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Exposition | Pour avoir la 'côte' ? Tous à la plage ! (11-01-2017)

Tous à la plage ! L'injonction arrive en plein hiver et à Paris… Voilà un surprenant calendrier pour une remarquable exposition présentée jusqu'au 12 février à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine qui livre aux visiteurs l'histoire de l'architecture balnéaire avec, en guise de point d'interrogation, son avenir. De quoi saisir l'opinion sur ce sujet abandonné.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France

Espace pudique avant d'être espace public, la plage était à la fin du XVIIIe siècle le curieux endroit où, pour se soigner de quelques maladies, des patients se trouvaient contraints de se plier aux préceptes d'une étrange thérapie : des bains de mer !

Des bains de mer...cul nu ? Des cabines de bain hippomobiles ont assuré aux plus nobles un tant soit peu d'intimité. L'exposition 'tous à la plage' débute ainsi sur cette fantasque pratique née en Angleterre.

Ce choix est d'autant plus judicieux que ces véhicules aux allures de burkini à roulettes et à cheval ont progressivement adopté des contours plus architecturaux. En témoigne l'extravagante cabine de bains mobile sur rails du roi Alphonse XIII à San Sebastian en Espagne (1908).

02(@GeorgeEastmanMuseum).jpgLe fil conducteur, s'il n'est littéralement exprimé, n'en est pas moins clair : la plage s'est faite, en près de deux siècle, l'instigatrice de programmes architecturaux originaux : de l'hôtel à la villa en passant par casinos, résidences et autres clubs. Au-delà, c'est un urbanisme de villes nouvelles qu'ont porté ces pratiques d'abord hygiénistes puis ludiques.

L'exposition illustre ainsi l'apothéose d'une promotion privée qui a toujours misé sur la séduction ; la côte est rapidement devenue l'objet de toutes spéculations et l'architecture balnéaire s'est faite phénomène de mode.

A mesure que les maillots se sont raccourcis, les ambitions sont devenues plus grandes. Le tourisme de masse a en effet appelé une vision davantage territoriale. Les villas, en laissant progressivement la place à des immeubles modernes, ont incité les autorités à imaginer des dispositifs régionaux : plans, schémas, «missions». Il y avait en outre l'objectif de capter une quantité non négligeable de touristes venus du nord de l'Europe se dirigeant notamment vers l'Espagne, beaucoup plus dynamique sur ces questions.

Sont alors nés de grands gestes urbains et architecturaux : la Grande Motte ou encore Marina Baie des Anges. En parallèle, bien des expérimentations sont présentées illustrant les recherches menées au détour des années 60 sur des unités minimales d'habitation à l'instar de l'habitat modulable et nomade imaginé par Jean Tribel et Jacques Berce, le Tetrodon qu'une publicité, en anglais, vante comme «the versatile body with 1001 uses».

03(@CIVA)_S.jpgC'est avec quantité de documents originaux allant de photographies anciennes à de grandes maquettes d'époques (notamment le surprenant modèle réduit du jardin exotique de Monaco) en passant par des documents graphiques aussi précieux que des dessins d'Alban Chambon, que le propos historique est illustré.

04(@RaymondGleizeSIAF-CAPA).jpgL'exposition, sans l'éluder, laisse en suspens la question contemporaine. Les utopies de Vincent Callebaux aux allures de science fiction éculée laissent sur sa fin. Est-ce-là la seule et unique vision actuelles, un peu audacieuse, face aux programmes résidentiels néo-provençaux et néo-anglo-normands, également présentés sur les murs de la Cité ?

Les évolutions du tourisme – notamment des séjours plus courts tout au long de l'année – exigent pourtant de nouvelles formes bâties. Cette exposition montre combien les pouvoirs publics, d'un côté, et les architectes, de l'autre, se sont désintéressés d'un milieu désormais laissé en pâture à une promotion immobilière sans grande ambition.

Enfin, si un vandalisme récurent – lié notamment aux effets de mode – a condamnée à la disparition de nombreuses architectures de qualité, la montée inexorable du niveau de la mer se montre bien plus menaçante. Le sujet, dépassant tout calendrier électoral, passe de main en main, de mandature en mandature, sans qu'il ne soit jamais pris véritablement au sérieux.

05(@VincentCallebaut)_S.jpgL'exposition sonne donc le signal d'alarme sur des questions patrimoniales mais aussi environnementales. Quand s'ajoute à l'art du statu quo, la volonté de figer un patrimoine, une société semble passer à côté de sujets majeurs. Triste constat en guise de conclusion. Alors, architectes, à vos pâtés !

06(@GeorgesCandilisSIAF-CAPA)_B.jpg

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