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Visite | Aires Mateus, minimum syndical (25-01-2017)

A Tours, les deux frères lisboètes ont livré un nouveau centre d'art contemporain, le CCCOD (Centre de Création Contemporaine Olivier Debré). Sur de prometteuses perspectives, l'architecture se montrait minimale. Elle est, en réalité, minimum. Si l'équipement est adapté au programme, il n'en demeure pas moins une déception. En irait-il d'une malédiction portugaise en France ?

Culture | Bâtiments Publics | Tours | Aires Mateus

Déjà, lors de l'exposition 'les Universalistes, 50 ans d'architecture portugaise' présentée à la Cité de l'Architecture en 2016, Alvaro Siza et Eduardo Souto de Moura montraient à quelques journalistes un certain découragement quant à la possibilité de mener à bien une architecture de qualité en France.

03(@JPHH)_B.jpgSi les normes européennes semblent appauvrir, selon leurs propos, l'architecture portugaise, la surenchère réglementaire française finit de l'achever. Après que les deux maîtres de l'école de Porto ont réalisé de médiocres opérations dans l'hexagone, l'une à Montreuil, l'autre à Bordeaux – pour ne citer qu'elles – Aires Mateus s'est également frotté à la dure réalité d'un projet en France.

Le parti architectural était pourtant simple. Un cube de pierre devait léviter au dessus d'une galerie vitrée. L'ensemble devait s'inscrire discrètement dans le prolongement d'une construction – l'ancien hall d'entrée de l'école des Beaux Arts – érigée Après-guerre.

Il en résulte un édifice aussi pataud que Patout. Pierre Patout, maître de l'art décoratif, a en effet signé, à un âge plutôt avancé, la reconstruction traditionalisante de la ville de Tours après la Seconde guerre mondiale avec, pour point d'orgue, la pesante bibliothèque municipale.

04(@JPHH)_B.jpgDésormais, en contre-point de ce mastodonte, la ville offre le bloc d'Aires Mateus. L'intention était aussi contextuelle que judicieuse ; loin d'une architecture spectacle, la simplicité promise rejoignait l'épure budgétaire d'une institution qui a toujours fait montre d'une gestion soigneuse et mesurée. Jusqu'alors, elle logeait dans un parking réaménagé, au rez-de-chaussée d'un immeuble des années 70.

Difficile donc de critiquer le CCCOD tant sa politique culturelle est généreuse. Sa nouvelle adresse peine toutefois à séduire. Le bât blesse notamment dans la conception des espaces de circulation et dans la maîtrise d'une élégante sobriété promise sur les perspectives. Le minimalisme affiché appelait en effet la plus grande exigence quant aux détails. Ici, rien que les menuiseries, lourdes et épaisses, noires, piquent les yeux.

Des espaces sont eux aussi étonnamment mal proportionnés : une galerie vitrée faisant le tour du rez-de-chaussée est particulièrement étroite et inconfortable à la circulation. L'entrée – voulue pour ne pas impressionner le visiteur – n'impressionne pas le visiteur. Qu'elle soit petite et intimiste n'était pas, a priori, un problème mais un parti pris intéressant. Elle donne, en réalité, davantage l'impression d'une étroite banalité.

Les espaces d'expositions sont quant à eux la grande réussite du projet. Il s'agit de grands volumes simples et efficaces dont l'un offre quelques percées bien senties qui apportent, çà et là, un peu de lumière naturelle ; les proportions, pour une fois, paraissent équilibrées.

02(@JPHH)_B.jpgPour quelques 9,6 millions d'euros, Aires Mateus a, en fin de compte, livré un équipement fonctionnel de 5300 m². Un mérite qui, sans doute, n'invite pas à la transcendance.

Quoi qu'il en soit, le mutisme de cette architecture s'est curieusement accompagné d'un pesant silence. Ni Manuel Mateus, ni Francisco Mateus n'ont fait le déplacement pour la visite de presse. Pas même un chef de projet. Cette absence, argumentée et excusée, laisse néanmoins songeur sur la valeur de ce centre dans leur grand oeuvre.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

JCM | 26-01-2017 à 11:45:00

Il est un peu facile de toujours accuser les conditions "Françaises" de la construction (normes, qualités des entreprises, ...) pour excuser un faux pas. Je connais nombre d'architectes en France qui réalisent des bâtiments de qualité, dessinés ET maîtrisés. Ce projet est un mauvais projet tout simplement. Ça arrive parfois pour plein de raisons, bonnes ou mauvaises. Quant a " leur grand oeuvre" excuse-moi cher JP mais je trouve personnellement plus que surestimée la production d'une agence certes talentueuse mais pas exceptionnelle non plus. Quelques maisons blanches au Portugal ne justifient aucunement la surexposition médiatique d'Aires Mateus.
Mais ça c'est un autre débat ...

Degio | Chef | Berny-Cross | 26-01-2017 à 08:26:00

Je dois bien dire que je partage ta déception quant à ce projet des frères Mateus dont, je crois, nous attendions tous quelque chose de plus abouti et de moins maladroit. C'est dommage.

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