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Visite | 5+1AA, une démonstration matérielle (07-12-2016)

Rome est en ruine ! Transports chaotiques, chaussées défoncées… les crises économiques et politiques laissent, ici et là, leurs traces. Quoi qu'il en soit, Fendi illumine son nouveau siège situé au sein du «Colisée carré» de l'EUR et BNP inaugure sa nouvelle adresse romaine conçue par 5+1AA.  

Bureaux | Rome | 5+1AA Alfonso Femia Gianluca Peluffo

Alors qu'une foule d'architectes, d'étudiants et de curieux se pressaient pour visiter le siège de BNP à Rome, début novembre, les journaux italiens s’agaçaient d'une autre architecture : le palais des congrès de Massimiliano Fuksas suscitait l'ire des Romains. Le monstre inauguré en fanfare après des années de retard a coûté la maigre somme de 353 millions d'euros (dont 22 millions d'honoraires). La facture ne passe pas.

A l'opposé, le siège de BNP donne dans la frugalité sans, pour autant, renoncer à des atours chatoyants. En marge de l'horriblissime et kitchissime gare Tiburtina érigée, quelques années plus tôt, par ABDR Architetti Associati et Paolo Desideri, 5+1AA a souhaité créer «un dispositif urbain» sinon une «tête» pour ce quartier ingrat entre cimetière et lignes de chemin de fer.

02(@LucBoegly)_B.jpgSi la gare induisait, par ses proportions importantes, un changement d'échelle, l'environnement bâti appelait à limiter une trop grande brutalité. 5+1AA a donc pris le parti en vogue à la fin des années 70, alors que la modernité affirmée n'avait plus cours, de tromper l’œil et d'effacer la masse par un jeu de façades miroirs.

Alfonso Femia, associé de l'agence, y voit une réponse «baroque», quasi romaine :  «j'appelle volontiers ce projet le 'ciel vertical'. Le bâtiment met en scène l'atmosphère autant que l'art baroque pouvait jouer de la lumière», dit-il. Le dispositif se veut «perceptif» et l'ensemble digne d'un «nouveau récit urbain». «Nous avons construit un paysage dans le paysage», sourit-il.

03(@LucBoegly)_B.jpgSept teintes différentes de verre ont été mises en œuvre. Expositions, considérations énergétiques mais aussi esthétiques ont dicté des degrés différents de transparence. «Le bâtiment se plie pour devenir liquide», résume l'architecte.

Quoi qu'il en soit, les atours de cette longue (235 mètres) et haute (50 mètres) lame de verre montrent d'autres raffinement, notamment une vêture de céramique. L'escalier monumental et le vaste hall semblent indiquer, eux aussi, un confortable budget ; il n'en est rien. Pour 83 millions d'euros, 5+1AA a bâti 75.000 m². C'est sans doute dans cette étroite arithmétique que réside l'intérêt du projet et ce d'autant plus qu'Alfonso Femia revendique «un droit à la matière» généralement difficile à rendre acceptable par une maîtrise d'ouvrage...et même par une entreprise de construction.

04(@5plus1AA)_S.jpgL'architecte aime alors évoquer – avec, sans doute, une certaine nostalgie – quelques remarquables figures. En tête, Gio Ponti. «A travers un travail décoratif, il a réintroduit la céramique en architecture. Il se montrait, après Guerre, à l'initiative d'une recherche qu'il menait de front avec les fabricants», dit-il.

«Ce travail sur la matière ne doit pas être une lutte d'architecte», poursuit-il. Avec un industriel – à l'instar de ce qui pouvait être possible au détour des années 60 – 5+1AA a mis au point un panneau en céramique aux dimensions inédites : «nous voulions donner une troisième dimension à la façade», souligne-t-il.

05(@LucBoegly).jpgC'est donc un appel à l'innovation raisonnable que lance Alfonso Femia à travers ce projet. «Il s'agit de mettre de la valeur au delà de l'architecture», dit-il. La construction doit être une investigation autant qu'un investissement.

C'est ainsi un changement de culture que 5+1AA souhaite voir se produire. «Il faut redonner confiance à l'architecte et penser différemment la relation à l'entreprise», affirme l'associé. Tout un programme qu'il s'évertue désormais à mettre en pratique en France.

Pas si facile.

Jean-Philippe Hugron

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