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Chronique | Amanda Levete, un bivalve en guise d'injure (20-10-2016)

Autant que ne peut l'être une école d'architecture, un musée dédié à l'art de bâtir est sans doute un programme délicat pour un architecte. D'aucuns peuvent attendre de sa part un exercice pédagogique à l'échelle 1. A Lisbonne, Amanda Levete a été retenue pour réaliser le premier musée d'architecture de la ville. Malgré elle, sa proposition est forte d'enseignements. Elle donne corps à tout ce qu'il ne fallait pas faire.

Culture | Céramique | Lisbonne | Amanda Levete

Voilà un geste inutile. Un blob qui jalouse la forme d'un bivalve et qui encadre, dans sa béance, le paysage spectaculaire de l'estuaire du Tage. Il y avait là l'intention de faire événement, d'être l'énième Bilbao d'une liste déjà longue.

En désignant Amanda Levete, la maîtrise d'ouvrage – une fondation privée – faisait déjà une grave erreur. De Porto à Lisbonne, la scène portugaise fait montre d'un art savant, réputé aux yeux du monde. Pourquoi s'en détourner au point de leur préférer une architecte britannique dont l'approche semble aussi flasque que datée ?

Sur la rive droite du Tage, en marge d'une ancienne centrale électrique, Amanda Levete a imaginé en guise de musée d'architecture une extension saugrenue, un tant soit peu vague, couverte de céramique dont elle emprunte pour beaucoup, sans pudeur aucune, le calepinage à un autre projet, le terminal de croisière à Porto de Luís Pedro Silva Arquitecto.

02(@JPHH).jpgPeu importe la familiarité si tout s'avérait parfaitement exécuté. Le visiteur approche le mollusque et constate combien les malfaçons sont nombreuses. Les courbes ne sont jamais courbes et les finitions quasiment inexistantes. Des vigiles assurent même la sécurité, empêchant petits et grands d'y toucher.

D'autres se moquent ouvertement de ce nouveau bâtiment. Lors de la Triennale d'Architecture, il se dit même publiquement que l'installation intitulée 'The form of form' (voir à ce sujet notre album-photos), prévue dans le cadre de l'événement, devrait être pérenne et, à l'inverse, ce fantasque musée, éphémère. Il n'en sera malheureusement pas ainsi.

03(@JPHH)_B.jpgCertes, le projet semble avoir été livré précipitamment pour s'harmoniser avec le calendrier de la Triennale d'Architecture. C'est peut-être ce qui explique les nombreuses malfaçons. En tout cas, aucune exposition n'est, pour l'heure, organisée au sein du musée. C'est donc une coquille vide que découvrent les Lisboètes.

Beauté intérieure ? Un mythe !

Après le désastre extérieur – qui serait en passe de démontrer que la Philharmonie de Paris relève, à côté, de la plus pure orfèvrerie... – reste à découvrir le vide intérieur.

En guise de parcours, Amanda Levete a imaginé propulser directement le visiteur dans un espace central monumental, ovoïde, autour duquel se déroule une lourde rampe menant au niveau inférieur.

04(@JPHH)_B.jpgL'endroit ne bénéficie d'aucune lumière naturelle. Un vaste gril technique, sombre, pèse sur le visiteur. Arriver en 2016 et accoucher d'un dispositif aussi lourd laisse à penser que ce musée baigne en pleine régression.

Le cheminement n'est ensuite jamais logique. Le jeu de courbes amène généralement le visiteur là où ils ne devraient jamais se rendre, à savoir vers des locaux techniques ou, plus pratique, vers des toilettes discrètement positionnés. En ces journées inaugurales, tout un chacun se précipite donc, par erreur, au petit coin, avant de rebrousser chemin, sourire aux lèvres.

De l'autre côté, des salles ingrates se suivent. Les murs y sont, bien entendu, courbes – pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? – et appelleront tôt au tard un budget conséquent en cimaises et autre cloisons.

05(@JPHH)_B.jpgEn plus d'être inefficace, le parti d'Amanda Levete ne dit ainsi rien sur l'architecture, ni sur une quelconque expérience spatiale. A peine, laisse-t-elle au public l'image caricaturale d'architectes du geste, capricieux, sachant, de surcroît à peine réaliser leurs dessins.

Bref, ce musée est injure. Sa forme est gratuite et son résultat, particulièrement, coûteux. Blob alors!

Jean-Philippe Hugron

Réactions

bogdan | Brabant Wallon | 06-04-2017 à 21:46:00

C'est une architecture formidable! Bien articulée et permettant en même temps par son fond neutre mais fort, une parfaite expression pour les objets exposés. BRAVO!

iron | 25-10-2016 à 19:27:00

Merci M.Hugron, tout n'est donc pas perdu!

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