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Actualité | Architecte, une profession qui sort de la crise ? (30-11-2016)

«Sortir de la crise». En lettres rouges sur fond blanc, la phrase ressemble à une injonction. Elle sert de titre aux propos liminaires tenus par François Rouanet, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Architectes, qui introduisent la deuxième édition d’Archigraphie, une étude statistique illustrant l’état alarmant d’une profession.

France

Pour le CNOA, il y a un premier indicateur préoccupant. «Le nombre d’entrées dans l’Ordre était systématiquement supérieur au nombre de sorties entre 2003 et 2009. Toutefois […] la crise de 2008 a changé la donne : le nombre d’entrées est à peu près similaire au nombre de sorties depuis 2010», note l’étude qui explique ce phénomène par une progression des départs de l’Ordre du fait de «difficultés rencontrées par un certain nombre d’architectes à obtenir des contrats dans un contexte économique de crise» mais aussi par un «marché du travail particulièrement tendu pour les jeunes diplômés» et une «progression d’autres formes d’exercice qui ne nécessitent pas une inscription immédiate».

Voilà qui amène, en toute logique, aux thèmes propres à l'exercice du métier. Le nombre d’associés tend, par exemple, à dépasser celui des architectes libéraux. Alors que l’Ordre distingue six types d’activité (les libéraux, les associés, les salariés, les fonctionnaires, ceux qui n’exercent pas la maîtrise d’œuvre mais qui sont inscrits à l’Ordre et les exercices exclusifs à l’étranger), différentes évolutions sont à constater. «Les effectifs d’architectes associés ont nettement augmenté en raison des difficultés liées aux conditions d’exercice de la profession en libéral et de l’appréciation des risques juridiques et financiers».

En 2000, près de 18.000 architectes étaient des libéraux alors que 6000 étaient considérés comme «associés». En 2015, près de 14.000 architectes sont libéraux et plus de 12.000 sont «associés».

«Il ne s’agit pas d’un transfert des libéraux vers les associés mais bien d’un arbitrage des nouvelles générations d’architectes qui diffère de celui des générations précédentes. Les nombreux départs à la retraite à venir parmi les architectes libéraux devraient participer à l’accélération de cette tendance les prochaines années», note l’Ordre.

Si l’Ordre affirme que le nombre d’architectes salariés inscrits est «stable», il passe de près de 2.000 à 1.034… un chiffre divisé par deux à mettre en relation avec un effectif salarié global passant de 33.000 en 2010 à 28.400 en 2014 (soit -13% en quatre ans), un nombre pouvant laisser à penser la lente agonie du salariat en agence où des carnets de commandes trop élastiques ne peuvent s’accommoder d’un code du travail trop strict.

L’Ordre propose en parallèle un «zoom sur le phénomène auto-entrepreneur» lequel serait «un régime qui séduit les jeunes générations».

La séduction est ici un bien grand mot. D’ailleurs, l’Ordre souligne que l’auto-entrepreneur peut être synonyme «pour certains» de «précarisation». En 2014, le nombre d’architectes exerçant en auto-entrepreneur était de 5821, la majorité avait moins de 35 ans.

Les chiffres du chômage chez les architectes sont eux aussi inquiétants. Si le nombre d’hommes chute (-41%) entre 2010 et 2016, celui des femmes augmente fortement (+36%). Ces évolutions sont à mettre en regard de la féminisation de la profession. L’Ordre note également que la part des architectes inscrits comme demandeurs d’emploi s’est particulièrement accrue chez les jeunes hommes (30% des hommes architectes inscrits à pôle emploi).

Si ce portrait peut être relativement sombre, l’Ordre souligne que «malgré la forte crise économique […], les architectes ont su maintenir leur part de marché qui s’établit à 42% de l’activité du bâtiment».

Les perspectives de l’année 2016 seraient d’ailleurs «bonnes». En cause, «le prix bas du baril de pétrole qui stimule la consommation des ménages et l’investissement productif» mais aussi «les conditions attractives du crédit» et un «regain de l’immobilier de rapport». Bref, du bienfait de la conjoncture.

Si nombre de verrous structurels semblent encore bel et bien présents, l’Ordre voit un appel d’air dans plusieurs «réformes». Parmi elles, la loi Transition énergétique pour la croissance verte ou encore la loi sur la Liberté de Création, Architecture et Patrimoine qui élargit les «conditions de recours à l’architecte».

Enfin, en matière d’efforts, l’Ordre invite tous les professionnels à davantage communiquer sur leur rôle en matière d’amélioration de la performance énergétique et à s'orienter vers un travail plus «collaboratif» afin de «remporter certains appels d’offres». Pour conclure, il s’agirait de «faire évoluer les structures vers des cabinets d’associés plus adaptés aux chantiers de grande envergure». Face à un avenir incertain, l’union ferait donc la force…

Jean-Philippe Hugron

 

Réactions

Degio | Chef | Antony | 01-12-2016 à 16:31:00

On connaît la blague de l'hypocondriaque qui avait choisi pour épitaphe : "Je vous l'avais bien dit que j'étais malade". Quel rapport? Eh bien la "sortie de crise" est une prophétie auto-réalisatrice qui finira bien par se vérifier quelque jour...

Viellard archiliste | gérant | idf | 01-12-2016 à 11:09:00

Article très intéressant le CNOA travaille bien!

JCBLYON | architecte | rhône alpes auvergne | 01-12-2016 à 08:25:00

"les jeunes générations séduites par le statut d'AE"...Elle est bien bonne celle-là, comme toujours la Profession se paye de mots ! Le statut d'AE, c'est ni plus ni moins que du salariat déguisé obligé, à prendre où à laisser. Et, au passage, cela crée une distorsion concurrentielle inadmissible entre certaines agences (la mienne par exemple, 1 salariée dûment déclarée), et d'autres. C'est sûr qu'avec un coût du travail divisé par 2, certains, beaucoup, ne se gênent pas...De toute façon c'est le grand laissé-faire.

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