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Actualité | Louvre : de l'effet Bilbao au méfait Lens (18-01-2017)

Le constat est presque alarmant. Un article des échos daté du 13 janvier 2017 titre «le Louvre-Lens peine à redynamiser l'ex-territoire minier». Le quotidien économique appuie son argumentaire sur un rapport de Jean-Louis Subileau, urbaniste, remis en décembre dernier dans le cadre d'une mission interministérielle. L'architecture du musée n'est curieusement jamais incriminée.

Culture | Lens

Les Echos résume la situation simplement : «l'équipement culturel majeur n’a pas généré la dynamique économique espérée par l’ancien bassin minier. Son coût de fonctionnement inquiète, face à une fréquentation qui plafonne». Aïe !

«La région, qui a investi plus de 100 millions d’euros pour cet équipement culturel majeur, y ajoute 10 millions par an en fonctionnement, complétés de 2 millions de l’intercommunalité et du département. La fréquentation du musée a certes frémi de 2,2 % en 2016, à 444.600 personnes (dont 63 % de public régional et 20% d’étrangers), mais loin de l’ambition initiale du demi-million. Un chiffre dopé par le public gratuit, majoritaire», précise le quotidien économique.

Jean-Louis Subileau note dans son rapport qu' «en dépit de l’arrivée du Louvre Lens et de l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui sont des objets de fierté, la perception du territoire par les acteurs extérieurs de tous ordres (économiques, culturels, politiques, touristiques) demeure aujourd’hui encore largement négative».

Il souligne donc une «déception» liée à des «espoirs sans doute excessifs». Un musée pouvait-il, à lui seul, tout changer ? L'effet Bilbao n'a sans doute pas été réellement analysé en étant, de par trop, limité à la seule construction de Frank Gehry.

Plus loin, l'urbaniste note qu'Arras et Lille sont «les principaux bénéficiaires des retombées notamment hôtelières de l’arrivée du Louvre Lens». L'affirmation a de quoi réveiller de vieux démons. Arras et Lille avaient été en lice pour accueillir l'antenne régionale du Louvre. Lens leur fut privilégié. L'erreur originelle semble avouée à demi-mot.

Dans les lignes du rapport, l'architecture minimale voire minimum de Sanaa est, quant à elle, passée sous silence. Pourtant, les sages et ennuyantes lignes du bâtiment pourraient être incriminées. Si l'architecture spectacle peut – et doit même dans certains contextes – être dénoncée, elle semblait, à Lens, plus que jamais nécessaire. L'encéphalogramme plat du duo japonnais n'a pas servi l'image d'une ville en quête de symbole.

Certes, les gesticulations de Lyon ou de Metz – musée des Confluences et Pompidou 2 – tendent à démontrer que même une proto-sculpture n'a pas beaucoup plus d'effets. La question de l'impact d'un parti architectural mérite, toutefois, d'être soulevée.

Enfin, le rapport appelle élus et investisseurs à orienter le regard vers l'exemple de la Ruhr. Sans faire table rase du passé industriel, la région allemande a su créer une politique culturelle audacieuse et attrayante et ce, avec (malheureusement?) force signatures architecturales : OMA et Sanaa en tête.

Toutefois, l'effet Ruhr ne doit pas être aujourd'hui observé avec la même naïveté que l'effet Bilbao il y a plus de dix ans.

Le territoire allemand, intimement lié aux grandes métropoles rhénanes avec qui il forme une conurbation de plus de dix millions d'habitants, n'a rien à voir avec les départements du Nord et du Pas-de-Calais qui totalisent, à eux deux, quatre millions d'habitants. Les réseaux de transports n'y sont pas les mêmes et les relations interurbaines y sont organisées différemment.

Le cas du Louvre Lens montre surtout une absence latente d'imagination. Pourquoi ne pas, pour une fois, au lieu de convoquer les «bonnes références», en inventer de nouvelles, bien plus adaptées ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

don ricardo | 62 | 20-01-2017 à 10:12:00

Heureusement et malheureusement qu'il y a les vestiges de la grande guerre pour attirer les touristes dans la région lensoise surtout étrangers mais avec le temps cela commence a diminuer car autrement il n'y aurait rien d'autre pour les attirer .Le Louvre n'a tenu aucun de ses engagements emploi et autre le 4 étoiles qui va etre construit fera de meme l ne raménera rien sauf des frais énorme "entretien gardiennage "

Etsi | 19-01-2017 à 20:53:00

Bien des musées, même parisiens, rêveraient de faire 400 000 visiteurs!!!! Quant au musée des Confluences avec 770 000 visiteurs, il semble être le premier musée (hors Paris) au niveau de la fréquentation. Même si je pense que l'effet Bilbao est difficile à reproduire, les musées font partie de l’aménagement du territoire et sont un des éléments du dynamisme. Il faudrait pour être juste regarder les fréquentations des établissements avant rénovation (ATP pour le Mucem, Musée d'histoire naturelle/Guimet pour Confluences)

JPH | 18-01-2017 à 20:00:00

Comment peut-on encore, aujourd'hui, parler de l'effet Bilbao qui n'a quasi pas été reproduit positivement ? Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Alors pourquoi encore replaider sur ce thème. Je trouve que même s'il y a une légère différence entre les pronostics et la réalité de fréquentation, ce que ce musée propose est une vraie réussite. Il serait peut-être temps d'arrêter de regarder l'habit mais plutôt ce qu'il y a à l'intérieur. Un musée doit par définition être au service de ce qu'il expose.

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