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Exposition | Kersten Geers et David Van Severen, la trame d'une histoire (23-11-2016)

Leur agence s'appelle tout simplement OFFICE. Au laborieux vocable, tout en majuscule, les deux associés fondateurs ajoutent leur patronyme. En guise d'adresse ? Bruxelles. Depuis la capitale fédérale belge, le duo formé à Gand défend une architecture radicale et annonce, avec brio, un nouvelle époque. Une exposition actuellement présentée à Arc-en-Rêve jusqu'au 12 février 2017 en témoigne largement.

Arc en Rêve | France

«Everything Architecture». Le titre de l'exposition présentée d'abord à Bruxelles, à Bozar, et, dorénavant, à Bordeaux, a le mérite d'être clair : «tout est architecture». Tant et si bien qu'au premier regard, tous ces objets disparates curieusement accumulés au premier étage de l'entrepôt Lainé se rattachent à l'art de bâtir. Ici, une photo, là une sculpture...plus loin une peinture... L'étrange compilation est même savamment orchestré selon une trame rigoureuse.

Au sol, des nombres se succèdent : ils ouvrent la voie à une légende mais aussi une indication graphique. Chaque numéro, en effet, correspond à un projet ; jamais choisi aux hasards, il coïncide à la manière dont les deux associés classent chronologiquement leurs plans. OFFICE, aussi simple qu'efficace.

Au final, l'exposition peut avoir des allures de grille mathématique ou encore de tableau pour bataille navale. Le guide d'exposition fourni à l'entrée est plus prolixe. D'aucuns peuvent y découvrir nom, programme, lieu, date mais aussi plan... La surprise est alors de taille : tous semblent piranésiens. Dans des formes géométriques simples et répétitives, Kersten Geers et David Van Severen mettent en scène le désordre des usages.

02(@OFFICE).jpgDes objets exposés – beaucoup de maquettes mais aussi quelques représentations –, le visiteur comprendra rapidement que le duo cherche davantage à s'émanciper d'un discours figé ; il appelle sans cesse à l'interprétation de chacun.

Il est donc possible de trouver des références modernes – le projet d'une nouvelle capitale sud-coréenne aux allures de plan voisin – mais aussi des réminiscences postmodernes – une pièce de mobilier intitulé 'table OFFICE + chaise solo' reprend curieusement les lignes Memphis d'Ettore Sottass ou de Michele de Lucchi.

03(@BasPrincen)_B.jpgDe la liberté ? «De l'ambiguité !», répondent les deux associés. Le mot est certes bon. Kersten Geers a toutefois récemment co-édité un livre sur Robert Venturi, John Rauch et Denise Scott-Brown intitulé : «The Difficult Whole».

Pour contrer cette «difficile totalité», le duo belge assure «prendre des décisions simples» ; «nous ne cherchons pas à être d'accord sur l'argumentaire mais sur le projet», assurent-ils.

04(@BasPrincen).jpgD'une communauté linguistique, le rapprochement avec Rem Koolhaas pourrait être rapidement fait. Sans doute le célèbre Batave, issu d'une vague culture protestante, cherche à trop imposer sa vérité pour séduire Kersten Geers et David Van Severen. Ce dernier explique même avoir, pendant ses études, rejeté une figure qui devenait incontournable. Peut-être faut-il tuer le père pour l'aimer ? Pour l'heure, OFFICE préfère ne pas s'en remettre à l'OMA pour mieux laisser une part de mystère. Autant d'ailleurs que cette exposition qui laisse entrevoir une manière étrange de présenter le projet ; jamais l'agence ne réalise de perspective. Elle ne donne que dans le collage informatique – un parti pris qui fait, depuis, de plus en plus école. «C'est une manière oblique de montrer les choses. Elle nous permet de montrer aussi ce qui est important»,expliquent-ils.

Les maisons imaginés de part le monde, en Belgique, en Chine ou encore en Espagne – des programmes souvent radicaux dans leur conception – laissent place dorénavant à des commandes plus importantes. L'agence promet, entre autres, la livraison prochaine du siège de la télévision suisse à Lausanne, en marge du Rolex Learning Center.

05(@BasPrincen).jpgA bien des égards, le plan masse choisi semble être le négatif de Sanaa. Le duo s'en défend. Le patatoïde – rigoureusement tramé – se justifie par le site lui-même. Le hasard serait malgré trop étrange : de l’ambiguïté, encore et toujours !

Rarement une production contemporaine se montre aussi intrigante ; protéiforme, elle appelle le sens comme un paratonnerre, la foudre. Il n'y a donc pas à s'étonner que Kersten Geers et David Van Severen fassent désormais école et signent bientôt les chaudes heures d'une nouvelle génération d'architectes encore balbutiante.

Jean-Philippe Hugron

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