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Actualité | Pas de Nouvel, bonne nouvelle ? (01-02-2017)

A priori l'adage ne s'applique pas à l'île Seguin. Lundi, une conférence de presse était l'occasion de présenter le nouveau projet culturel promis sur sa pointe amont. En lieu et place de la fondation d'art R4 soutenue par l'homme d'affaires suisse Yves Bouvier, le promoteur Emerige promet un équipement culturel et un hôtel. RCR et Baumschlager Eberle se partagent la prestigieuse parcelle.

Bâtiments Publics | Culture | Boulogne-Billancourt | Jean Nouvel

A rendre chèvre ! L'île Seguin n'en finit pas, depuis la destruction des usines Renault, de voir les promesses se succéder pour n'engendrer, in fine, qu'une architecture de la contrariété.

Déjà, le départ de la Fondation Pinault en 2005 et l'abandon du projet imaginé par Tadao Ando peinent à être oublié, plus encore après la construction de la lourde géode conçue par Shigeru Ban et Jean de Gastines.

Dans ce concert de déceptions, un nouveau – pour ne pas dire énième – projet de fondation privée devait apporter un peu plus d'enthousiasme. Jean Nouvel, grand coordinateur de l'ensemble urbain, se voyait confier, en 2013, la réalisation de cet équipement culturel symboliquement baptisé R4. La même année, la demande de permis de construire était déposée : une première sur l'île Seguin.

04(@RCR).jpgPromis par l'homme d'affaires suisse Yves Bouvier, ce nouveau lieu d'expositions a souffert des aléas judiciaires de son commanditaire. Dmitri Rybolovlev, milliardaire russe, l’accuse d’avoir pris des marges inhabituelles dans la revente d’œuvres d’art.

Quoi qu'il en soit, loin du barreau, l'architecture envisagée était séduisante. Evidemment «contextuelle», elle jouait de codes industriels et pouvait se révéler, sous certains angles, garante de la mémoire du site. Il n'y avait là, vraisemblablement, aucune esbroufe formelle.

En septembre 2016, le projet, toujours en suspens, est, à la surprise générale, repris par un promoteur immobilier, Emerige. Ce dernier, depuis quelques années, mise, pour ses programmes de logements, sur une «qualité architecturale» voire, parfois, sur des «signatures», MAD ou encore David Chipperfield avec qui Emerige a remporté le site Morland dans le cadre de 'Réinventer Paris'.

02(@BergaGonzalez)_S.jpgD'une ambition l'autre

Le projet porté Yves Bouvier comprenait à l'origine des lieux d'expositions, une vingtaine de galeries d'art, plusieurs salles des ventes… bref, selon l'expression usitée pour défendre ce grand dessein, une «micro-ville artistique» dont on pouvait douter de la viabilité économique.

Repris par Emerige, le programme s'est fait beaucoup plus pragmatique : le centre d’art pluridisciplinaire n'est plus qu'une partie d'un ensemble comprenant désormais un cinéma multiplexe de 8 salles et un hôtel «tourné vers la création contemporaine».

Jean Nouvel, dans ce chamboulement, a été remercié. Comme il n'y a, vraisemblablement, aucun bon architecte français, RCR Arquitectes et Baumschlager Eberle ont été choisis pour réaliser ce nouveau complexe.

03(@BergaGonzalez).jpg«Le pôle culturel et artistique, dominé par un objet architectural complémentaire tel un phare,[sera] visible au loin par les riverains, franciliens et touristes du monde entier», précise le promoteur.

L'époque n'est pourtant plus aux «objets architecturaux» ni «aux phares». La rhétorique est datée et le résultat, en image, se montre décevant.

D'une part, Baumschlager Eberle bénéficie de la pointe de l'île et semble ne pas profiter de cette situation. L'hôtel que l'agence a imaginé recycle de surcroît les façades de l'ensemble tertiaire Tic Tric Trac de Zurich. Ce parti pris est d'autant plus dommage que Baumschlager Eberle a su faire montre, ses dernières années, d'une appréciable radicalité.

D'autre part, RCR Arquitectes se perd dans un exercice formel indigeste. En guise de pôle culturel, l'agence catalane imagine un étrange gâteau qui, écoeurant, aurait été laissé après avoir pris deux-trois méchants coups de cuillère.

Reste à attendre 2021 pour découvrir cet ensemble qui aura eu l'incroyable mérite de faire regretter Jean Nouvel.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

pkcn | architecte | 02-02-2017 à 10:10:00

Toujours aussi acérée, la plume de JP Hugron! Ca nous change des éloges BCBG du Moniteur.

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