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Livre | Patrick Bouchain, le pouvoir de faire (30-11-2016)

«Au sortir de l’école d’architecture, j’ai décidé de ne pas construire moi-même mais de rester du côté de la maîtrise d’ouvrage, du terrain», écrit Patrick Bouchain. Alors que les grands travaux viennent de recevoir le label «patrimoine du XXe siècle», de «petits» travaux autrement remarquables restent en marge. L’architecte revient sur sept d’entre eux, tous réalisés aux côtés de Jack Lang, dans un livre paru aux éditions Actes Sud*.

France

Intitulé «le pouvoir de faire», le nouvel ouvrage de Patrick Bouchain se veut une somme d’«épisodes»  plus que de «modèles». La maison d’édition a d'ailleurs pris l’étrange parti de glisser le nom de Jack Lang en guise de co-auteur même si sa plume ne transparait jamais.

Pour l’architecte, l’homme politique se devait, sans doute, d’être présent sur la couverture ; c’est une manière d’incarner cette «rencontre entre une vision politique, celle de Jack Lang, et des convictions parfois peu conformistes (les miennes), entre l’audace décisionnaire et le sens du terrain», note-t-il.

«Nulle complaisance, nul esprit ‘vieux combattant’» ne devait se manifester. «Mon propos n’est ni historique ni, tant s’en faut, hagiographique», précise-t-il. La critique reste toutefois étrangère aux pages du livre. Patrick Bouchain précise, en effet, à l'égard de ce compagnon socialiste, avoir eu «le sentiment de rencontrer la bonne personne au bon moment, celle qui vient combler une attente diffuse. Ce phénomène, souvent décrit dans le cas de rencontres amicales, est très rare en politique».

Chaque chapitre, sans de par trop souligner ce qui pourrait être une amitié, est l’occasion de relater, plus qu’une variété de projets, les conditions de leur élaboration. Les solutions constructives ou techniques sont donc généralement passées sous silence. En revanche, l’auteur témoigne d’une «façon de concevoir la nouveauté comme une réinvention permanente, déjouant les attentes et les codes connus».

Les projets des Ateliers de Création Industrielle à Paris, de Centre d’Art à Grenoble, du jardin des Tuileries ou encore des fameuses colonnes de Buren au Palais Royal font partie de ces «épisodes» retracés avec force détails. Patrick Bouchain rapporte, à sa manière, l’esprit de mai 81 mais surtout «la confiance et le laisse faire» de Jack Lang.

«C’est là [son] génie : éviter au maximum les réunions et la création de nouvelles structures, faire avec ce que l’on a, insuffler l’enthousiasme pour réunir les personnes et oublier les chapelles administratives», affirme l’architecte.

02()_S.jpgLoin de toute vérité historiographique ou d’objectivité réelle, Patrick Bouchain mentionne aussi bien le «non-programme» des Ateliers de création industrielle, leur fonctionnement fondé sur l’apprentissage par le projet ou encore la réintroduction du «faire» sur le «modèle de la pratique de Jean Prouvé».

Il raconte aussi la transformation, à Grenoble, de la halle Bouchayer-Viallet en musée d’art contemporain ou, plus exactement, en «lieu de production». Il évoque longuement «l’affaire du Palais Royal», le choix de Daniel Buren qui, face à la polémique, assurait qu’on parle d’art public autant que de fille publique, «comme si l’art ne rejoignait la rue que honteusement, par la porte de derrière et en rasant les murs». Patrick Bouchain en assistant l’artiste dans la mise au point de ce projet, a essuyé, lui aussi, bien des déboires.

«On ne critique pas quelqu’un qui fait ; il faut juger la chose finie, on en tirera les leçons en temps voulu, mais on ne défait pas ce que l’on est en train de faire, on va jusqu’au bout du processus expérimental», souligne l’homme de l’art.

Au final l’ouvrage n’est pas un manuel à l’attention des architectes «au royaume des promesses non tenues [et]à l’ère des discours creux ou résigné» mais un témoignage qui montre combien l’action est toujours possible.

Reste, enfin, une phrase, prise au vol, qui intrigue autant qu’elle sonne comme une exhortation destinée aux maîtrises d’ouvrage : «l’architecture doit être l’expression de la qualité de sa commande».

De quoi méditer sur le pouvoir de faire dans un contexte législatif qui, avec la loi portant sur la Liberté de création, reconnait enfin «un permis de faire».

La leçon aurait-elle été ainsi entendue après plusieurs décennies de combat ?

Jean-Philippe Hugron

*Le Pouvoir de faire ; auteur : Patrick Bouchain et Jack Lang ; éditeur : Actes Sud ; Prix : 19,00€

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