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Opinion | Trame ou drame ? par Jean-Christophe Masson (22-02-2017)

Une chose bizarre se produit ces derniers temps dans le paysage architectural français: la multiplication d’une architecture “tramée” ou plus exactement une image formelle de la trame comme la représentation ultime d’une architecture sérieuse. La quintessence de l’intelligence permettant la qualité d’usage, la modularité, la mixité, la rigueur constructive, … bref la panacée architecturale ! Cette miraculeuse évidence trouve évidemment écho auprès de maîtres d’ouvrage (publics et privés) y voyant simplicité, humilité et rationalité. Que demander de plus ? Une tribune signée Jean-Christophe Masson, architecte associé d'Hamonic+Masson.  

France

En fait, cette maladie contagieuse, cette “tramique aigüe”, est représentative de la crise que nous traversons aujourd’hui. Elle en est même son parangon.

Nombre de sites d’architectes affirment cette recherche de la simplicité comme argument de communication à l’égard des décideurs. Et surtout en étant «à l’opposé des formalismes cherchant à attirer l’attention» on s’assure, en France, sérieux et soutiens critiques. 

Mais ce qui ressort souvent en terme de projet est particulièrement surprenant et il semblerait que l’architecture savante soit plutôt une caricature Suisse ou Allemande saupoudrée de jardins partagés et potagers. Bref, derrière la simplicité, qui est une qualité, se cacherait plutôt le simplisme qui est dans le meilleur et le pire des cas un défaut et surtout une véritable escroquerie intellectuelle !

Et la trame aujourd’hui en est la représentation. Une sorte de garantie morale, un label.

Au tamis de la critique, peu d’architectes “tramistes” ont un réel discours théorique lié à cette pratique. La trame, qui pour le groupe Archizoom était le support d’une critique des doctrines modernistes du XXème siècle, est ici vide de sens. On aimerait que ces architectes “sérieux” prennent une position franche, et disent comme Branzi:

«Aux utopies qualitatives, nous répondons par la seule utopie possible : celle de la Quantité».

Alors, comme “No-Stop City”, ils défendraient le modèle d’une ville immatérielle et sans qualité, vouée au seul flux continu des informations, des réseaux technologiques, des marchés et des services, consommant la disparition de l’architecture, débarrassée de toute valeur symbolique.

Mais pour ça il faut des convictions … et pas sûr que le discours passe aussi bien auprès des décideurs de tout poil !

Nous sommes donc ici dans une approche totalement formelle, ce qui est pour le moins paradoxale pour des agences qui se réclament justement comme travaillant à “l’opposé des formalismes cherchant à attirer l’attention”.

Alors nous voyons fleurir un peu partout des logements qui ressemblent à des bureaux qui ressemblent à un équipement qui ressemble à … rien au final puisque tout se ressemble ! La banalité comme condition urbaine est un postulat défendu insidieusement par nombre d’acteurs de la ville, les architectes se mettent au diapason et les maîtres d’ouvrages sont rassurés.

Encore plus grave est le modèle économique qui se met en place pour la construction de logements et qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de la production de masse des années 60-70: Bas coûts, préfabrication, standardisation, … et comme la trame rime avec rigueur forcément cela doit être moins cher ! Moins cher Chipperfield ? ça ce saurait…

Si il y a bien de nos jours une incapacité française à fabriquer une réelle appartenance à un lieu, c’est parce qu’aucune utopie ou projet n’est offert à leurs habitants. Aujourd’hui on nous parle ratio, bilan énergétique, cellules types, étage courant, handicapés, énergies grises … nous sommes dans une logique de rentabilité et de bonne conscience. Notre culture du consensus conduit souvent au plus petit dénominateur commun. Peu de personnes osent affirmer un point de vue et tout devient la répétition du même et nous entraîne inexorablement vers la banalisation de nos villes. L’architecture de cette ville générique est en train de se réduire à du design de façades ou la trame de 1,35m des bureaux commence à devenir le mètre étalon.

En mettant en place un système à produire du moche et du banal sans que personne ne s’y oppose, il va devenir difficile de ne pas sacrifier l’inventivité au consensuel, l’expérimentation à la norme, la qualité à la médiocrité.

Si au Danemark ils ont un BIG, en France on pressent comme un BUG !

Jean-Christophe Masson
Hamonic + Masson & Associés

Réactions

georges blair | architecte | paris | 26-02-2017 à 22:44:00

Masson, maitre pâtissier en vogue, aime les pantalons pâtes d'éléphants, orange fluo et reproche aux autres d'aimer les pantalons noirs et strictes.

Peu importe, les deux sont fait en Chine par des enfants avec des matériaux polluants. Le débat est ailleurs.

Dev | Architetce | Rhône-Alpes | 23-02-2017 à 12:03:00

Article sans intérêt car sans référence. Autant parler des goûts et couleurs en architecture....L'escroquerie intellectuelle c'est de véhiculer des idées sans fond.

Olivier | 23-02-2017 à 11:01:00

Beaucoup de pathos. Un article dans l'air du temps, celui des architectes qui se demandent s'il faut faire une trame, des boîtes, des patterns, de l'aléatoire, de l'empilement etc... On s'en moque! Il y a des architectures d'une grande banalité qui rendent les gens heureux, et des chef d'oeuvre d'audace architecturale que les usagers doivent subir, avec insultes permanente des la profession d'architectes. Aujourd'hui l'architecte devrait plutôt regarder comment il produit son projet, avec qui, pour qui, et avec un peu plus d'humilité.
Et s'il faut regarder BIG, regardons le non par pour l'inventivité des formes qu'il produit, mais pour les situations qu'il génère dans la ville par ses bâtiments.

Alain BERTRAND | NANTES | 23-02-2017 à 09:23:00

Je partage une partie de ce point de vue, mais avec beaucoup de réserve. En effet, avec un peu d'expérience, on s'aperçoit que la question du "style " (en l'occurrence, ici l'usage de la trame) ou, plus généralement, des modes en architecture sont de faux débats, car je me suis forgé une opinion assez simple sur ce sujet, est qu'il n'y a pas de bons et mauvais styles, il n'y a que des bons et mauvais architectes. Même le post-modernisme, dont il est convenu de considérer qu'il fut le pire des styles, a produit, dans les mains de bons architectes, des œuvres remarquables. Le seul juge de paix en matière de style reste le temps...
Maintenant revenons sur la trame. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un caprice d'architecte. Elle est dans l'air du temps pour une raison très simple : l'économie de la construction fait que tout les moyens partent dans ce qui ne se voit pas. Faire des logements toujours moins chers dans un contexte réglementaire qui coûte toujours plus cher oblige les architectes à d'abord optimiser la construction pour après optimiser le peu de valeur qu'il reste pour faire de l'architecture. Et de ce point de vue, force est de constater que la rationalisation constructive passe par la gestion des descentes de charges, et donc, un avantage évident à la trame. Alors dans cet exercice difficile, qu'est-ce qui fait la différence en terme d'architecture ? Et bien justement, cette situation demande aux architectes certainement encore plus de talent pour faire "vibrer" cette trame, qui, au-delà du risque de répétitivité évidente, offre aussi beaucoup d'opportunités en terme d'usages du logement, et de son évolutivité. Et pour conclure, je ne pense vraiment pas que la banalisation de la Ville, son caractère générique, soit lié à la seule utilisation d'une architecture tramée.

Pascal | Architecte | Paris | 23-02-2017 à 08:02:00

Ce débat qui peut être interessant ne peut en être un que s'il est argumenté, que s'il devient une réflexion de fond sans quoi cet article est réduit à un procès d'intention sur la forme et là, peu de chance d'en sortir pat le haut.

Albert | 22-02-2017 à 22:59:00

L'hôpital qui se fout de la charité!
Monsieur Masson, le roi du "club sandwich " s'indigne, Une idée, qu'il relance la French Touch!

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