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Actualité | David Chipperfield et l'hypocrisie des feuillus (01-02-2017)

La polémique enfle. David Chipperfield se fait la victime malgré lui d'une bulle médiatique. Le plus germanophone des architectes britanniques se voit épinglé par la presse anglo-saxonne : l'homme de l'art ferait le jeu de l'architecture du IIIe Reich. Il ne manquerait plus à son architecture qu'une svastika.  

Patrimoine | Culture | Bâtiments Publics | Munich | David Chipperfield

La cible de cette attaque est plus précisément son projet de réhabilitation du Haus der Kunst à Munich. L'édifice érigé en 1937 par Paul Ludwig Troost aurait été, dit-on, le préféré d'Adolf Hitler.

Depuis l'après-guerre, cette austère architecture néoclassique abrite l'une des institutions culturelles les plus dynamiques du pays. En 2016, David Chipperfield s'est vu attribué le marché portant sur la restructuration de l'ensemble muséal. Les premières perspectives ont depuis déchaîné la critique.

En trois jours, le Tagesspiegel a d'ores et déjà publié deux articles ! Le premier «des nazis et des arbres», le 26 janvier, et le second «Il ne lui manque plus qu'un croix gammée», le 29 janvier.

Objet de la controverse : une rangée d'arbres. Jusqu'à présent, le Haus der Kunst était envahi de lierre. Devant lui, un alignement de tilleuls cachait plus ou moins sa colonnade. Les premières images du projet, en promettent «de rendre à la population» le bâtiment, font table rase de la végétation.

02(@bbb).jpgIl n'en fallait pas moins pour éveiller l'ire de la communauté israélite de Haute-Bavière qui, par la voix de Charlotte Knoblauch, sa présidente, s'interroge : «comment peut-on penser reconstruire l'architecture nazie ? C'est complètement incompréhensible», déclare-t-elle dans le quotidien allemand.

Le propos qui alimente la controverse est d'autant plus incompréhensible qu'il ne s'agit pas de «reconstruire» mais de «rénover»... peut-être certains entendent-ils de «réhabiliter»... 

L'architecte se défend de toute glorification de l'architecture du IIIe Reich. Selon lui, 98 % du projet porte sur la transformation des espaces intérieurs et plus particulièrement sur leur mise aux normes.

Le problème porte donc sur le «rideau vert» constitué d'arbres cachant les vingt-deux colonnes et les emmarchements de l'édifice. En libérant la vue, David Chipperfield redonnerait à l'ensemble toute «sa pompe».

Le ministère de la culture bavarois, face à l'opposition du SPD qui assure ne pas «comprendre» la proposition de David Chipperfield, défend une approche permettant de «mettre à nu le passé» et d'ouvrir une discussion sur l'«historicité» de ce bâtiment. Les comparaisons font toutefois florès sur internet entre les photographies d'époque et les perspectives d'aujourd'hui.

03(@DR)_B.jpg«Chipperfield aurait-il mal compris quelque chose ?», s'interroge le Tagesspiegel. «Vraisemblablement pas. L'architecte assure que le Haus der Kunst a été 'puni' après-guerre et qu'il ne représente plus aujourd'hui aucune menace».

Le quotidien rapporte toutefois le curieux parallèle qu'assure l'historien Magnus Brechtken pour qui ce projet «n'est certainement pas la meilleure façon de traiter l'héritage nazi». Aussi, il tente le parallèle étonnant entre ce projet et la publication, en 2016, pour la première fois depuis la fin du Second conflit mondial, de Mein Kampf.

Le plus étrange dans cette histoire est que de nombreuses personnalités incriminent ce que David Chipperfield ne fait pas. Après tout, cette façade existait bien avant ce projet et le programme donné n'appelait ni sa transformation, ni sa démolition.

Qu'on accuse les intentions de David Chipperfield de servir «la perversion de l'aveuglement face à l'histoire» paraît bien grandiloquent quand, jusqu'à présent, seules quelques feuilles en guise d'oeillère, cachaient, au printemps venu, un monument aussi honteux.

Jean-Philippe Hugron

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