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Visite | Francis Soler, de l'ambiguïté pour quelques ronds (22-02-2017)

De l’ambiguïté ! Francis Soler ne lâche pas le mot. Lors d'une visite du nouveau centre de recherche et développement EDF à Saclay, l'architecte se plaît, sans cesse, à reprendre le mot. L'ensemble de 80.500 m² à 212 millions d'euros ne laisse donc pas d'étonner et d'interroger. Aux limites troubles de la façade, l'homme de l'art mêle une étrange confrontation de références. Au visiteur de cheminer entre elles.

Verre | Saclay | Francis Soler

Rond ! Le plan est résolument rétro-futuriste. Le centre de recherche et développement d'EDF sur le plateau de Saclay se présente sous forme de quatre bâtiments cylindriques. Depuis le ciel, d'aucuns pourraient y deviner les rouages d'une superbe mécanique sinon l'évocation de «crop circles», ces compositions géométriques qui, dans des champs de blé, semblent avoir été tracées, selon les plus illuminés, à coup de serpes extraterrestres.

02(@RJobard)_S.jpgIl y a aussi, dans ce plan, un peu de la 'maison ronde'... celle qui, dans le XVIe arrondissement de la capitale, incarnait, au détour des années 60, le prolongement 'an 2000' de Paris, selon la terminologie alors en vigueur. La célèbre architecture d'Henri Bernard, imaginée pour le compte de Radio France, semble être, depuis Saclay, un lointain aïeul.

Ces évocations peuvent néanmoins, dès lors que l'on quitte la 2D pour rejoindre la 3D, paraître inadaptées. L'ensemble n'a pas les atours ludiques voire kitschs que pourrait avoir une architecture futuriste, ni la dure rigueur d'un dessin moderne. Au contraire. Tout est chatoyance et élégance.

03(@JPPorcher).jpgLa technique, particulièrement fine, ne verse pas non plus dans l'écriture high tech. Il s'agit pourtant d'un centre de recherche qui autrefois aurait pu être désigné sous les barbarismes de technocentre ou de technopôle... Bref, la technologie n'est jamais exacerbée. De l'ambiguité ! Encore et toujours.

L'architecture imaginée par Francis Soler paraît donc atemporelle. Elle relève toutefois des obsessions de l'architecte. Plus particulièrement, les façades : «je donne de la lumière puis j'en prive. Elle est hygiénique et, en ce sens, je la module», dit-il. L'occasion était trop belle pour ne pas citer des projets plus anciens dont ceux portant quelques sérigraphies caractéristiques participant au filtrage des rayons du soleil.

L'architecte cite également, dès lors qu'il pointe cette précieuse vêture faite de différentes épaisseurs sinon d'une déclinaison de transparences, d'un «assemblage de limites incertaines». «Les limites des constructions sont aujourd'hui trop visibles», dit-il, en évoquant, cette fois-ci, une autre référence : le ministère de la Culture, qu'il a livré en 2004, rue des Bons Enfants, à quelques pas du Palais Royal et dont la résille joue également sur le flou des contours.

04(@JPPorcher)_S.jpgLe centre de recherche et développement EDF intègre ainsi une histoire personnelle. Peut-être appartient-il à une histoire bien plus large que des formes et des atours ne peuvent trahir. Il faut, pour évoquer une chronologie bien plus vaste, s'en remettre à une stratégie constructive.

La finesse et l'élégance du bâtiment, portée à une échelle aussi importante, laisse supposer une parfaite maîtrise du projet. Francis Soler, dans son discours, tient à cœur des mots comme la «répétitivité» ou encore «l'industrialisation». «Nous avons également joué sur des masses financières qui permettent la négociation», dit-il.

Au «jeu d'acteurs» se superpose une logique où l'agence, dans ses dessins, prend le parti d'aller plus loin dans le détail. De l'autre côté, la répétition offre, plus ou moins, l'assurance d'une justesse d'exécution à condition d'être vigilant.

05(@JPPorcher)_S.jpg

In fine, ce centre de recherche, s'il partage une étrange parenté avec la Maison de la Radio, appartient peut-être à cette époque de grands gestes et de tracés géométriques. Qui plus est, le plateau de Saclay, aux allures d'interminables et venteux champs de patates, offre des allures de parfaite tabula rasa.

Ne s'agirait-il donc pas, ici, d'un grand ensemble ?

Certes tertiaire. Certes parfaitement réalisé. Certes bien intégré à un paysage existant – par l'entremise de Pascal Cribier, paysagiste. Mais un grand ensemble fondé sur une rationalité constructive.

Il y a toutefois de l’ambiguïté dans cette définition du projet. Car s'il fait la part belle à la géométrie, il s'annonce en porte à faux contre la manière dont l'urbanisme de Paris Saclay est désormais engagé.

06(@JPPorcher)_B.jpgLe centre de recherche, en précédant le plan imaginé par Michel Desvigne, Xavier de Geyter (XDGA) et Floris Alkemade, s'est offert quelques libertés. Ces rondeurs s'opposent ainsi à la trame quasi protestante imposées par un nouveau plan qui n'engendre, depuis lors, que de tristes blocs, boîtes et autres grilles.

Ce projet se distingue en conséquences des campus récemment réalisés ici et là pour davantage incarner une nouvelle rationalité constructive qui ne renie pas sur la qualité mais qui semble l'assurer. Le centre de recherche pourrait ainsi volontiers avoir pour pendant cet autre projet important récemment réalisé en région parisienne : Les Dunes. Cet ensemble tertiaire imaginé par Anne Démians, à Val-de-Fontenay, pour accueillir des bureaux de Société Générale, porte plus ou moins, ce même idéal.

S'agit-il de deux exceptions ou d'une nouvelle époque ? L'actualité ne permet pas encore d'en décider. Pour l'heure, il n'y a qu'à s'en remettre à cette étrange ambiguïté...

Jean-Philippe Hugron

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