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Edito | Des noms... rien que des noms... (22-03-2017)

Non aux noms ! Certes, tout un chacun est affublé d'un patronyme qui le désigne. Certains deviennent des marques avant de terminer, en non usuel, dans les pages d'un dictionnaire. Poubelle ! A la poubelle aussi ce réflexe bêtifiant de choisir les mêmes noms : la mairie de Paris, pour se réinventer, n'a d'autre automatisme que de se vautrer dans les lieux communs...ou dans les noms communs.  

Paris

Deux récentes annonces, a priori anodines, peuvent pousser à la colère. Elles concernent pour la première, des kiosques. Pour la seconde, des fontaines.

Déjà, pour son mobilier urbain, la ville de Paris avait choisi du Foster puis du Willmotte… Les lampadaires du premier et les poubelles du second ne sont pas des plus probants.

La municipalité avait également misé sur Patrick Jouin pour ses bornes Vélib et ses sanisettes. La proposition était étrange mais résolument forte et contemporaine. L'exception qui, sans doute, confirme la règle.

La ville a récemment confié à Matali Crasset la délicate mission de réaliser des kiosques ! Pourquoi pas… Le sujet avait, il y a quelques mois, éveillé l'ire de Parisiens ; certains points de vente, récemment installés, reprenait des attributs Napoléon III «typiques». Leur remplacement par des conteneurs améliorés avait donc de quoi surprendre mais la municipalité a malgré tout poursuivi son ambition de remplacer près de 360 kiosques à journaux d'ici juin 2019.

Matali Crasset a, en ce sens, livré il y a quelque jour un exemple, place d'Alésia, de sa proposition : oups ! Le biduloïde, s'il est confortable, est sans âge ; il singe un passé sans faire la part belle au présent. L'édicule se montre sans intérêt. Ni nostalgique, ni contemporain. A peine a-t-il les lignes d'une poubelle verte à roulettes….

02()_S.jpgAutre cas étonnant, les fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées : les frères Bouroullec - encore des inconnus! - ont été choisis pour leur imaginer un avenir. Ils proposent, selon les révélations du Parisien, de curieuses douches mobiles et scintillantes à 4,2 millions d'euros...autant dire que ces douches sont froides.

Voilà autant de propositions décevantes. Pourquoi donc chercher des noms au lieu d'en créer ?

03()_S.jpgIl est par ailleurs regrettable de voir qu'une ville envahie de poteaux, de panneaux, de totems, de colonnes, de bornes, de plots, de kiosques, de lampadaire, d'abribus, de drapeaux, de caméras, de chaînes, de barrières, de grilles, de feux tricolores, ne soit pas en mesure d'avoir un tant soit peu de cohérence… Paris ne semble donc pas prête de réinventer l'espace urbain et préfère l'opacifier au lieu de le pacifier.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Yeah | Architecte | 04-04-2017 à 17:29:00

Monsieur Lionel Blaise, il ne fallait pas écrire tant pour faire la pub d'un concours non rémunéré. Si vous voulez, avec votre association, "réinventer" le champs de Mars, donnez-vous en les moyens. Nous ne vivons pas de la publicité (le seul prix que vous proposez).

lulu | architecte | paris | 24-03-2017 à 17:51:00

A l'ère de l’accessibilité, les trottoirs restent une épreuve de slalom pour les handicapés et les autres, encombrés de panneaux publicitaires et autres bornes anti ou pro stationnement. Ces bites cassent les c... des malvoyants, au sens propre.

Lionel Blaisse | journaliste architecture | ile de France | 23-03-2017 à 12:14:00

Bravo de soulever cette question !
Malgré son passé prestigieux en matière d'espaces publics et leurs aménagements (Cf. Haussmann, Hittorff...) notre capitale semble - à quelques exceptions près (Cf. Place de la République) - se désintéresser de la requalification de ces lieux pourtant si propices au "mieux vivre ensemble". Si elle détient sans doute le record d'"accessoires" urbains, ses trottoirs sont envahis de mats, poteaux de signalisation (y compris publicitaires), bornes, potelets et "bites" destinés aux... automobilistes alors que les bancs font cruellement défaut sous "prétexte" des personnes SDF (141000 sur toute la France selon la Fondation Abbé Pierre en 2016) au détriment des 410000 Parisiens de plus de 60 ans ! Étrange hiérarchisation des priorités, non ?
Sans nul doute, il est urgent que les Parisiens reprennent voix sur l'aménagement urbain de leur ville non seulement en faisant pression sur leurs élus mais aussi en prenant des initiatives citoyennes. C'est ainsi que l'association des Amis du Champ de Mars (4000 adhérents, donc pas que des riverains mais surtout des amoureux du lieu) lance un concours d'idées en art urbain - l'art de faire la ville - ouvert (sans a priori) à tous les professionnels et étudiants concernés ou intéressés afin d'imaginer le champ des possibles qu'il s'agisse de paysage, de mise en lumière, loisirs et détentes, art, sécurité, accessibilité, évènementiel, services ou encore d'identité. La consultation se déroulera durant tout le mois d'octobre 2017. Faute de réelle gouvernance (absence de conservateur comme aux jardins des Tuileries ou du Luxembourg) ce site exceptionnel et presigieux de plus de 20 ha allant de l'Ecole militaire à l'esplanade du Trocadéro visité par 21 millions de visiteurs tient aujourd'hui davantage d'un délaissé urbain (2 wc publics souvent hors service) que l'on livre trop souvent à des manifestions à caractère plus commercial que national. Serons-nous plus créatif que nos édiles ? A vous de nous le prouver !

Annie | architecte | IDF | 23-03-2017 à 10:04:00

Monsieur Hugron, Vous avez le chic de dire tout haut tout ce que les autres pensent tout bas. Paris déçoit et de plus en plus d'ailleurs! Tout ce qu'on peut dire pour y remédier, aller hop! un nouveau concours d'idées qui de plus est gratuit pour amuser la galerie. Pendant ce temps des millions qui donnent non seulement des douches froides mais des frissons.

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