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Présentation | Guillermo Vázquez Consuegra, mélodie en sous-sol (15-03-2017)

Séville n'en finit pas d'être un champs de ruines modernes ; la ville andalouse avait fait sans doute le mauvais choix en décidant de conserver la plupart des pavillons de l'exposition universelle de 1992. La récente crise économique a aussi causé son lot de vicissitudes laissant derrière elle d'autres vestiges. Sur l'une de ces faillites architecturales, la Caixa a décidé de créer un forum dont elle a confié la réalisation à Guillermo Vázquez Consuegra. Explications.

Culture | Bâtiments Publics |

La presse quotidienne espagnole, dans sa grande majorité, ne tarit pas d'éloges. Alors que les pouvoirs publics ont fait l'objet de procès médiatiques pour avoir créé, au-delà de tout besoin réel, de vastes équipements, les principaux journaux du pays félicitent aujourd'hui l’initiative de la banque de dépôts La Caixa d'ouvrir les portes d'une nouvelle adresse culturelle, à Séville.

Ce nouveau «Forum» est le troisième, de par sa taille, après celui de Barcelone, imaginé par Arata Isozaki et celui de Madrid conçu par Herzog et de Meuron. Il est aussi le premier en Andalousie. Son architecture spectaculaire attire autant les regards…que la critique !

02(@Caixa)_S.jpg«Les parkings de Guillermo Vázquez Consuegra sont extraordinaires. L'architecte sévillan, Prix National d'Architecture et Médaille d'Or de l'Architecture Espagnole (CSAE), a laissé caché dans la restauration du Palais de San Telmo, une construction historique qui héberge la Présidence de la Junte d'Andalousie, un parc de stationnement souterrain de seulement 50 places qui se veut un discret hommage à la modernité : un merveilleux espace continu de 16 mètres, avec une lumière méridional et sans aucun pilier, elle est horizontalement propre. Par malchance, seul les hauts placés de la région peuvent en profiter. Un projet similaire, mais à plus grande échelle, est aussi caché dans le Palais des Expositions de Séville (Fibess) : un parking de 900 places où la lumière pénètre grâce à un tunnel hypnotique», note Carlos Mármol, dans son article du 3 mars 2017 paru dans El Mundo.

L'introduction du journaliste semble étrange. Que pourrait dire ce jeu de «cache-cache» sinon l’appétence d'un homme de l'art pour les places de stationnement ? En fait, beaucoup plus qu'il n'en paraît car le projet confié par la Caixa à Guillermo Vázquez Consuegra portait sur la réalisation d'un équipement culturel, certes, mais sur un site bien particulier.

03(@Caixa)_B.jpgSur la rive ouest du Guadalquivir, à proximité du plus haut gratte-ciel de la ville conçu par César Pelli et livré quelques mois plus tôt, un terrain avait été aménagé pour accueillir un parking mais aussi un centre de congrès devant compléter l'offre de services promise par les aménageurs en marge de la tour. C'est sur ces ruines que devait être imaginé le nouveau forum.

«Le projet est l'union de deux mondes. L'un, intérieur, excavé, qui opère par soustraction et qui est une architecture de toujours, cartésienne ; l'autre, extérieur, une marquise qui opère par addition et qui est une volonté de notre époque. Cette structure est le résultat des limites imposées par les arbres et les éléments déjà existants. Ces deux mondes sont reliés par la lumière verticale filtrée par la marquise», explique l'architecte au quotidien El Pais.

En tout, 7.500 mètres carrés, deux salles d'exposition, un auditorium, un grand vestibule, une cafétéria, deux salles polyvalentes et une salle d'activité pour enfants. 80 % de ces espaces sont en sous-sol, inscrit dans la trame rigoureuse d'un parking. Pour Carlos Mármol, il s'agit d'un véritable «iceberg».

L'enthousiasme de voir la frange sud de l'ancien quartier de l'exposition universelle attirer des investissements privés n'en finit pas de gagner les esprits. Pourtant, un point semble en suspens. Au-delà des espaces imaginés par Guillermo Vázquez Consuegra, la stratégie de la Caixa semble malgré tout décevoir un peu.

04(@Caixa)_B.jpgEn effet, la banque avait montré jusqu'à présent sa volonté de transformer dans les principales villes espagnoles des bâtiments historiques. Elle avait même pour Séville l'intention de réhabiliter les Atarazanas, une construction du XIIIe siècle. Pour mettre à bien ce projet, la Caixa promettait de dépenser près de 330 millions d'euros. Le choix de transformer un parking et de lui adjoindre une marquise lui a coûté près de vingt fois moins puisque l’institution financière n'a déboursé que 18 millions d'euros.

05(@Caixa).jpg«Il importe peu de savoir qu'il y a un quart de siècle était inauguré l'expo 92. Séville ouvre de nouveaux espaces culturels sur la rive ouest du Guadalquivir alors que de nombreux bijoux historiques tombent dans l'oubli. Bref, en attendant Godot...qui jamais n'arrivera», conclut le journaliste de El Mundo. Mais qui pourra un jour, une bonne fois pour toute, contrarier l'attrait de la nouveauté ?

Jean-Philippe Hugron

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