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Edito | Règles et normes, ces nouveaux vandales (11-01-2017)

Le vandalisme architectural a fait les belles heures de célèbres anthologies. A mesure des pages, la Révolution Française, cette grande faucheuse, Haussmann et ses émules, puis la modernité, porteuse d'une terrifiante tabula rasa, ont été accusés des plus grands crimes. Aujourd'hui, ni l'idéal révolutionnaire, ni une posture dogmatique n'est en mire. Les règles et les normes qui régissent notre société et qui pourraient, d'ici peu, porter atteinte – la belle ironie – à un patrimoine moderniste, le sont bien plus. Les CAUE d'Ile-de-France ont pris, fin décembre, position sur un sujet qu'ils jugent préoccupant.

France

Il y a d'abord ces unes de journaux puis tous ces articles parus durant l'été 2016 où des maisons à colombages mais aussi des églises en pierre semblent avoir disparues derrières d'horribles couches d'isolant. La critique, particulièrement virulente, ciblait alors pour responsable le décret du 30 mai 2016 imposant, dans l'embarquement des travaux de rénovation énergétique, l'isolation par l'extérieur.

Pour les CAUE d'Ile-de-France, il y a là une erreur d'appréciation. «Les garde-fous sont nombreux et la loi est, en ce sens, bien rédigée. Aussi scandaleuses que spectaculaires, ces situations savamment orchestrées, relèvent du plus pur vandalisme architectural. En d'autres termes, il n'a pas fallu attendre ce décret pour voir de telles aberrations qui sont à mettre sur le compte d'une méconnaissance crasse plus que sur celui d'une application en bonne et due forme de la loi», notent-ils dans un «billet d'humeur».

«Dans ce contexte, l'ire des associations de défense du patrimoine pourrait détourner le législateur du véritable risque encouru. En effet, loin de ces considérations, un patrimoine récent, moderne et contemporain, celui post-48, est, quant à lui, menacé car aucune des règles fixées ne le met à l'abri de ravageuses transformations. Des grands ensembles aux petits pavillons de banlieue en passant par écoles et autres équipements publics, il y a pour ces constructions datées de la seconde moitié du XXe siècle, la plus grande incertitude. Déjà des dispositifs PALULOS (Prime à l'amélioration des logements à utilisation locative et à occupation sociale) ont causé, dans l'indifférence, de nombreux torts», poursuivent-ils.

Habillées de doudounes thermiques, tours et barres se sont en effet épaissies autant que de nombreuses constructions d'après-guerre ont perdu leurs proportions mais aussi leur modénature. Bien des rénovations opérées depuis quelques années ont d'ores et déjà porté le coup de grâce à des ensembles qui, sans être remarquables, pouvaient être qualitatifs mais aussi représentatifs d'une époque.

Fort heureusement – et les CAUE d'Ile-de-France le rappellent à juste titre – des opérations menées ici et là permettent de démontrer que des réhabilitations aussi soigneuses que respectueuses peuvent être possibles. Ainsi, les façades si caractéristiques de la cité des Bleuets, à Créteil, ont pu être préservées grâce au parti pris de l'agence RVA en charge de sa modernisation. L'image brutaliste des grandes pyramides du pont de Sèvres, à Boulogne-Billancourt, a également été respectée lors d'une «rénovation thermique» brillamment conduite par l'agence Eliet & Lehmann qui s'était déjà illustrée sur ce sujet en privilégiant une approche patrimoniale, notamment à Fontainebleau, dans une cité conçue par Marcel Lods. enfin, les tours de l'Atelier de Montrouge ont pu, elles aussi, grâce à Paul Chemetov, retrouver leur superbe d'origine.

Si des maîtrises d'ouvrage – ici, principalement des bailleurs sociaux – ont eu l'intelligence de travaux réalisés dans le plus grand respect, d'autres pourraient se montrer moins sensibles à la question d'un patrimoine moderne. Combien de municipalités mais plus encore d'entreprises et de particuliers pourraient, sans un conseil avisé, porter atteinte à des constructions ?

Les CAUE avancent, dans ce contexte, leurs savoir-faire et font valoir, à juste titre, leur place. Encore faudrait-il leur attribuer les moyens nécessaires pour agir.

Cette sonnette d'alarme est, en tout cas, d'autant plus judicieusement tirée que les projets de rénovation thermique vont être de plus en plus nombreux et que l'architecture moderne, même sans être sous la menace de normes strictes, fait l'objet du plus grand mépris : le musée des Arts et Traditions Populaires de Jean Dubuisson est toujours à l'abandon, l'école d'architecture de Nanterre est en ruine, l'ancien siège de la construction métallique de Binoux, Fayeton et Folliasson en cours de démolition sans citer d'autres exemples encore plus fameux. L'heure est grave.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Anne | 12-01-2017 à 10:40:00

Et pendant ce temps les logements neufs qui pastichent l'ancien pullulent dans nos ville!

Rédaction | 11-01-2017 à 23:34:00

Les tours de l'Atelier de Montrouge à Ivry

Martin | 11-01-2017 à 23:18:00

Quels sont les bâtiments qui servent d'illustration à cet article (photo de jphh) ? Merci.

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