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Visite | Chatillon & Rémon : manoeuvres pour manivelles (08-03-2017)

A Paris, le boulevard Raspail aligne les plus beaux exemples d'architecture ; l'un des plus prestigieux, la Maison des Sciences de l'Homme, vient aujourd'hui de retrouver son lustre passé. François Chatillon et Michel Rémon ont, à dessein, travaillé dans le plus grand respect du parti imaginé par Depondt, Beauclair et Lods. Pour les deux architectes, «la restitution ne doit pas être un gros mot».

Bureaux | Bâtiments Publics | Education | 75007 | Michel Rémon

Les équipes de la Maison des Sciences de l'Homme ont attendu le dernier moment pour quitter les lieux. Un arrêté préfectoral les dirigeait vers la porte de sortie étant donné les risques encourus par la présence d'amiante. Des travaux devaient logiquement être engagés le plus rapidement.

Les chercheurs, sur le départ, ont toutefois vu d'un mauvais œil cette condamnation. Leur principale crainte était de ne jamais pouvoir revenir 54 boulevard Raspail. Et pour cause, en banlieue nord, à Saint-Denis, une nouvelle Maison des Sciences de l'Homme devait être créée. Elle a, depuis, été construite et livrée.

02(@SergioGrazia).jpgCette crainte était d'autant plus fondée que l’État avait été approché par des groupes hôteliers ambitionnant de reprendre l'adresse. L'affaire s'est vraisemblablement arrêtée dès lors que Valérie Pécresse, à l'époque ministre de l'enseignement supérieur, a décidé que la Maison des Sciences de l'Homme pouvait bénéficier d'un port d'attache au cœur de Paris. Son siège du VIIe arrondissement s'en retrouvait sauvé.

Restait néanmoins à désamianter voire à moderniser un ensemble patrimonial de grande valeur. «La DRAC nous a menacé d'inscrire l'immeuble. Nous serions alors entrés dans des procédures et non dans des finalités. Ne souhaitions pas dénaturer cette architecture aussi nous ne voulions pas passer par de nouvelles phases administratives contraignantes», explique Thierry Duclaux, directeur général de l'EPAURIF (Etablissement Public d’Aménagement Universitaire de la Région Ile-de-France).

03(@SergioGrazia)_S.jpgUne note de méthode fut demandée à plusieurs agences. Face à l'Atelier Novembre et à 2/3/4/, le duo Châtillon/Rémon a fait mouche. Déjà, les deux agences s'étaient rapprochées lors d'un concours – gagné ! – pour la restructuration de l'hôpital Edouard Herriot dont les bâtiments, à Lyon, ont été imaginés par Tony Garnier. L'approche patrimoniale de François Chatillon, Architecte en Chef des Monuments Historiques (ACMH) dans ce contexte, s'avérait, en complément du savoir-faire hospitalier de Michel Rémon, plus qu'utile.

Fort de cette référence et de ce travail commun, le duo s'est proposé de réaliser pour la Maison des Sciences de l'Homme un projet respectueux de l'architecture d'origine. Plus encore, François Chatillon était présenté comme mandataire. «Ce choix nous permettait de souligner la manière dont nous voulions nous comporter face à ce patrimoine», souligne Michel Rémon.

François Chatillon qui s'est illustré avec la halle Boulingrin, à Reims, ou encore à la Cité du Refuge, à Paris, s'est appliqué, avec la même minutie, à étudier un bâtiment remarquable. «Il est très important de comprendre que c'est avant tout une œuvre de Paul Depondt. Si tout s'est joué dans les bureaux de Marcel Lods, ce nom ne doit pas être oublié, ce d'autant plus que Depondt était l'élève de Mies van der Rohe», explique-t-il.

Cette histoire fut recomposé à l'aide de la nièce de Paul Depondt, Anne-Charlotte Depondt, mais aussi à l'aide d'autres historiens dont Vanessa Fernandez et Emmanuelle Gallo ; «nous avons retrouvé de nombreux documents et particulièrement détaillés», souligne l'ACMH. Qui plus est, l'accès au site ayant été difficile lors de la phase de désamiantage, il fallait adapter «la méthodologie de diagnostic et d'études en s'appuyant sur une base d'archives à investiguer», dit-il.

04(@SergioGrazia)_S.jpg «Il nous fallait aussi, sans complexe, aller vers une restitution. Le désamiantage a conduit nombres d'éléments à être détruits. Nous les avons recréés», poursuit-il. Pour autant, l'architecte se défend de poursuivre «un dogme». «Nous voulions redonner à voir une architecture qui fait sens», souligne-t-il.

François Chatillon défend ainsi une «conservation active» ; «ce principe permet de comprendre, valoriser, hiérarchiser, et surtout savoir faire des choix et de proposer une troisième voie : celle du projet de restauration comme projet architectural, comme seule réponse pertinente», indique-t-il.

Michel Rémon, de son côté, s'est attelé au réaménagement intérieur du bâtiment selon les prescriptions de son associé occasionnel. «Il fallait bien penser l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ou encore la sécurité incendie. La climatisation ne pouvait pas, non plus, être la même et l'acoustique devait être mieux traitée. Au final, tout est différent mais, pour les yeux, tout est pareil. Un tel travail finit par nous réapprendre notre métier», assure l'architecte.

In fine tout a été question «d'assemblages» ; «nous n'avions pas à subir des normes et des contraintes ; nous avions seulement à coeur que le bâtiment ne souffre pas de ces transformations», précise Michel Rémon.

Les grandes baies vitrées du hall ont été, à la grande surprise, conservées. «Pour être moins fort thermiquement à certains endroits, nous devons être ailleurs beaucoup plus performant», souligne François Chatillon. L'équilibre se veut aussi sain que savant.

05(@SergioGrazia).jpgEn façade, tous les volets ont été déposés afin de, justement, changer le vitrage pour des raisons de confort thermique. Tous ont été réinstallés et leur mécanisme fidèlement restitué : de petites manivelles permettent toujours, depuis l'intérieur, à chaque volet d'être fermé. Cette belle mécanique semble encore fragile, autant peut-être que cet ensemble.

Aujourd'hui, à peine achevé, il présente de nouveau ses plus beaux atours, sa superbe métallique et ses grandes transparences. Peut-être serait-il alors temps de classer, enfin, cet immeuble remarquable !

Jean-Philippe Hugron

  

Réactions

Vincent | Architecte | Paris | 09-03-2017 à 09:47:00

Quel paradoxe qu'un ACMH préfère "éviter" les services de l'Etat pour pouvoir mener une restauration efficace et réussie ! Cet article illustre parfaitement ce que l'on ressent dans une situation opérationnelle, dès qu'on est confronté à un bâtiment classé ou en cours de classement.

On voit bien là se dessiner ce constat, que l'Etat devient un frein plutôt qu'une aide.

Mais il faut aussi ajouter que si l'Architecte mandataire n'avait pas été du "sérail", jamais l'Etat n'aurait laissé faire. Et ce, quels que fussent les talents et l'expérience d'un autre architecte, hors "corps".

DANIEL LECLERCQ | urbaniste | Occitanie | 09-03-2017 à 07:36:00

Qu'est devenu l'uvre de Shama Haber (sculpteur) les 'Menhirs ' dans les espaces jardins des rdc ?

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