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Exposition | Architect(ur)e en représentation (20-10-2016)

Esquisser, dessiner, scribouiller... puis représenter ! L'image reste un outil d'information mais aussi de séduction. L'exposition 'The World in our eyes' présentée au Garagem Sul du 8 octobre 2016 au 15 janvier 2017 dans le cadre de la Triennale d'Architecture de Lisbonne présente différents cas – souvent méconnus – qu'elle tente de classifier pour perdre le visiteur, in fine, entre objet et sujet.

Triennale d'Architecture de Lisbonne | Lisbonne

'The world in our eyes'… le monde à travers nos yeux. Le titre de l'exposition à de quoi surprendre. En un sens, elle pose la question fondamentale du public : à qui peut donc s'adresser cette triennale d'architecture ? Plus encore, ses expositions ? L'interrogation est revenue à plusieurs reprises lors d'événements formels et informels.

Sans doute, la réponse réside dans le titre de cette exposition. 'Le monde à travers nos yeux' offre des représentations diverses d'architectes. Plutôt que 'le monde à travers leurs yeux', l'exposition s'adresse, à n'en point douter, aux seuls professionnels. L'architecture resterait un entre-soi…

Malgré trop de consanguinité, le propos porté par cette exposition n'en est pas moins intéressant et interroge le thème de la représentation en architecture à une époque où l'image fait rage, photographie en tête. Mais il y a aussi plans, coupes, schémas plus ou moins didactiques, plus ou moins pédagogiques, qui tentent de rendre l'art de bâtir aussi séduisant qu'accessible. Il faut également compter sur les représentations qui en lieu d'efficacité recherche l'exhaustivité...et celles qui se perdent dans l'écueil de l'esthétisation à outrance au dépend même de la lisibilité.

02(@TiagoCasanova )_B.jpg

«Les architectes ont déployé un arsenal sophistiqué d'outils propres à leur métier mais aussi à partir de techniques d'expertise empruntés à d'autres disciplines pour décrire et analyser des sujets parfois complexes. Ces actions croisent les intérêts d'économistes, de planificateurs, de promoteurs, de politiques et, en outre, ont attiré à elles un public cherchant à comprendre différemment le fait urbain», précise le propos liminaire à l'exposition. Plus que d'architecture, il est question de ville. Appréhender la grande échelle sur un morceau de papier appelle tant à la plus grande concision qu'à la plus intelligente abstraction.

Le visiteur découvrira sept catégories. Parmi elles «la prédominance de la géométrie»,«l'indexation taxinomique», «le fantastique urbain» ou encore «la grande géographie». Cette discrétisation peine à être intelligible. La scénographie rend plus difficile encore cette lecture. Sur des panneaux courbes, aucune représentation ne s'offre de façon panoramique. Jamais la lecture, sur ce cercle vicieux ne sait où tout commence.

03(@TiagoCasanova )_B.jpgL'exercice d'analyse se perd donc rapidement. Il y avait pourtant matière à discuter l'ensemble des solutions graphiques choisies et même des supports allant du livre au tapis en passant par l'objet précieux.

Tout un chacun se retrouve alors en présence d'un catalogue graphique laissant apparaître un état des lieux de la représentation urbaine. Bref, de quoi bondir d'un exercice de style à l'autre.

Toutefois, le visiteur arrive rapidement sur sa faim. Aussi s'en remet-il aux cartels pour comprendre davantage. Rien ne lui explique le parti graphique adopté. Il ne trouve que de vagues résumés de projets d'étude ayant pris plusieurs années.

De l'objet au sujet

C'est finalement une exposition dans l'exposition qui finit par séduire le visiteur. Et pour cause, chaque cas propose, au delà de toute question graphique, des thèmes d'études passionnants. Parmi eux, l'analyse de différents plans urbains utopiques parfois méconnus : le projet Hauptstadt visant la reconstruction du centre de Berlin par Alison et Peter Smithson, Rush City Reformed de Richard Neutra, Zarzis Resort de Constantino Dardi, agricultural city de Kisho Kurokawa, Earthships de Michael Reynolds ou encore un projet urbain de Candilis, Josic et Woods pour le centre ville de Francfort.

04(@Christ&Gantenbein)_S.jpgRien que cette compilation pouvait faire, à elle seule, l'objet d'une présentation plus vaste. Ici, quelques plans au format vignette et des textes aux caractères trop petits ne rendent pas hommage au travail fournit. L'objet était, après tout, la représentation.

Autre curiosité, «The Arsenal of exclusion et inclusion», un travail remarquable mené depuis 2009 par Interboro Partners portant sur la réalisation d'une «encyclopédie» de 202 «outils» ou «armes» utilisés par les architectes, les promoteurs ou encore les urbanistes pour restreindre ou, au contraire, élargir l'accès à l'espace urbain. Parmi eux, les «shabbat elevator» ; durant la sainte journée, où les Juifs pratiquants ne doivent allumer aucun appareil électronique, les ascenseurs s'avèrent inutilisables, sauf quand ils sont programmés pour s'arrêter, le samedi, à tous les étages.

05(@Interboro).jpgLa taille des appartements est aussi dénoncée comme moyen de contribuer à la ségrégation sociale. Autre cas d'école, le démantèlement de terrains de sport qui drainerait l'arrivée de jeunes dont la couleur de peau semble déplaire aux riverains. Dans cette même logique, les équipements dédiés au basket-ball sont progressivement remplacés, aux Etats-Unis, par des patinoires offertes aux hockeyeurs. Là encore, la présentation ne rend réellement hommage à un sujet, qui aurait pu, à lui seul, être l'objet d'une seule exposition.

Bref, 'The world in our eyes' peut donc se révéler riche, à sa façon, en présentant des recherches résolument méconnues. Toutefois, autant que l'objet de l'exposition – la représentation – l'ensemble s'avère malheureusement superficiel. Pour autant, la curiosité se retrouve rassasiée par la profusion d'informations en tout genre.

Jean-Philippe Hugron

 

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