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Présentation | Kashef Chowdhury, de Kahn à Khan (05-10-2016)

Y-aurait-il des hasards qui n'en sont pas ? Alors que Marina Tabassum est couronnée de l'un des Prix Aga Khan, son ancien associé, Kashef Mahboob Chowdhury est lui aussi récompensé mais pour un autre projet, le «Friendship Centre» livré en 2011 à Gaibandha. Une autre réalisation bangladaise qui témoigne d'un modernisme teinté d'architecture vernaculaire qui n'est pas sans rappeler Louis Kahn.

Aga Khan | Bâtiments Publics | Education | Brique | France

Le «Friendship Centre» est un projet frugal et non moins soigné. Il est, dans le paysage, à peine perceptible. Sans doute signe-t-il l'idéal contre-pied d'une production grandiloquente fait de prouesses techniques.

Le programme ? Un centre de formations dispensées par l’ONG Friendship à destination des communautés rurales des plaines du nord du Bangladesh. En lieu d'affirmer sa vocation publique, cet équipement tend à la discrétion. Et pour cause, dans cette région, les constructions sont généralement surélevées de 2,4 mètres en prévision des crues. Ici, par manque de moyens financiers, une digue de terre entoure le site. Voilà une solution qui n'a pas été sans déplaire à Kashef Chowdhury.

02(@RajeshVora).jpg«Au Bengale, la terre se réfère à 'Ma', la mère. D'aucuns peuvent d'ailleurs ressentir une émotion forte entre la terre et le peuple. Il y a toutefois d'autres clés : les Français utilisent le mot 'immeuble' qui signifie construction mais aussi [étymologiquement] qu'on ne peut pas bouger. Voilà qui nous renvoie à la nature de l'architecture. En tant qu'art, elle est un art innamovible. Contrairement à la peinture ou au cinéma, l'architecture est, pour toujours, liée au lieu où elle se situe : à son climat, à sa flore, à sa faune… mais aussi à sa population. Dans mon travail, je ne connais aucun autre besoin que celui d'enraciner mon architecture pour la laisser croître et émerger pour se fixer enfin dans son contexte», explique-t-il dans un entretien paru dans UnCubeMagazine le 7 février 2013.

In fine, le projet adopte les atours d'une ville fortifiée composés d'une série de pavillons situés le long de venelles et organisés autour de cours intérieures. «Le mur de la digue empêche toute lumière horizontale de passer si bien que, par essence, le centre reçoit une lumière zénithale. Cette connexion, entre une architecture enracinée dans la terre et la lumière tombant du ciel, ancre l’ouvrage dans une approche élémentaire», peut-on lire sur le site de la fondation Aga Khan.

03(@RajeshVora).jpg

De la même manière que la mosquée de Bait Ur Rouf conçue Marina Tabassum, le Friendship Centre reprend un vocabulaire familier. Architecture monolithique, elle n'est pas également sans rappeler les lignes que Louis Kahn développa à Dacca elles-mêmes inspirées des constructions vernaculaires bangladaises.

04(@RajeshVora)_S.jpg«La maçonnerie traditionnelle en brique est utilisée ici comme un langage moderniste. Les ingénieurs du site ont trié par taille, forme et couleur les briques cuites dans le four local, en en gardant seulement trois sur dix. Et parmi celles retenues, seules les plus agréables à l’œil ont servi aux finitions visibles, les autres se trouvant dans les fondations ou diverses pièces dissimulées de l’ouvrage. S’agissant d’une zone sismique, la structure est en partie renforcée par du béton», précise la fondation Aga Khan dont le jury du prix n'a pas hésité à rapprocher l'architecture du centre aux «vestiges archéologiques du temple bouddhiste de Vasu Bihara, tout proche, construit aux IIIe et IVe siècles».

«Le Friendship Centre estompe la distinction entre site archéologique et projet architectural et paysager. Par sa configuration et l’utilisation qui est faite de ses toits végétaux, il s’intègre telle une parcelle dans le paysage environnant – un ancrage au sens littéral et métaphorique. Le plan quadrilatéral et l’habile maçonnerie en briques inscrivent le bâtiment dans le prolongement des traditions architecturales locales», explique-t-il.

05(@RajeshVora).jpgKashef Chowdhury confirmait déjà cette appréciation au journaliste de UnCubeMagazine en affirmant que nombre de ruines de monastères bouddhistes ont influencé son projet : «J'ai toujours été fasciné par les ruines, y compris celles des bâtiments nationaux de Louis Kahn à Dacca restés à l'abandon pendant des années. Pour l'enfant que j'étais, de passer devant le chantier tous les jours me donnait à voir le plus beau champs de ruines. Et, à l'instar de toutes ces construction, j'ai décidé de fracturer formes et espaces pour les rendre plus respirables alors que l'usage de la brique rendait visuellement plus massif des volumes comme pouvaient l'être ceux d'un monastère. A ce sujet, la vie et l'économique de ces gens des îles [du Brahmapoutre, ndlr] semblent à bien des égards monastiques», dit-il.

Malgré tout, le jury note que «l’ensemble instaure une atmosphère chaleureuse, soulignant la fonction même de l’ouvrage, qui est de renforcer une communauté rurale marginalisée vivant de façon précaire sur des plaines inondables».

Voilà donc de quoi faire école ; ce centre contribue in fine à la critique que Kashef Chowdhury tente de porter en dénonçant notamment la «superposition d'une culture occidentale» sur l'art et la manière de bâtir au Bangladesh, une attitude qui ne fait, selon lui, «aucun sens».

Jean-Philippe Hugron

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