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Présentation | Trump Tower, pour la petite histoire... (02-11-2016)

Miroir, ma belle façade miroir...qui est le plus beau ? Que Donald Trump s'y mire… voilà qui ne serait pas surprenant. Sa tour livrée en 1982 à l'angle de la 56e et de la 5e avenue ne lasse plus les médias depuis que le célèbre «tycoon» s'est porté candidat aux plus hautes fonctions de son pays. De quoi en oublier les architectes d'un gratte-ciel : Der Scutt et Swanke, Hayden, Connell and Partners.

New York

Elle fait...ou faisait partie des guides d'architecture. Norval White & Elliot Willensky, qui en signent l'un des plus riches, notent au sujet du gratte-ciel que ses «façades dissimulent un monde de rêves pour d’opulents clients. A l'intérieur, un espace ouvert sur plusieurs niveaux abrite un café, des chutes d'eau mais aussi de grands escaliers mécaniques menant au paradis des consommateurs : un ensemble cliquant, excitant et surtout emblématique du Rêve Américain».

Plus loin, le duo note que «Donald Trump a livré, par la suite, Trump Plaza, Trump Parc, Trump Palace, Trump tout-et-n'importe-quoi et même des Casinos à Atlantic City. Son esthétique est, quoi qu'il en soit, plus proche d'une bonne grosse bière que d'un Veuve Clicquot», disent-ils.

02(@JLascar).jpgDe la coupe à la chope, Wikipédia s'épanche aussi sur le sujet. Les notes de bas de page sont d'ailleurs les plus instructives. La plupart – pour ne pas dire toutes – date, au plus tard, de 2015… année où l'homme d'affaires a lancé sa campagne pour les primaires républicaines.

Depuis, pas un quotidien, pas une revue ne publie un article sur la tour sise Cinquième Avenue. Un jour, voisin de Bruce Willis, l'appartement de feu Michael Jackson est à vendre. Le lendemain, un journaliste propose sa visite du building. Le magazine 'masculin', Esquire, entre autres, assure même le 26 octobre dernier que l'immeuble est un «dépotoir», photographies à l'appui.

Cerise sur le gâteau, un scandale ! Lors du troisième débat pour la présidentielle, Hilary Clinton a mis la célèbre tour dans la balance : des ouvriers sans papiers y auraient travaillé. La candidate, en vue d’émousser le pourfendeur de l'immigration contrôlée, fonde son propos sur un article du Time paru en août dernier.

Dans cette histoire, l'architecture reste un parent pauvre. Pas un mot ! Les revues d'architecture françaises ne sont pas plus loquaces. Aucune n'a vraisemblablement publié de sujet, en 1982, lors de l'achèvement du gratte-ciel ; il faut reconnaître qu'à l'époque, la hauteur ne faisait, de ce côté de l'Atlantique, plus débat ; elle était intégralement rejetée.

Paul Goldberger, critique d'architecture, signait, quant à lui, le 12 septembre 1982, dans The New York Times, un article sur les nouveaux immeubles de New York intitulé : «cette année sera celle des gratte-ciel».

Et pour cause, le Rockfeller Center fêtait alors ses cinquante ans et le MoMa promettait une exposition dédiée à trois nouveaux gratte-ciel situés à Hong-Kong, Jeddah et Boston. Pour sa part, Paul Goldberger prenait note d'un autre triptyque remarquable :  I.B.M., A.T.& T., Philip Morris. La plus connue reste aujourd'hui la seconde. Signée Philip Johnson et John Burgee, elle reprenait les lignes d'une pataude armoire chippendale. Quoi qu'il en soit, elle consacrait, pour l'auteur, «une attitude post-moderne capable de rendre digne et somptueuse une architecture publique (sic)».

06(@TFano)_B.jpgDans ce contexte, il était «plus difficile d'être optimiste en ce qui concerne la Trump Tower». «C'est une construction dans laquelle les architectes pensaient rompre avec le caractère maussade des boites modernistes non pas en rejetant le vocabulaire moderne dans son intégralité, comme avec le A.T.&T., mais en essayant d'injecter, par la force, un peu de vie à l'intérieur. La tactique était de varier les formes chez Trump contrairement à la Museum Tower habillée d'une peau de verre abstraite et colorée façon Mondrian».

Un an plus tôt, face au projet en construction, le critique signait toujours dans The New York Times, un article, cette fois-ci, plus optimiste comparant, une nouvelle fois, Trump Tower et A.T.&T.. La première, selon lui, est une «forme active» sinon une «indication quant à la manière dont les architectes sont impatients de prouver qu'ils peuvent créer des formes plutôt que des boîtes». La Trump Tower marquerait ainsi, à New York, le début de formes davantage «sculptées».

03(@JHitchcock)_B.jpgAda Louise Huxtable, critique disparue il y a trois ans, notait en novembre 1982 dans The New Criterion, son dépit face à l'immeuble du célèbre tycoon. «Der Scutt a conçu la gigantesque Trump Tower, une forme facettée, s'élevant dans le ciel et détruisant autant l'échelle que l'ambiance de la Cinquième Avenue. Cette prouesse douteuse avait d'ores et déjà été démontrée par l'Olympic Tower, la première structure à faire fi de l'avenue en prenant avantage, par l'entremise d'un constructeur astucieux, des volumes autorisés. La Trump Tower pourrait être intéressante n'importe où ailleurs ; elle est ici totalement déplacée. Son effet destructeur sur les traditionnelles constructions en pierre de la Cinquième Avenue sera magnifié par une façade de verre aux reflets de bronze». Pour l'auteur, l'architecte aurait dû regarder plus au sud et s'inspirer du Rockefeller Center.

Le 4 avril 1983, Paul Goldberger rend enfin compte de sa visite sur place. Dès la première phrase, le critique attaque : «Il n'était pas difficile de s'attendre à ce que la Trump Tower […] soit stupide, prétentieuse et pas qu'un peu vulgaire».

04(@MMendez).jpgQuelques lignes plus tard, le ton se fait toutefois plus doux. «L'atrium de la Trump Tower pourrait bien être l'espace public le plus plaisant réalisé ces derniers années à New York. […] Ce succès revient d'une part aux architectes […] mais aussi au promoteur, Donald Trump et surtout à une pierre […], du marbre Breccia Perniche».

Aujourd'hui, le building reste un brin 'nouveau riche' dans ses aménagements. Ces atours extérieurs sont, quant à eux, moins datés que ne peuvent l'être ceux d'A.T.& T.. Ceci étant dit, les frasques de son promoteur et propriétaire finiront de détourner une grande partie des regards. De quoi disparaître une bonne fois pour toute des guides d'architecture...

Jean-Philippe Hugron

05(@MVadon)_B.jpg

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