vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Livre | Le verbe minimal d'Auguste Perret (26-10-2016)

«Exprimer sa pensée avec le moins de mots et le plus de force qu'il est possible, voilà le style». La phrase n'est pas d'Auguste Perret mais de Jean-François Marmontel, auteur proche de Voltaire. Elle est toutefois citée par l'architecte dans une sélection d'aphorismes réédités aux éditions du Linteau sous le titre 'Contribution à une théorie de l'architecture'*.

Béton | France

Les remarquables éditions du Linteau avait publié en 2003 les lettres à Auguste Perret de Le Corbusier et, en 2009, la correspondance de l'architecte avec sa maîtresse, également critique d'art, Marie Dormoy. Depuis aucun autre texte signé du chantre du classicisme structurel n'a été rendu public. Il faut dire qu'une anthologie avait déjà été proposée aux éditions du Moniteur quand celles-ci n'avaient pas encore renoncé à promouvoir l'histoire de l'architecture.

En 2016, voilà toutefois un nouveau titre, édité, une fois encore, aux Editions du Linteau, loin des échanges épistolaires et autres compilations de textes. La teneur est, cette fois-ci, dogmatique. Auguste Perret signe sa 'Contribution à une théorie de l'architecture'. 

02()_B.jpgUn feuilletage rapide montre qu'il n'y a, à travers cette soixantaine de pages, aucune théorie en bonne et due forme mais bel et bien une seule «contribution» faite de phrases et de citations.

Dans un «avertissement», Bernard Marrey, historien et directeur des Editions du Linteau, prévient que «l’édition originale de ce livre a été publiée en 1952 par le Cercle d’études architecturales chez le libraire-éditeur André Wahl. Auguste Perret avait alors soixante-dix-huit ans. Elle reprenait les aphorismes en exergue des numéros de Techniques et architecture publiés pendant l’Occupation de 1941 à 1944 avec un certain nombre d’ajouts. À l’origine écrits sans suite, ces aphorismes nécessitaient de toute évidence une présentation particulière qui fut étudiée par Henri Jonquières très certainement sous l’œil attentif de Perret».

Le présent ouvrage se veut donc un fac-similé «légèrement réduit» (88%) de l'édition originale. Le lecteur y découvre donc les pensées d'Auguste Perret parmi quelques citations d'Edgar Poe, de Paul Valery ou encore de Fénelon qui assurent discrètement l'introduction de chaque thématique. Aussi le livre paraît plus construit qu'il ne le laisse imaginer au premier regard.

Pour preuve ces mots d'André Gide qui assure que «ce qui paraîtra bientôt le plus vieux, c'est ce qui d'abord aura paru le plus moderne». En vis à vis des propos de l'auteur des Faux Monnayeurs, l'architecte note en lettres capitales Garamond : «celui qui sans trahir les matériaux ni les programmes modernes aurait produit une œuvre qui semblerait avoir toujours existé, qui, en un mot, serait banale,je dis que celui-la pourrait se tenir pour satisfait».

Une page après, la phrase continue dans un élan que tout un chacun aurait pu pensé briser par un simple point : «car le but de l'art n'est pas de nous étonner ni de nous émouvoir. L'étonnement, l'émotion sont des chocs sans durée, des sentiments contingents, anecdotiques».

Reste à découvrir «l'ultime but de l'art» selon Auguste Perret… et pour cela, rien de plus 'délectable' que de se plonger dans cette brève 'Contribution à une théorie de l'architecture'.

Jean-Philippe Hugron

* Contribution à une théorie de l'architecture ; Auteurs : Auguste Perret ; Editeur : Editions du Linteau ; 64 pages ; prix : 10 euros. 

Réactions

Marrey | 27-10-2016 à 10:55:00

Merci de ce beau compte rendu, bien incitateur lire ce petit livre, un peu oublié.
Bien à vous.
B. Marrey

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Album-photos |A Santiago, Teodoro Fernández et l'urgence de la légèreté

Pour abriter les nouveaux locaux du Bureau National d’Urgence du Ministère de l’Intérieur chilien (ONEMI), Teodoro Fernández, architecte, a conçu à partir d’une situation existante un ensemble...[Lire la suite]

elzinc novembre

Notice |Casa MO par Gonzalo Mardones Viviani

Gonzalo Mardones Viviani aime à citer son maitre Alberto Cruz Covarrubias pour qui, un architecture sans idée relèverait simplement de la construction. «Il est à mon sens l’architecte le plus profond de la...[Lire la suite]


elzinc

Visite |Keramis et les cinq mousquetaires

Un bâtiment en peau de girafe. La proposition est étonnante d’autant plus qu’elle revêt le musée de la céramique de La Louvière. Sans doute faut-il y voir une allusion aux craquelures du...[Lire la suite]