature ? (28-09-2016)

Un événement ! Sur le Mall, à Washington, Barack Obama vient d'inaugurer en grande pompe, ce 24 septembre 2016, le «National Museum of African American History and Culture». L'édifice conçu par l'architecte britannique David Adjaye soulève l'enthousiasme. Le symbole est fort mais les lignes, ne sont-elles pas, in fine, trop caricaturales ?

Bronze | Washington, D.C. | David Adjaye

«The National Negro Memorial». La mention était affichée sur un badge des années 20 qui présentait un projet de palais au style pompier commémorant, sur le Mall, à Washington, l'histoire des Afro-américains. L'ambition est restée lettre morte.

Près d'un siècle plus tard, le mémorial qui avait initialement pour intention de célébrer les soldats afro-américains tombés au combat lors de la Première guerre mondiale, est devenu, sur le papier, une institution culturelle : le «National Museum of African American History and Culture».

Si un terrain avait été choisi sous la mandature de George Bush Junior, Barack Obama a accéléré, quant à lui, le processus en sélectionnant, par voie de concours, David Adjaye pour réaliser le nouvel équipement.

Aujourd'hui, la superbe métallique de l'édifice se détache de la blancheur de l'obélisque voisin – le Washington Monument – et parachève un ensemble muséal et mémoriel de premier importance.

Pour autant, s'agit-il là d'un énième monument ? David Adjaye esquisse un sourire : «Si un musée prétend être un monument, voilà qui lui causera bien des problèmes», déclare-t-il au Metropolis Mag. Soit.

03(@nmaahcKarchmer)_S.jpgDe loin, la construction se veut radicale. Peut-être emprunte-t-elle de sa force dans l'architecture de Marcel Breuer. David Adjaye confirme d'ailleurs, dans le New York Times, la référence : «le Whitney museum a été l'une de mes sources d'inspiration. C'est un modèle de musée au XXe siècle fait de boites empilées et des volumes flexibles qui, quand vous y circulez, offrent de superbes points de vue», explique-t-il.

Toutefois, point de béton ici. L'architecte britannique évite de justesse l'écueil d'une Maison Noire face à sa voisine Blanche. Il préféra pour habiller sa construction une résille de bronze dont les reflets changent avec la lumière.

«Il me paraissait évident de ne pas travailler du marbre blanc. Ce projet devait parler un langage différent. Le bronze est un matériau usité tant pour les mémoriaux que les monuments. J'ai donc pensé qu'il pourrait être parfait pour les panneaux extérieurs. Chose extraordinaire, la Smithsonian Institution (la maîtrise d'ouvrage, ndlr) voulait impérativement que la construction soit assurée pour cinquante ans. Vous pouvez imaginer un dispositif en bronze rentable mais impossible de trouver quiconque pour garantir l'ensemble pour un demi-siècle. Ce n'était pas une question d'argent. Le problème était le poids du matériau. […] c'était bel et bien le système de fixation qui était l'objet de toutes les attentions. Cela nous a donc demandé de créer un système permettant l'accès à tous les panneaux, que ceux-ci soient dissociés les uns des autres et qu'un hypothétique remplacement n'engage ni la fermeture de l'équipement ni la sécurité des visiteurs», explique-t-il au quotidien américain.

Le motif quant à lui, un brin nouille, se veut une référence au travail du métal réalisé par des esclaves africains à Charleston, Savannah ou encore à la Nouvelle-Orléans. S'ensuit alors le récit d'un parti architectural. David Adjaye souhaitait, avant tout, un musée «narratif».

Le site internet de l'institution se fait donc l'écho de ces «faits». D'aucuns peuvent lire, entre autres, que «la couronne est la forme distinctive du musée. Elle tire sa forme d'un imaginaire familier de l'histoire africaine et américaine. Les trois découpages sont, eux, directement inspirés des caryatides yoruba».

Ailleurs, David Adjaye évoque l'architecture pré-coloniale des sanctuaires d'Afrique. Voilà qui sans doute devient trop littéral voire même indigeste. Déjà l'homme de l'art avait été pris en flagrant délit, à Johannesburg, vantant l'africanité d'un condominium de luxe...

02(@nmaahcKarchmer)_S.jpgSciemment ou malgré lui, peut-être à cause aussi de communiquants cherchant la vulgarisation à tout prix et de commanditaire ne s'encombrant pas de véracité, son propos s'encrasse de généralités sur l'Afrique dont l'unité et l'homogénéité n'est appréciable que casque colonial parfaitement boulonné sur la tête. Une ironie.

Bref, voilà de quoi vacciner contre toute narration excessive...

Jean-Philippe Hugron

04(@nmaahcKarchmer)_B.jpg

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