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Visite | Vill'up, du gâchis décoratif en architecture (30-11-2016)

Une maquette à l’échelle 1 de deux étages de la Tour sans Fins y a été construite. Les prestigieux globes de Marly y ont été entreposés. Légendes urbaines ? Loin du crocodile terrifiant les égoutiers parisiens, ces deux histoires sont vraies. Aujourd’hui, de jolis contes, il n’y a plus que de bons comptes. La quatrième nef de la Cité des Sciences est devenue un centre commercial. SCAU et Alain Farel en signent l’architecture. Fort heureusement, pas le décor.

Commerces et hôtels | France | SCAU

L’invitation promettait un moment spectaculaire : il était donné rendez-vous à la presse fin novembre pour assister à une démonstration du plus grand simulateur de chute aérienne, à La Villette. Le vaste tunnel de verre construit au dessus d’une soufflerie composée de quatre réacteurs d’avion promet, à qui le souhaite, une ascension vertigineuse, dans les airs, à 14 mètres au dessus du sol.

La visite avait aussi un enjeu architectural : montrer comment a pu être transformée la quatrième travée de la Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette.

Les pouvoirs publics ont séché sur la question pendant près de trente ans laissant dépérir un immobilier prestigieux. Déjà, la salle des ventes des abattoirs s’était révélé un monumental fiasco avant d’être transformée en musée dédié aux découvertes scientifiques.

Privilège de l’Etat – ou luxe ? – , une partie importante de l’édifice est restée vide des décennies durant, sans affectation aucune. Il fallut attendre 2005 pour trouver la situation préoccupante. Plutôt que de prendre à bras le corps le dossier, l’Etat s’en est dessaisi pour l’offrir en pâture au secteur privé. Pourquoi pas !

02(@Artefactory)_S.jpgAu programme : un «mall» avec «multiplex». Au nord-est de Paris, le centre commercial du millénaire, implanté de l’autre côté du périphérique, peine pourtant à séduire le chaland. Le cinéma construit non loin le long des Maréchaux, en marge de la ZAC Claude Bernard, est bien souvent tranquille. Bref, l’opportunité de réaliser un énième équipement mercantile pouvait en désespérer plus d’un. Réinventer Paris et ses incubateurs philanthropiques n’avaient d’ailleurs pas encore été à l’ordre du jour sans quoi un cyber-potager vertical et une couveuse à laitue auraient pu y trouver place.

Faute d’imagination, voilà donc un nouveau centre commercial. Bien en peine, avec pour seule attraction un «Lab» dont on ne savait ni comment ni pourquoi il fonctionnait, le promoteur a eu la belle idée d’implanter un simulateur de chute libre, le premier à Paris, le second en France, après celui de Lyon.

03(@DR)_B.jpgLa question architecturale devait, quant à elle, répondre à des impératifs pratiques, logistiques et sécuritaires. Implanter dans cette travée un centre commercial n’avait rien d’évident. Et pour cause, le lieu servait d’issue de secours à la Cité des Enfants voisine. Un casse tête.

Qui plus est, ABF et Cité des Sciences en tête, nombreux se sont montrés particulièrement vigilants à ce que l’image du bâtiment d’Adrien Fainsilber ne soit pas dénaturée autant que les célèbres serres de Peter Rice.

In fine, SCAU et Alain Farel ont décidé d’exploiter le vide au dessus de «l’entre-sol» comme volume disponible pour y placer, suspendu, le cinéma. Les plateaux existant, en dessous, ont été, quant à eux, partiellement détruits pour créer, d’une part, un atrium face à la serre de Peter Rice et, d’autres part, pour laisser une faille centrale à même d’apporter un tant soit peu de lumière à une construction profonde et gérer la question des circulations verticales en plus de leur attribuer la plus grande lisibilité.

Restaient à penser les dispositifs sécuritaires rendus particulièrement complexes par l’organisation de la Cité des Sciences. D’un côté, un tunnel traversant tout l’édifice permet un accès pompier de part en part (ce qui a permis – la bonne idée ! – d’éviter le classement de l’équipement en IGH) devait être préservé et les issues de secours du cinéma devaient être déportées à l’extérieur sans que l’image du bâtiment ne soit transformée.

04(@SCAUFarel)_B.jpgSi tous ces dispositifs s’avèrent pertinents, ils s’en retrouvent malmenés par les impératifs commerciaux d’un exploitant qui, en lieu de s’en retourner vers un bon sens esthétique, préfère probablement les préconisations d’études de marché.

Autant que les instituts de sondage se montrent d’une douteuse pertinence en période électorales, les spécialistes du «merchandising» versent dans la plus confondante laideur en plus d’inonder le chaland de concepts aussi fumeux qu’incohérents…en anglais, bien évidemment !

05(@DR)_S.jpgIci, à Vill’up, il est question d’offres pour les «kids» à qui l’ont promet «yoo moov», une attraction inédite quand les parents, après avoir franchi un panneau «welcome to fabulous vill’up», iront arpenter les sinistres galeries d’un «happy loft» avant de se rendre au «Ifly».

Certes, toutes ces recettes devraient permettre d’engranger 80 millions d’euros par an… à croire donc que les études ne sont pas si mauvaises mais l’esthétique qu’elles appellent piquera certainement les yeux de bien des architectes…

Jean-Philippe Hugron

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