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Actualité | La leçon de Berlin... Quelle leçon ? (08-02-2017)

S'il a été possible de théoriser un enseignement de Las Vegas, la capitale allemande semble ne pas être en mesure de livrer ses classes. Quelques articles de la presse allemande, récemment publiés, tendent même à dénoncer une scène architecturale «ennuyante» et «sans fantaisie». Herzog et de Meuron en deviendraient même presque «provinciaux». Pendant ce temps, à Dresde...

Berlin

Les mots du Süddeutsche Zeitung ne sont pas tendres à l'égard de Berlin. Dans un article paru le 24 janvier dernier, le quotidien bavarois dénonce par la voix du correspondant en Allemagne du Parisien, Christophe Bourdoiseau, la perte de vitalité de la capitale fédérale.

«Paris arrive à étonner les gens», assure, depuis l'Allemagne, le journaliste. En France, il ne serait pas surprenant, tant l'herbe est verte ailleurs, que le constat inverse soit fait. Pendant des années, nombreux ont été ceux à envier le dynamisme de la métropole allemande, de Londres ou encore de Barcelone.

L'article, avant même d'imposer cette comparaison, assure que Berlin serait aujourd'hui incapable de proposer à ses habitants la réalisation d'un bâtiment aussi puissant que l'Elbphilharmonie. Depuis son inauguration en janvier dernier, la salle de musique de Hambourg, au-delà de son prix, éveille, pour beaucoup, l'admiration… voire une étonnante jalousie.

L'article omet volontiers que le duo bâlois, auteur du scharounesque équipement hambourgeois, promet de réaliser l'extension de la Neue Nationalgalerie dont les collections sont principalement abritées dans le célèbre bâtiment de Mies van der Rohe livré en 1968.

Le projet a éveillé la plus grande polémique. La pseudo-longère habillée de briquettes façon Tate Modern n'a pas séduit grand monde. Le maniérisme helvète ne semble pas être en mesure d'affronter la radicalité du trait miessien voire, plus largement, la modernité d'un forum culturel composé de constructions imaginées par Hans Scharoun et Walter Gropius.

Toutefois, cette fermette sans ambition, oeuvre d'une starchitecture éculée, pourrait bien illustrer le propos de Christophe Bourdoiseau qui regrette la reconstruction du château impérial qui sera, selon lui, à n'en point douter, l'expression «du provincialisme de la politique de la construction à Berlin».

02()_S.jpgAccueillant le Forum Humbold, la pompeuse construction «ne sera pas un emblème mais le couronnement d'une stratégie de reconstruction avortée. Il symbolisera l'ennuyeux retour de Berlin à la normalité».

Aussi, il fustige la destruction du Palais de la République, symbole du communisme et de la RDA. Il y voit «une erreur fatale».

«L'enthousiasme des habitants [pour le projet de reconstruction du château] est quasi inexistant. […] Presque aucun Berlinois n'en connaît la finalité», note le journaliste qui assure qu'il n'y a eu ni manifestation, ni débat à ce sujet.

L'histoire, heureusement, ne se répète pas toujours. A quelques kilomètres, bien plus au sud, Dresde est en passe de réaliser ce que, sans doute, Berlin aurait du faire. La ville promet d'inaugurer bientôt, en avril 2017, sa nouvelle philharmonie...

La salle loge-t-elle dans une herzogetdemeuronerie ? Assurément pas ! Le projet se situe au coeur même du Palais de la Culture – autrefois la Maison de la Culture Socialiste –, inauguré en 1969, sans doute au son de l'Internationale et, classé, depuis 2008, monument historique. En effet, le bâtiment est longtemps resté le plus grand équipement culturel du pays jusqu'à l'inauguration du fameux Palais de la République à Berlin dont il préfigurait largement le programme.

05(@Mahlum)_B.jpgNeuf ans après ce classement et cette reconnaissance, le bâtiment, à quelques jours de sa réouverture, semble avoir perdu de son kitsch clinquant, notamment ces vitrages couleur bronze si caractéristiques.

Il y a quelques moins, un journal local, le Dresdner Neuesten Nachrichten, s'était ému de ce changement de teinte offrant désormais «une vue inhabituelle aux Dresdois». Le quotidien s'en est donc retourné vers l'agence en charge du projet, GMP, l'une des plus importantes du pays. «Au moment de la construction, le vitrage était transparent. La couleur bronze est arrivée bien plus tard dans les années 70 alors que la luminosité et la chaleur étaient de par trop fortes», explique Thomas Puls, chef de projet.

04(@GMP)_S.jpgDe la restitution à la transformation, en passant par la modernisation, le cas de ce «palais» répondant désormais au surnom de «kulti» illustre ce qu'il aurait été plus judicieux de faire à Berlin plutôt que de reconstituer une histoire factice.

Bef, ni château baroque, ni Pritzker-schloß ! Dresde sera peut-être désormais, pour Berlin, une véritable leçon...

Jean-Philippe Hugron

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